Critique de The Artist

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The Artist

 

De Michel Hazanavicius

Avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman

France, Etats-Unis – 2011 – 1h40

Prix d’interprétation masculine pour Jean Dujardin

Rating: ★★★★★

 

Georges Valentin est une grande star du cinéma muet américain, encensé par son studio Kinograph mais de plus en plus distant avec sa femme dont les seuls moments qu’il partage sont les repas. Il rencontre lors d’une première Peppy Miller, jeune femme voulant devenir actrice, dont le destin est dorénavant lié au sien…

Il fallait oser et c’est un français qui l’a fait : un film muet en noir et blanc en 2011 ! C’est une autopsie du star system américain, stars sous contrat avec les studios et premiers chantages et caprices, ainsi que la définition d’un public précis (personnellement, savoir ce que le public veut est l’affirmation artistique la plus stupide). Et c’est aussi la première vraie transition de l’industrie cinématographique, l’arrivée du parlant. Cela se remarque chez le héros, Dujardin qui semble se bonifier avec le temps, dont le début des films est marqué par ces grimaces incessantes propres aux acteurs de muet, qui peu à peu va affiner au long du film ses expressions faciales, jusqu’à en avoir le visage grave. Quant à Bérénice Bejo, une actrice française qu’il faudrait voir plus souvent à mon avis, elle symbolise cette modernité industrielle : de son faux grain de beauté à la fraîcheur qu’elle dégage, elle a pris le train en marche à force de persévérance. En effet, il y a cette séquence malicieuse où elle enchaîne les films et va les voir en salles en compagnie d’un public anonyme, plus ses rôles sont importants, plus elle prend de la distance avec le public, à n’être plus dans la salle de cinéma. D’ailleurs l’arrivée du parlant a favorisé la renommée des actrices, souvent secondaires dans l’industrie du cinéma.

De cette réflexion sur cette époque cinématographie charnière, il y a la marque de l’Histoire qui est aussi charnière. Le film se passe de 1927 à 1932, évoque par conséquent la crise économique et préfigure la Seconde Guerre mondiale et son après. En effet, lors de la déchéance du héros, refusant de se plier au parlant, il y a de multiples jeux d’ombres propres au cinéma expressionniste allemand (la projection de cinéma à domicile précédant la discussion avec son ombre, menant à un incendie), une référence déjà présente dans son cauchemar de son. Le cinéma expressionniste mettait en garde contre les possibles dirigeants revanchards allemands. Pour ce qui est de l’après-guerre, c’est le cinéma néo-réaliste italien, le cinéma montrant le peuple. Cette référence se remarque lorsque Georges Valentin en vient à vendre ses biens, portant un costume beige très simple sans cravate, avec une chemise froissée (tel le protagoniste principal du Voleur de bicyclette), mais aussi les ruines de son habitation Enfin, libres à vous de remarquer, et de nous faire remarquer les différents clins d’œil de films d’époque dans le film, j’ai noté Citizen Kane (John Goodman dans le film a quelque chose physiquement d’Orson Welles), Une Etoile est née, Vertigo, L’Homme qui rétrécit, Les Poupées du Diable, Zorro façon Douglas Fairbanks (acteur ayant disparu avec le parlant, tout comme Buster Keaton)… De plus, si Charlie Chaplin s’était mis au parlant, c’était pour se dresser contre Hitler, avec Le Dictateur, là Georges Valentin doit surtout faire preuve de sagesse à la différence de son orgueil.

Jean Dujardin et Michel Hazanavicius se complètent parfaitement tel Robert De Niro et Martin Scorsese à une autre époque, le facteur x maintenant étant la sublime Bérénice Bejo. J’espère que cela vous poussera et (ou) vos proches à s’essayer à regarder des films noir et blanc muets, car en plus d’être un hommage à ce qu’on définit comme un âge d’or du cinéma, particulièrement l’âge d’or des studios, The Artist est un film entier.

 

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…