Politique et cinéma




Très vite après l’invention du cinéma, les studios comme les artistes se sont rendus compte que c’était un moyen de communication hors du commun pouvant toucher la masse comme la radio n’a jamais pu, en ajoutant au son, l’image, l’image comme témoin fictif d’évènements réels ou pas. Très vite, des messages s’en sont dégagés, des messages de propagande comme d’idées. Aux Etats Unis notamment avec le tristement révolutionnaire Naissance d’une Nation prenant le parti du Ku Klux Klan ou encore les spots d’informations projetées au début de chaque films. Les exemples sont nombreux, mais ce ne sont pas encore ce dont on va vous parler ici, des films politiques.

En effet, ce n’est que plus tard que Frank Capra crée vraiment le genre en étudiant avec minutie dans une œuvre de fiction la politique de son pays et son fonctionnement dans le film Mr Smith au Sénat. C’est ainsi que va naitre une vraie tradition et un genre propre pendant longtemps au cinéma américain, le cinéma politique. L’Amérique, malgré tout ce que le monde peut lui reprocher a toujours eu des artistes réactifs qui ont réussi à traiter de sujets d’actualité alors même qu’ils arrivaient ou très peu de temps après. Regardez Apocalypse Now ou Voyage au Bout de l’Enfer, ces films sur la guerre du Vietnam ont été faits alors qu’elle s’était à peine terminée. La France elle, n’a toujours pas réussi à produire un film digne de ce nom sur cette putain de tâche dans notre histoire qu’est la guerre d’Algérie.
Mais je m’égare, revenons en à la politique, à la manière dont elle est représentée dans le cinéma américain et les autres et nous verrons très vite qu’il est impossible de regrouper le genre de manière vraiment homogène, il y a autant de manière de traiter d’un sujet d’actualité qu’il n y a de films, vraiment. Tout ce que je peux dire, c’est qu’en gros, y a plein de gens qui parlent en marchant dans des couloirs, et ça j’aime.

Sans perdre de temps, les films que l’on vous a sélectionné mon ami Hamburger Pimp et moi même.



Mr. Smith au Sénat de Frank Capra, 1939


Posant les pierres de l’édifice du genre, le film de Capra nous fait suivre l’arrivée au Sénat d’un jeune politicien naïf et idéaliste, Jefferson Smith qui se retrouvera très vite confronté à la réalité mercantile de la réalité politique de certains autres membres qui ne voient pas le poste de sénateur de cet œil. Ce que l’artiste réussit ici est de nous montrer, avec parfois un peu trop d’exaltation pour certains, que certains, par patriotisme, et non nationalisme, continueront toujours à rester des idéalistes. Malgré ce discours qui peut être simplet, c’est une des premières fois où les rouages du système politique sont montrés dans un long métrage de fiction vu par un public et des critiques nombreux et conquis.



Z de Costa Gavras, 1969


Costa Gavras, ce n’est pas un mec tranquille putain! Chacun de ses films est l’occasion pour lui de s’engager, ou de montrer, partager cet engagement plutôt. Et Z ne faillit pas à la tradition, puisqu’il parle en 1969 du régime des Colonels présent en Grèce à cette époque même. Avec un soutien financier franco-algérien, il n’hésite pas à aller chercher Mikkis Thodorakis, compositeur de gauche enfermé en prison en Grèce pour lui demander de lui composer la B.O. (Mikis fera plus tard la B.O. de Serpico, qui est une de mes préférées au monde). Le film se passe donc dans un pays rappelant énormément la Grèce et traite d’un meurtre étouffé par la police et le gouvernement et la séparation morale existante entre un pouvoir judiciaire et exécutif bien trop proches ainsi que le passage d’une démocratie à la dictature. Au début du film, on peut lire: « Toute ressemblance avec des événements réels, des personnes mortes ou vivantes n’est pas le fait du hasard. Elle est VOLONTAIRE ».


Les Hommes du Président d’Alan J. Pakula, 1976

2 ans après le scandale qui fit démissionner le président des Etats Unis d’Amérique, Alan J. Pakula, réalisateur de la parano et du politique par excellence (mon préféré du moins), réalise en se basant sur le livre écrit par deux journalistes, Woodward et Bernstein, Les Hommes du Président. Le film est un chef d’œuvre, des enjeux monstrueux sont ici montrés au travers de tensions à priori intimes, tout se passe dans des couloirs, au téléphone, avec des rendez vous manqués ou pas, tout est subtil et le film n’en fait jamais trop. On reste le plus fidèle possible à la réalité dans ce qui est de l’intrigue, des dialogues, des personnes, des noms, mais Pakula ne perd jamais de vue que c’est du cinéma qu’il fait et nous offre une œuvre riche d’idées, de plans, de cadrage, de rythme et de personnages, comme ceux campés par Redford et Hoffman au top de leurs formes. Et oui, haha haha, « super, génial, c’est le film de La Classe Américaine!« , allez mourir bande d’ingrats participant à créer une masse informe de paramécies qui se prennent pour des humains (je n’ai rien contre La Classe Américaine, mais la réaction par rapport Aux Hommes du Président me rappelle un con que j’ai connu qui un jour où j’écoutais Yesterday des Beatles me fait « Oh, c’est la B.O. de Mr. Bean! », connard).


