Critique de Red State

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Rating: 4.0/5 (1 vote cast)

Red State

De Kevin Smith

Avec Michael Parks, Melissa Leo, John Goodman

Etats-Unis – 2011 – 1h28

Rating: ★★★☆☆

 

Kevin Smith est l’exemple même du fanboy ayant percé à Hollywood. Connu auprès du grand public grâce à Clerks, petite péloche tournée avec les moyens du bord et s’intéressant à une bande de joyeux paumés, qui fut auréolé d‘un succès inattendu. La suite de sa carrière s‘inscrit dans cette même lignée puisqu’il enchaîne les films se référant ouvertement à tout un pan de la culture geek, de Star Wars au Seigneur des Anneaux, via des dialogues ouvertement potaches, parfois cyniques et toujours ultra-référencés (à la manière de Tarantino). Ainsi, le voir à l’œuvre sur un projet tel que Red State n’est pas forcément une surprise, le cinéma de genre faisant parti intégrante cette culture. Doté d’un budget assez étriqué (4 millions de dollars, peu au vu de la renommée du monsieur), on imagine une certaine envie de revenir à un cinéma plus artisanal et moins clinquant, à l’opposé de son regrettable Top Cops sorti en 2009.

Débutant tel un film de genre de facture classique dans lequel trois adolescents en rute et ayant le cerveau dans le caleçon décident de rejoindre une inconnue les invitant à une nuit torride. Hélas pour eux, le ton du film change rapidement quand les trois lurons de rendent compte du traquenard dans lequel ils sont tombés. Mais le film n‘a pas pour unique but d‘être un simple divertissement horrifique, comme le prouve d’emblée cette scène d‘introduction où un groupe homophobe manifeste contre l‘enterrement d‘un jeune homme gay. Smith y insère une critique virulente des excès engendrés par la religion, et plus particulièrement par la manière dont certains la détourne. Hélas, cette charge, aussi sincère soit-elle, manque quelque peu de subtilité. Ceci dit, même s’il y va avec des gros sabots, Smith parvient encore une fois à signer des dialogues, et en particulier un monologue d’une vingtaine de minute, suffisamment bien troussés pour rendre l’ensemble captivant, voir même déstabilisant.

Mais si l’auteur/réalisateur brille encore une fois au niveau de l‘écriture, il n’en ai pas de même concernant la réalisation qui pêche pas un manque d’audace et un aspect presque trop télévisuel (rendu qui collait davantage avec ses précédents films, se rapprochant d’une certaine manière du sitcom). Mis à part quelques plans bien troussés (la course poursuite dans la baraque par exemple), on aurait aimé une approche plus immersive et moins impersonnelle, notamment dans la deuxième partie du film où l’horreur, faussement teintée de torture porn, laisse place à l’action. Et c’est à partir de cet instant que le manque d’immersion se fait le plus ressentir, le métrage se concentrant durant plusieurs minutes sur de la fusillade non-stop. Mais n’est pas Michael Mann qui veut et ce qui aurait pu être un passage des plus burné n’est finalement qu’un banal affrontement manquant cruellement de dynamisme. Se transformant ainsi en un pur film de siège, il rappelle notamment la scène d’ouverture de The Devil’s Rejects de Rob Zombie (d’autres similitudes sont identifiables entre les deux métrages, comme le traitement des personnages).

Thématiquement, en résulte un pamphlet contre les dérives sectaires, ici décrite à travers la haine d’une petite communauté extrémiste face à la communauté gay. Le réalisateur n’y va pas avec des pincettes, les décrivant comme des monstres dont le mal qu’ils représentent est peut être trop souvent banalisé, y suggérant aussi les perversions existant au sein même de ces groupuscules. Mais s’il pointe foncièrement du doigt ces déviances, il n’en est pas moins virulent envers les autorités américaines et leurs manières d’agir, tel des cow-boys se donnant droit de vie et de mort sur autrui.

Les trois adolescents, point d’encrage initial du récit, ne deviennent finalement que de simples pantins au fur et à mesure que le film progresse, leur importance scénaristique diminuant rapidement, laissant place à l’affrontement opposant les personnages interprétés par John Goodman et Michael Parks. Si ce dernier surjoue un peu trop dans son rôle de fanatique, il n‘en reste pas moins très convaincant, laissant transparaître toute la folie qui l‘habite. Mais, et sans surprise, John Goodman parvient à éclipser le reste du casting par une interprétation rendant son personnage tout aussi amical que détestable.

Avec Red State, Kevin Smith change de registre et redonne un certain regain à une carrière sur le point de s‘essouffler. Si l’ensemble n’est pas dénué de défauts et donne parfois l’impression d’être un vaste fourre-tout, il nous offre néanmoins un film de genre où respire encore sa verve de sale gosse, bien décidé à l’ouvrir quand bon lui semble.

Nico Darko

 

 

 

 

 

 

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).