Critique de Sisters

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Sisters

De Brian De Palma

Avec Margot Kidder, Jennifer Salt, William Finley, Charles Durning et Lisle Wilson

Etats-Unis – 1973 – 1h33

Rating: ★★★★★

Moins connu que Pulsions, Obsession et Body Double, Sisters est le premier thriller qui vaudra à Brian De Palma d’être considéré ad vitam comme le réalisateur qui repique les films d’Alfred Hitchcock. Combinant Psychose, Fenêtre sur cour et La Maison du docteur Edwardes, cette histoire tordue de sœurs siamoises schizophrènes et meurtrières dépasse toutefois son simple statut de film-hommage au maître du suspense et inaugure une série de films horrifiques qui, avec ceux du réalisateur italien Dario Argento, figurent parmi les plus passionnants du cinéma de genre des années 70.

Comme Psychose, le scénario de Sisters s’évertue à faire perdre tout repère au spectateur en cassant les ficelles habituelles du scénario traditionnel. L’histoire démarre ainsi comme une comédie romantique avec Phillip Woode qui vient de rencontrer la jeune et jolie Danielle Breton lors d’une émission télé de caméras cachées nommé The Peeping Toms (« Les Voyeurs », citation à peine déguisée du film de Michael Powell). Ils dînent ensemble avant de faire l’amour dans l’appartement de la jeune femme. Le lendemain, Phillip se fait sauvagement assassiner par Danielle. Manque de bol, dans l’immeuble en face, Grace Collier, une journaliste célèbre pour sa coriacité, est témoin du meurtre alors qu’elle regardait par la fenêtre pile au mauvais moment. Alertant la police (avec laquelle elle entretient des liens plus que litigieux), Grace accourt sur les lieux du crime mais le corps de la victime a disparu. En effet, Danielle, secourue par son ex-mari Emil, a pu cacher le cadavre dans le canapé convertible du salon. Devant l’absence de preuve matérielle et le scepticisme de la police, Grace va devoir mener sa propre enquête pour prouver qu’elle n’a pas halluciné. Ses recherches vont l’amener à percer les secrets terrifiants qui se cachent derrière les personnalités troubles de Danielle et Emil Breton.

Dans Sisters, le mystère se complexifie par toute une série d’inadvertances. Ainsi, c’est par le plus malencontreux des hasards que Phillip va sceller son destin en faisant tomber dans le lavabo les pilules rouges qui préservent Danielle de sa folie meurtrière. De même, Grace perd sa seule preuve, un gâteau d’anniversaire sur lequel étaient écrits les prénoms de Danielle et de sa sœur jumelle Dominique et qui vient lamentablement chuter sur la jambe d’un officier de police. Phillip aurait également pu être plus attentif lorsqu’il entend Dominique se disputer avec Danielle alors que cette dernière a prétendu lors de l’enregistrement de Peeping Toms que sa sœur était morte. Et que dire de ce détective privé qui va suivre jusqu’au Canada le canapé dans lequel est caché le cadavre de Phillip, préférant attendre sur un pylône électrique la venue d’un hypothétique complice plutôt que d’inspecter plus en détail le meuble qui est sous ses yeux ?

A la manière de Blood Simple dont il est en quelque sorte précurseur, Sisters déploie une intrigue policière déjà très complexe qui va partir en sucette sans qu’aucun des personnages ne puissent trouver la clé de l’énigme. Ce privilège, De Palma le réserve uniquement à son spectateur, voyeur omniscient auquel il offre l’un de ses split screens les plus réussis lorsque Danielle et Emil effacent les traces du crime tandis que Grace et la police se dirigent vers leur appartement. Si le réalisateur abusera souvent du procédé dans ses films suivants, il en trouve ici une utilisation  qui génère un suspense parfait.

Afin de mieux déstabiliser son public, De Palma joue également avec d’autres formes filmiques. Outre la séquence télévisée de Peeping Toms dont le ton ouvertement détendu tranche avec les images de fœtus monstrueux du générique qui viennent de lui précéder, le réalisateur inclut une séquence documentaire sur les sœurs siamoises rappelant une nouvelle fois celle de Le Voyeur de Powell. Son contrepoint est la séquence onirique où Grace, hypnotisée par Emil Breton, prend la place de la sœur siamoise dans une ambiance qui tient autant des films surréalistes de Luis Buñuel que de Freaks de Tod Browning. Cette corrélation entre la psychanalyse et la chair amène Sisters sur des terres ouvertement horrifiques qui préfigurent déjà les futurs délires visuels de David Cronenberg (Chromosome 3 en particulier).

S’il reste un digne héritier de Psychose (Bernard Herrmann ne s’y est d’ailleurs pas trompé en ayant accepté de composer la musique du film), Sisters est peut être le plus subtil, le plus personnel et le plus novateur des films dits hitchcockiens de Brian De Palma. Par sa frénésie visuelle, son brassage d’influences européennes (on n’a oublié de citer Roman Polanski) et son efficacité toujours intacte quarante ans après, le film a donc bien mérité son statut de chef-d’œuvre.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».