Critique de Deep End

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Rating: 4.0/5 (1 vote cast)

Deep End

De Jerzy Skolimowski
Avec Jane Asher, John Moulder-Brown, Karl Michael Vogler, Diana Dors
Allemagne, Etats-Unis – 1970 – 1h30

Rating: ★★★★★

Mike, jeune garçon de 15 ans, décroche un job aux bains publics. On lui présente alors sa collègue Susan, plus âgée qui doit lui expliquer en quoi consiste le travail. Et dès l’instant, Mike se sent une grande attirance pour Susan…

Dans la lignée de Blow-Up de Michelangelo Antonioni, Jerzy Skolimowski s’essaie de dresser un portrait du Swinging London, tout en mettant en scène un faux-film noir. La femme en question n’est pas blonde mais rousse. La musique psychédélique ; le krautrock de Can et le folk de Cat Stevens ; ont remplacé le jazz des bars moites et sombres. Mais on y voit encore des filatures, un vélo traquant une voiture pour lui bloquer la route, ou la mise en boucle de l’attente de Mike traquant Susan (la redondance comique du vendeur chinois de hot-dog faisant des courbettes), avec la musique hypnotisante. De plus, le réalisateur polonais, bien ancré dans l’ambiance des seventies, veut retranscrire une réalité d’époque, par la monstration du travail prolétaire (à la piscine ou dans les peep shows) qui se traduit par un cinéma du corps, des corps tous différents des uns des autres, client ou personnel. Et, sachant que le héros (détective car il cherchera à savoir tout au long du film qui est vraiment Susan) est un jeune de 15 ans, d’une évocation assez originale de l’enfance, Susan confectionne des poupées-coussins à tête de cochon, on peut remarquer sa subversion. Dans un parallélisme entre le maître-nageur qui s’amuse avec les écolières à la limite de les tripoter et le protagoniste principal pris au piège par une blonde gironde fan de football (sublime comique Diana Dors), la subversion de la jeunesse correspond à un désir de liberté, liberté sexuelle le cinéma softcore où s’introduit Mike ainsi qu’une maison de passe), liberté féminine. À l’époque Skolimowski y voyait un leurre, 40 ans plus tard, on se rend compte du peu de portée de la chose, malheureusement.

Cela n’empêche pas le metteur en scène d’effectuer un rigoureux travail pictural, car ce dernier s’amuse à des harmonies et brisures picturales tout au long du film. Au départ ce sont surtout des corps qui se déplacent de toutes les manières possibles dans un espace bien défini (couloirs de bain publics, salle des machines, salle de piscine, ou toit…) mais c’est un rouge de couleur sang, un rouge de peinture, un filtre de lumière rouge qui apparaît au générique. En effet le réalisateur joue sur des teintes de vert, rouge et bleu dans l’établissement de travail de Mike (murs, couloirs ou fond de la piscine), il s’essaiera même au filtre blanc avec un lancer de bouteille de lait qui se brise contre un mur ou le miroir brisé laissé tomber par Mike. À cela s’ajoute des jeux de lumières en intérieur ou en extérieur, ou ce marquant plan d’ensemble de la salle de la piscine tel un tableau impressionniste. On peut remarquer aussi les effets circulaires (panoramiques ou travellings) de la mise en scène soulignant la libération, l’emportement, voire l’ivresse et à la fin la folie. Et pour finir, il faut souligner la dernière séquence avec la piscine vide où errent le « couple », un plan-tableau, puis lorsqu’elle se remplit à nouveau.

Chef d’œuvre des seventies, Jerzy Skolimowski dresse un portrait tragique de l’adolescence, avec son deuil, par l’idée de la quête impossible ou du désir insaisissable, John Cassavetes avait des idées similaires, affirmant que dès qu’on sentait sa jeunesse partir, on essaierait par tous les moyens de la retenir dans un élan de mélancolie et de déni. Mike a fait le dur effort de grandir, et à la fin il l’a, son pantin…

 

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…