Critique de Carmen Jones

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Carmen Jones

d’Otto Preminger

avec Dorothy Dandridge, Harry Belafonte, Olga James et Joe Adams

Etats-Unis – 1954 – 1h45

Rating: ★★★★☆

 

Les années 50 furent l’apogée du rapprochement entre Broadway  et Hollywood, le premier produisant des pelletés de spectacles à succès et le second s’empressant de livrer l’adaptation cinéma des plus populaires.  C’est justement en assistant au musical de Broadway que Preminger y voit le potentiel cinématographique et décide alors de faire appel à Harry Kleiner, futur scénariste du Voyage Fantastique et de Bullit, afin de mettre au point le script de ce que le réalisateur souhaite être un film dramatique avec de la musique plutôt qu’une comédie musicale traditionnelle.

Arrivé tardivement en France au début des années 80 à cause d’un procès gagné par les ayants droits des librettistes originaux, le film reprend les airs du célèbre opéra de Bizet tout en modifiant les paroles de celle-ci pour coller à son contexte et choisit délibérément une orchestration plus jazzy. Ainsi, nous sommes aux Etats Unis, durant la Second Guerre Mondiale, dans le contexte de l’effort de guerre, occupant à la fois les jeunes soldats comme Joe et les ouvrières venues prêter main forte comme Carmen. Alors qu’il doit se marier à sa fiancée Cindy Lou pendant sa perm, Joe se voit contraint par ses supérieurs d’escorter à la ville la belle ouvrière qui doit être livrée à la police suite à une bagarre. Mais leur rencontre va bouleverser leur vie bien plus qu’ils ne l’imaginaient.

Le film de Preminger ne se contente pas de reprendre la trame de l’opéra de Bizet, il s’inspire également de sa narration, ponctuant régulièrement la sienne de chansons (16 au total pour 1h45 de film). Néanmoins, à la différence des comédies musicales classiques, Carmen Jones ne joue presque pas sur la mise en scène de chorégraphies, les parties dansées étant rares et peu axées sur les personnages principaux. C’est à la fois son atout et son défaut principal, le film mettant de côté l’aspect spectacle de ses origines pour coller davantage à une narration plus classique. Comme il était coutume à l’époque, Carmen Jones  utilise un code de couleurs strict et identifiable dès l’appartion des personnages à l’écran. Au rose frais de l’amour tendre de Cindy Lou (la passion diluée par la promesse d’un mariage) s’oppose le rouge profond de la jupe de Carmen, le rouge de la passion, qu’elle porte avec le noir symbolisant la Mort qui la guette. Au final, la belle se retrouvera elle aussi à porter du rose, signe de l’évolution fâcheuse de sa relation avec Joe.

Porté par la sublime Dorothy Dandridge que Preminger engagera quatre ans plus tard pour jouer Bess dans son Porgy and Bess,  et par un Harry Belafonte qui, bien que doublé pour les chansons, restait garant d’attirer un public conquis d’avance, le film demeure ce que Preminger avait envisagé, un vrai film dramatique.  Malgré son approche atypique et sa rigueur formelle, Carmen Jones  n’a pourtant pas eu les faveurs de l’Histoire qui a tendance à lui préférer West Side Story, sorti en 1961, bien plus spectaculaire et bien plus original dans sa composition.

 

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.