JFK d’Oliver Stone, 1991

Oliver Stone est sûrement un des réalisateurs les plus controversés et n’hésite pas à démystifier l’Amérique, celle-là même pour qui il s’est battu jadis au Vietnam. Témoignant d’un amour pour le pays mais non pour l’Etat et la violence actuelle envers lesquels il n’éprouve que dégoût, révolte et mépris, c’était couru d’avance que son JFK allait être un film très personnel, inscrivant ainsi la petite histoire dans la grande. Il choisit pour ce film d’adapter le roman de Jim Garrison qui a remis en cause les affirmations de la Commission Warren sur l’assassinat de JFK, défendant ainsi la théorie du complot. Avec ce film, Stone signe un film habité, complètement fou, que ce soit dans son visuel et son montage vertigineux, ses enjeux ou les moments de bravoure dans les dialogues, le scénario et la manière dont les acteurs se les approprient. Un très grand film politique, malgré le fait qu’il lui a été reproché de ne pas se coller entièrement aux faits.



Malcolm X de Spike Lee, 1992

On a longtemps hésité entre celui ci et Do the Right Thing de Spike Lee qui pour nous deux est le vrai chef d’œuvre de Spike Lee et son film dont l’engagement est le moins poussif, nous laissant ainsi un choix. Mais malheureusement pour ce top, il est plus social que politique. Ce biopic lui est dans la politique et l’engagement pur et dur et traite de l’Amérique, de la manière qu’elle a d’étouffer le discours par la violence et s’étend ensuite au monde entier, nous montrant des images de Mandela citant le discours de l’orateur controversé qu’était Malcolm Little, dit Malcolm X. Beaucoup ont condamné la violence du discours de Spike Lee suite à ce film et d’autres qui ont suivi, mais ça reste pour moi un réalisateur convaincu, convaincant et qui a l’esprit et l’intelligence pour alimenter et répondre à la subversion.



Joint Security Area de Park Chan-wook, 2000

 Un film sur la frontière des deux Corée où deux militaires de chaque camp opposé se retrouvent amis. Mais en fait, le film commence sur le procès qui oppose ces militaires, deux d’un côté et l’un de l’autre car le quatrième est décédé, on cherche le coupable entre eux trois. Il y a la présence de deux acteurs sur trois du casting Le bon, la brute et le cinglé (Song Kang-Ho qui jouera ensuite dans Sympathy for Mr Vengeance et Thirst du même réalisateur ; et Lee Byung-Hun plus affilié à Kim Jee-woon avec A Bittersweet Life, la meilleure affiche de cinéma de tous les temps et I Saw the Devil). La prestation est à la hauteur du thriller stylisé dans le temps présent, et à l’instantané doux et chaleureux (le charme de l’hiver) des moments d’amitié passés.



The President’s Last Bang de Im Sang-soo, 2005

Coup de sang et coup d’Etat, thriller à l’humour grinçant sur l’assassinat du dictateur de Corée du Sud Park Chung-hee, nous voici spectateur d’une course contre la nuit. Alternant grands et petits espaces (ministère, villa) et démultipliant les points de vue (ceux pour le renversement, ceux contre), le film semble se constitué en une farce baroque à la limite de l’absurde, le président est mort mais le pouvoir n’est pas renversé.



Munich de Steven Spielberg, 2005

Quand Spielberg, réalisateur considéré encore par une bande de tocards pseudos intellos comme un réalisateur naïf, fait un film sur les répercussions qu’a eu l’attentat des jeux Olympiques de Munich de 1972 sur les relations entre Israël et ses ennemis, on ne peut que rester bouche bée. En effet, dans un discours simple mais jamais simpliste, il dénonce le fait que la violence n’engendrera que la violence, que même ceux qui y ont participé ou veulent arrêter cette spirale se retrouveront un jour spectateurs de celle ci. De tous les films cités, c’est sûrement celui dont le style est le plus bâtard et adopte la forme du film d’espionnage, presque même d’aventures, tout en ajoutant des effets de réalisation et de montage absents des autres films, mais tout participe à nous montrer, nous prouver que tout ça, c’est bien sale. Ne prenant jamais parti et pendant et après le tournage considéré comme un ennemi d’Israël et de la Palestine, Spielberg signe un film violemment pacifiste, reliant le tout à l’actualité récente évidemment, le 11 septembre 2001.



