Ed Gein, portrait d’un serial killer



Les tueurs en série ont toujours inspiré le cinéma et ce de manière plus ou moins directe. Qu’il s’agisse d’une influence revendiquée ou moins évidente au premier abord, le nombre de métrages qui en découle reste relativement conséquent.

Parmi les cinglés les plus célèbres, on peut citer Ted Bundy, Charles Manson, ou John Wayne Gacy. Mais si tous ces noms ont influencés de diverses manières tout un pan du cinéma, Ed Gein fait encore figure à part, tant par l’imagerie collective qu’il évoque que par le fait qu’il soit à l’origine de la création de trois figures emblématiques du septième art.

Le boucher de Plainfield

Si Ed Gein est connu de la sorte et appartient aujourd’hui à la culture populaire américaine, ce n’est pourtant pas pour le nombre de meurtres qu’il a perpétré puisqu‘il n‘a finalement commis « que »  deux meurtres. Cette popularité provient davantage de son profil ainsi que des pratiques macabres auxquelles il s’adonnait, notamment à travers le fétichisme et les suspicions de nécrophilie.

Né en 1906, Edward Theodore Gein subit une éducation des plus strictes par le biais de sa mère, fervente croyante aux idées prêchant un certain fanatisme religieux. Pour Augusta, les femmes ne représentaient rien d’autre que des êtres répugnants auxquels il ne fallait surtout pas faire confiance. Une éducation castratrice donc, à l’origine de l‘apparition des troubles chez Gein. En 1940, le père, alcoolique et soumis lui aussi à sa femme., décède d’une crise cardiaque Puis, en 1944, Henry, le frère de Gein décède lors d’un incendie, des traces de contusions furent retrouvées sur son visage mais aucune enquête approfondie ne fut établie, laissant planer un doute concernant la thèse de l‘accident. Ed Gein se retrouve donc seul avec sa mère. Mais cette cohabitation fut de courte durée puisque celle-ci meurt en 1945 d’un cancer. D’après les spécialistes ayant analysés le cas de Gein, ce décès fut l’élément déclencheur de sa folie morbide.

Cette folie se manifesta tout d’abord par la profanation de divers cimetières environnants, Gein s’emparait des corps tout juste enterrés et les transportait jusqu’à son domicile. Il découpait ensuite les corps et utilisait les peaux afin d’en faire des costumes. Il fut arrêté en 1957 lorsque la police, après avoir été prévenu de la disparition de Bernice Worden, se rendit à sa ferme et fit la plus horrible des découvertes. Des rideaux et abats jour en peaux humaines, des bols fabriqués à partir de crânes humains, … et dans un sac la tête de Mary Hogan, une femme qui avait mystérieusement disparue trois ans auparavant. La cadavre de Bernice Worden était quant à lui suspendu par les pieds et éviscéré. Après analyse, Ed gein fut déclaré atteint de schizophrénie et placé dans une institution psychiatrique (son procès n’ayant pu avoir lieu que quelques années plus tard). Il y vivra la reste de se vie et mourut en 1984 d’une insuffisance respiratoire à l’âge de 78 ans.

A l’époque, les habitants de Plainfield furent sous le choc en apprenant la macabre nouvelle, Ed Gein n’étant à leurs yeux qu’un citoyen lambda, tout au plus quelque un d’excentrique et de légèrement marginal, auquel de tels agissements ne furent jamais suspectés. Une anecdote montre d’ailleurs l’absence totale de soupçons à son égard, puisque lors d’une discussion dans un bar où des habitants se demandèrent où pouvait bien se trouver Mary Hogan., Ed Gein répondu naturellement « Elle n’a pas disparue, elle est chez moi, à la ferme en ce moment même », les personnes présentes prirent cette déclaration à la rigolade.

On comprend donc mieux en quoi Edward Gein était et est une source d’inspiration évidente pour tout cinéaste souhaitant mettre en scène un personnage effroyable. Au-delà du caractère morbide du fait divers, il représente en de nombreux points l’archétype du tueur en série et plus globalement de la folie humaine. Qu’il s’agisse du rapport qu’il entretenait avec sa mère avant et après la mort de celle-ci, de ses agissements dénués de toute morale, de l’image banale qu’il renvoyait auprès des autres habitants ou encore du fait qu’il ne pris jamais réellement conscience des atrocités qu’il avait commis. De plus, ces événements ne se sont pas déroulés dans une grande ville ou dans un lieu connu pour ses crimes, mais dans une petite commune de 640 habitants où le calme résidait jusque là, autrement dit un village similaire à n’importe quel autre du Wisconsin. Il représente en quelque sorte la fin d’une époque, celle des années 50 et de la légèreté qui les caractérisaient.

