Critique de Portier de Nuit

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 4.5/5 (2 votes cast)



Il Portiere di notte

 

de Liliana Cavani

avec Dirk Bogarde, Charlotte Rampling, Gabriele Ferzetti

Etats-Unis/ Italie – 1974 – 1h26

Rating: ★★★★☆

 

Faute de président « bunga bunga », l’Italie dans les années 70 était contrainte de s’en remettre à ses cinéastes pour défrayer la chronique des scandales. « Enfants terribles » du cinéma italien, Ferreri, Bertolucci, Pasolini ou Bellochio, ont tous bouleversé les mœurs à cette période. Mais le fouet d’or revient sans conteste à Liliana Cavani, pour son sulfureux Portier de nuit, interdit dès sa sortie en Italie pour « obscénité » et classé X aux Etats-Unis. Leçon de provocation.

Portier de nuit raconte l’histoire de Max (Dirk Bogarde), ex officier nazi, reclus dans un grand hôtel viennois, où il officie à l’accueil. Connecté à un réseau d’anciens SS, Max et sa bande ont pour unique obsession d’éradiquer les dernières preuves qui les relient à cette période où ils mettaient des bottes en cuir et claquaient des talons. La réapparition surprise dans l’hôtel, de Lucia (Charlotte Rampling), déportée séquestrée par Max, une dizaine d’années plus tôt, représente aujourd’hui la dernière preuve de l’implication de cette bande d’affreux dans les crimes perpétués.

Les retrouvailles entre le tortionnaire et sa victime se traduisent par des jeux de regards de plus en plus pesants, accompagnés de flashbacks, dévoilant peu à peu, l’improbable relation sadomasochiste qu’ils entretenaient dans un camp de concentration. La passion ne tarde pas à rejaillir, dans cet hôtel, pas si éloigné du Carlton.

 

Difficile, au milieu de cette atmosphère malsaine, de déterminer ce qui dérange le plus. Le sujet ? En mêlant cette passion improbable à la shoah, Cavani est à la limite de piétiner la mémoire des victimes. La crudité des propos ? Viol devant les autres détenus, scènes sadomasochistes,… On est assez loin de l’esprit roudoudou de La Rafle. Ou alors, cette esthétisation permanente de l’horreur ? La mise en scène appliquée de Cavani, renvoie au sempiternel débat autour de ce qui est « convenable » de mettre en valeur au cinéma. Débat qui date du fameux travelling final de Kapo et qui a ressurgi avec Elephant. Dans Portier de nuit, la mise en scène atteint son paroxysme lors du passage culte du cabaret. Scène extrêmement sensuelle, à l’esthétisme fassbinderien, où notre Lucia interprète du Dietrich et danse seins nus, devant un parterre d’officiers envoûtés.

C’est finalement de ce romantisme sombre que nait la fascination pour cette passion qui échappe à toute logique, à toute morale. La force du film repose aussi sur l’interprétation des deux acteurs ; chacun de leur regard est chargé d’une tension, d’un désir palpable qui nous plonge comme témoin de leur amour désespéré.

 

Au-delà de la provocation, Cavani propose une expérience intense, Portier de nuit est un film troublant, dérangeant, qui risque de hanter longtemps le souvenir de ceux qui oseront s’y confronter. Avis aux téméraires.

 

Zelig

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Zelig

Curiosité de la nature et énigme pour la science, Zelig possède la faculté de se fondre au décor en toutes circonstances. Les scientifiques se sont résignés à interrompre tous tests, jugés trop dangereux, lorsque « l’ homme-caméléon » s’est transformé en étron après avoir été trop longtemps exposé à un film de Christophe Barratier. Ce furent les deux pires minutes de l’existence de cet Zelig, qui pour tenter d’oublier, fut contraint de trouver refuge dans l’alcool. Reconverti pilier de bar bénévole, vous pouvez croiser cet étrange énergumène, au détour d’une virée nocturne.