Good Night & Good Luck de George Clooney, 2006

Combat durant les années 50 entre le journaliste Edward R. Murrow, aidé de son producteur Fred Friendly et le sénateur McCarthy, connu pour sa chasse aux communistes, George Clooney se réinvente un cinéma hollywoodien de l’époque, le film est en noir et blanc, pour son film noir à l’adresse de George W. Bush. C’est un combat à travers les écrans de fumée de cigarettes, à travers les écrans cathodiques, à travers les écrans vitrés de la cabine de télévision, un combat qui s’organise à l’intérieur, dans des bureaux, dans un espace de pensée.



Syriana de Stephen Gaghan, 2006


Scénariste de Steven Soderbergh, Stephen Gaghan s’essaie à la réalisation avec un film géopolitique, dont le titre serait un nom de code inventé par Washington pour un souhait d’un possible remodelage politique du Moyen-Orient à l’intérêt des Etats-Unis, le pétrole bien sûr. Jugé trop complexe, jugé anti-américain, ce film a néanmoins l’audace de réfléchir aux énergies et ressources alternatives au pétrole et d’expliquer le malheur de l’enrôlement terroriste.



Frost/Nixon de Ron Howard, 2008


On n’attendait pas du tout ça de Monsieur Ron. Dualité certes facile mais véridique, le journaliste quasi-animateur de télévision David Frost et l’ancien président des Etats-Unis feu Richard Nixon, il se révèle un film de combat à hauteur d’hommes, chacun avec ses armes. Ron Howard y sublime le processus télévisuel, c’est l’écran-vérité…




In The Loop de Armando Iannucci, 2009


Filmé comme un docu fiction, mais  vrai docu menteur, car l’Angleterre montre qu’elle sait encore faire de l’humour, surtout avec la plus grande problématique géopolitique de cette décennie : l’invasion en Irak de pays occidentaux. Satire du pouvoir et des médias, la connivence qu’il peut y avoir, le film brille aussi par son verbe aiguisé, c’est un enchaînement de vannes dans les coulisses internationales tout le long. La leçon ? Oui, l’invasion en Irak est bel et bien stupide.



La Conquête de Xavier Durringer, 2011


Une biographie de Nicolas Sarkozy racontée à la manière de….ZzzzzzzzzzzZZZZ
Ce film est une merde. Imaginez un épisode des Guignols. Maintenant, imaginez-en un mauvais. Enfin, imaginez qu’il dure 105 minutes.



L’exercice de l’Etat de Pierre Schoeller, 2011


Thomas Hobbes, philosophe anglais, a écrit Le Léviathan, essai sur l’Etat en prenant comme image un monstre fantastique marin. Friedrich Nietzsche disait que « L’Etat est le plus froid de tous les monstres froids ». A s’arrêter au prologue du film, nous sommes dans cette logique. En effet, le ministre des transports Bernard Saint-Jean, joué par Olivier Gourmet joue un personnage happé de son corps et de son esprit par son rôle politicien entre ce qui est juste et ce qui doit être fait. D’un sujet bien réel, la privatisation des gares (je crois qu’ayant déjà vendu les autoroutes, l’Etat pourrait vendre son réseau ferré), nous sommes dans l’évidence, qu’il n’y a plus d’Etat-Providence.



À la fin de ce récapitulatif de films politiques, on peut se rendre compte qu’il y a trois qui reviennent : l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, évènement télévisuel, ouvrant la boîte de Pandore de la théorie du complot ; l’affaire du Watergate avec l’essai de retour publique de Nixon et le conflit entre l’Occident et les pays arabo-musulmans (bien qu’Israël ne soit pas en Occident, sa culture et son histoire en est lié) du Moyen-Orient. Bien que l’élection de Barack Obama, pas encore adapté au cinéma, aurait dû mettre un terme au sentiment paranoïaque des américains, mais il s’est révélé que la paranoïa a gagné tout l’Occident engendrant la peur des arabo-musulmans, et plus particulièrement en Europe la haine des Rom.

Si les Etats-Unis restent réactifs à ce sujet (la plupart des films cités sont faits dans les années 2000), l’Europe peine encore, surtout en France où l’élection de Nicolas Sarkozy  avait créé beaucoup de remous populaires et médiatiques mais ne se retrouve pas propice à de la création artistique. Quant à l’Asie, ce sont d’autres problèmes qui sont en jeu, notamment la censure et la liberté, en Iran ou en Chine par exemple. Mais toutes les trajectoires, de par le monde, toutes les régions du monde du cinéma, suggèrent une idée commune : le film politique permet d’accéder à de la connaissance, qui est un droit, un devoir voire une nécessité.

Skreemer & Hamburger Pimp

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