Du fait divers jusqu’aux écrans de cinéma

Psychose (1960)

Écrit en 1959, le livre de Robert Bloch s’empare de l’affaire du boucher de Plainfeild en sachant très bien qu’un tel fait divers est une aubaine pour un roman. Un an plus tard, Alfred Hitchcock l’adapte au cinéma. Film majeur, entre autres précurseur du slasher, et qui marque l’apparition d’une des icônes du cinéma d’horreur: Norman Bates. Celui-ci et représenté comme une sorte d’alter ego d’Ed Gein d’un point de vue psychologique, l’allure physique du personnage et le cadre où se déroule l’action n‘ayant pas été repris. Ainsi, la relation qu’entretient le personnage avec sa défunte mère en est ouvertement inspirée. Les troubles de Gein se retrouvent chez Bates qui voue une passion/répulsion morbide au sujet de sa mère. De plus, Norman Bates préserve la chambre de sa mère décédée tel un temple, de la même manière qu’Ed Gein. Le travestissement est aussi une pratique commune, l’un empruntant les vêtements de sa mère tandis que l’autre ira jusqu’à se « fabriquer » des attributs féminins à partir de cadavres.

Massacre à la tronçonneuse (1974)

Tobe Hooper a beau avoir nié à de nombreuse reprises l’influence d’Ed Gein (alors que dans une interview, Gunnar Hansen, l‘acteur ayant interprété Leatherface, explique lui-même que Hooper lui aurait dit s‘être inspiré de célèbre tueur), il semble impossible de ne pas y voir trouver des similitudes tant de nombreux points communs s‘accordent: un bled paumé, une maison à l’écart de la ville, … et surtout Leatherface (littéralement « visage de cuir »), personnage affublé d’un masque conçu à partir de peaux humines. Le film soulève d’ailleurs les mêmes suspicions que celles faites à l’encontre d’Edward Gein au sujet du cannibalisme puisque dans l’œuvre de Hooper on suspecte la famille de pratiquer elle-même le cannibalisme tout comme pour Ed Gein dont la pratique n’a jamais été prouvée.

Le Silence des agneaux (1991)

Adapté du roman de Thomas Harris, Le Silence des agneaux ne s’est pas inspiré de Gein pour le personnage d’Hannibal Lecter mais pour l’autre psychopathe du film, surnommé Buffalo Bill. Ainsi, le personnage cherche lui aussi à se créer un corps de femme à partir de cadavres. On y retrouve le même profil psychologique instable, notamment à travers une certaine répulsion maladive vis-à-vis des femmes. Deux autres tueurs en série inspirèrent le personnage: Ted Bundy et Gary Heidnick.

Ces trois films s’inspirent chacun de manière différente du personnage, de manière partielle, qu’il s’agisse de la relation à la mère, du regard qu’il portait sur les femmes ou de ses pratiques effroyables.

De manière plus anecdotique, on notera le film Deranged sorti en 1974 et réalisé par Jeff Gillen et Alan Ormsby, qui est une transposition bien plus littérale du personnage de Ed Gein. Dans le même genre, un biopic intitulé Ed Gein, Le Boucher, réalisé par Chuck Parello, est sorti en 2000. Un film guère intéressant tant il ne fait que relater les faits sans jamais proposer une réelle approche psychologique du personnage. En découle un film, qui, s’il a le mérite de coller aux faits, n’a que peu d’intérêt cinématographiquement parlant, de la même manière que le biopic sur Ted Bundy sorti en 2003 qui partage la même approche.

Edward Theodore Gein fait parti de ces êtres dont le nom résonne tel une légende urbaine, et où la vérité est souvent extrapolée de manière à faire sensation. Si le cinéma s’en est servi comme référence à diverses reprises, il reste un exemple d’incompréhension face à certains aspects de la nature humaine. Cette incompréhension crée forcément une fascination tant il reste difficile d’expliquer de tels actes de manière rationnelle si ce n’est en les définissant comme résultant d’une aliénation mentale. On peut imaginer que Gein n’a pas fini d’inspirer des cinéastes ou romanciers en quête de personnages symbolisant l’horreur sous sa forme la plus humaine.

Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).