Aux origines de l’Horreur : The Thing

 

 

 

Who Goes There ? de John W. Campbell Jr. (1938)

A la base, il y a une nouvelle publiée durant l’été 1938 dans Astounding Science-Fiction, un magazine qui va révéler des piliers du genre comme Isaac Asimov, Robert Heinlein et A.E.van Vogt. Son auteur n’est autre que le rédacteur en chef de la revue, John W. Campbell Jr., un écrivain à fort caractère qui veut ramener le genre sur des voies moins fantaisistes. Who Goes There ? raconte la découverte par des scientifiques d’un vaisseau spatial extraterrestre qui s’est écrasé dans les glaces de l’Antarctique il y a vingt millions d’années. Faisant tout exploser avec une charge de thermite, le groupe parvient à dégager le corps gelé du pilote extraterrestre qu’ils ramènent à leur base polaire. Mais la Chose dégèle et se réveille. Pouvant imiter la forme et le caractère des êtres qu’elle dévore, la Chose commence son carnage. Isolés de tout, le personnel de la base va devoir comprendre le mode de fonctionnement de son terrible adversaire pour espérer en venir à bout et sauver le monde. La nouvelle obtient un succès qui va l’installer comme un classique dans les anthologies SF mais Campbell préfèrera par la suite se consacrer principalement à l’édition.

La Chose d’un autre monde de Christian Nyby (1951)

Il faut attendre les années 50 pour enfin voir Hollywood inclure les extraterrestres à son bestiaire fantastique. Ouvrant la voie, La Chose d’un autre monde adapte le récit de Campbell mais transforme son monstre métamorphe en humanoïde végétal. Qualifiée de «carotte vivante», la Chose en question rappelle fortement la créature de Frankenstein avec de grosses mains menaçantes. Si le début du film s’accorde avec celui de la nouvelle, la suite doit cependant composer avec les capacités toutes relatives de cette nouvelle Chose. La paranoïa n’est donc plus de savoir qui est la Chose mais qui est contre les Etats-Unis. Les rares querelles seront d’ordre politique et tout le monde s’unit pour vaincre cet étranger agressif venu d’on ne sait où. Coécrit, produit et officieusement co-réalisé par Howard Hawks, le film joue un peu trop facilement sur les cordes patriotiques de son public pour qu’on ne lui préfère pas d’autres productions fifties plus subtiles dans leur approche du genre (Le Jour où la Terre s’arrêta de Robert Wise, L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel). Toutefois, La Chose d’un autre monde reste un film précurseur dans le genre horrifique.

The Thing de John Carpenter (1982)

Rares sont les remakes qui surpassent leurs illustres modèles. Répondant à Alien de Ridley Scott, The Thing de John Carpenter supplante le travail de son maître Howard Hawks en optant pour un ton plus fidèle à la nouvelle de 1938. Grâce aux effets spéciaux spectaculaires du jeune prodige Rob Bottin (Hurlements), le film développe une dimension lovecraftienne (Les Montagnes hallucinées, La Couleur tombée du ciel) qui explose dans des scènes de transformation d’un nouveau type. Les règles de l’anatomie deviennent folles : les ventres ont désormais des mâchoires, les doigts glissent sous la peau et les têtes coupées se voient dotées de pattes d’araignée pour grimper au plafond. Le réalisateur d’Halloween n’a plus qu’à mettre à profit sa maîtrise du huis clos horrifique pour installer une ambiance paranoïaque aussi tendue que les manifestations de la Chose. On peut toujours préférer d’autres films de John Carpenter mais The Thing reste le sommet artistique du réalisateur. La gageure est donc colossale pour le réalisateur néerlandais Matthijs van Heijningen Jr. et sa préquelle qui sort demain.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».