Critique de L’Ordre et la Morale

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L’Ordre et la Morale

De Mathieu Kassovitz

Avec Mathieu Kassovitz, Iabe Lapacas, Malik Zidi, Alexandre Steiger

France – 2011 – 02h16

Rating: ★★★★☆

 

Mathieu Kassovitz reste une figure à part dans le paysage cinématographique français, une sorte d’électron libre qui aura marqué les années 90 de son empreinte avec des films comme La Haine ou Assassin(s). Après s’être exilé quelque temps aux États-Unis pour réaliser Gothika puis Babylon A.D., des œuvres peu concluantes dans lesquelles on ressent la mainmise des producteurs, le réalisateur marque son retour avec L’Ordre et la Morale où il aborde le tragique événement de la prise d’otages d’Ouvéa ayant eu lieu en 1988 en Nouvelle-Calédonie.

Il est important de préciser que le film est le résultat d’un travail de longue haleine pour Mathieu Kassovitz qui aura passé au total dix années sur le projet. Ce laps de temps lui aura notamment permis d’aboutir à une retranscription se rapprochant le plus possible des faits, n’occultant aucun élément et ayant pour atout de décrire le contexte politique de l’époque. Sujet sensible et engagé, le cinéaste guide son récit à travers le point de vue de Philippe Legorjus, capitaine du GIGN, qui fut aux coeur des événements et qui permet d’éclaircir au mieux les circonstances et les rouages ayant menés à ce désastre. Après une ouverture sous forme de Flashforward, le film se déroule tel un décompte des dix jours menant inexorablement vers l’assaut de la grotte. Un décompte appuyé par une ambiance sonore et une tension de plus en plus anxiogène.

Empreint d’une grande humanité à travers une mise en avant de l‘importance du dialogue, le film reste hautement engagé et se porte comme une charge puissante contre l’État lui-même et plus globalement le pouvoir. Cette quête du pouvoir qui n’aura de cesse de faire couler le sang, où le mépris et l’ignorance résonnent durant la totalité du métrage. Kassovitz déterre une tragédie trop vite oubliée, dont seul le peuple kanak semble encore aujourd’hui en garder les cicatrices. Mais au-delà du simple « devoir de mémoire », le cinéaste renvoie à la réalité actuelle d’une population qui réclame son indépendance depuis des années, et dont la France ne semble avoir établi qu’un rapport lié à des intérêts financiers.

 

En plus de réveiller les consciences, Kassovitz réveille le cinéma français à travers des partis pris artistiques intelligents. Ponctuant le métrage de quelques trouvailles de mise en scène comme un plan séquence final anti-spectaculaire ou un flashback saisissant, décrivant l’attaque de la gendarmerie. C’est cet ensemble de qualités qui dévoile une œuvre hautement maîtrisée tant sur le plan cinématographique qu’en terme de retranscription. Car avant d’être un film jouant sur les codes du film de prise d’otages, ou plus globalement du film d’action (ce qu’il n’est pas), L’Ordre et la Morale est un film politique se déroulant entre les deux tours de l’élection présidentielle de l’époque, opposant François Mitterrand et Jacques Chirac. Cette course au gouvernement définira les événements à venir et la manière dont les politiques peuvent tristement privilégier leur carrière au détriment de vies humaines. Le risque aurait certainement été de se perdre dans une multiplicité de points de vue qui aurait pu créer un déséquilibre et une vision un peu floue mais le fait de se concentrer sur un seul homme permet d‘offrir une vision d‘ensemble des différents acteurs de cette affaire. Ainsi, le capitaine Legorjus reste le prisme du récit, celui par qui toutes les interactions se font, qu’il s’agisse du rapport avec les politiques, les preneurs d’otages, les autorités militaires, ou encore la population kanak. Le déroulement reste toujours limpide et pour le spectateur l’identification au personnage de Legorjus est immédiate.

S’il est difficile de trouver des reproches scénaristiques tant la forme finale semble être le résultat d’une documentation précise, il faut souligner que sans une mise en scène aussi léchée la force évocatrice aurait certainement été moindre. Kassovitz adapte ses plans, présente durant les premières minutes la Nouvelle-Calédonie à travers ses magnifiques paysages pour ensuite nous dévoiler la réalité d’une population et son combat pour y défendre sa véritable identité.

L’Ordre et la Morale signe le retour de Matthieu Kassovitz vers un cinéma davantage en accord avec celui de ses débuts via une approche plus personnelle et plus humaine, prouvant qu’en France il est encore possible de traiter de sujets importants sans y délaisser une mise en scène travaillée et talentueuse.

 

 

 

Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).