Critique de The Woman

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Rating: 3.8/5 (11 votes cast)

The Woman

de Lucky McKee

avec Pollyanna McIntosh, Angela Bettis, Sean Birdgers, Lauren Aslhley Carter, Zack Rand et Carlee Baker

Etats-Unis – 2011 – 1h40

Rating: ★★★★★

Un avocat, fort sympathique de prime abord, capture une femme sauvage lors d’une partie de chasse en solo, et décide de la séquestrer pour la « civiliser », avec l’aide de sa femme et de ses enfants.

Depuis sa première présentation mondiale à Sundance, The Woman de Lucky McKee  (suite indépendante d’Offspring d’Andrew van den Houten) a fait beaucoup de bruit. Ce parfum de soufre ne peut qu’intriguer et les réactions violentes des spectateurs lors de cette fameuse projection ne font qu’attiser la curiosité. Mais au delà du scandale, le film s’avère être écrit, conçu et pensé. La nature même de son sujet et son caractère jusqu’au-boutiste peuvent effectivement choquer, mais restent nécessaires, inévitables au vu du discours véhiculé par le film. En réalité, The Woman s’avère être moins hardcore que ce que sa réputation laissait présager. Lucky McKee n’est pas un de ces tâcherons de l’écurie Saw, il ne cède jamais à la tentation du torture porn. Utilisant hors champs, cadrage en gros plans, sous-entendus dans le dialogue, le réalisateur épargne à son spectateur la véritable violence visuelle de son spectacle, tout en parvenant à instaurer un malaise et une tension qui ne quitteront le spectateur avant la fin du film. Plus insoutenable psychologiquement que visuellement, The Woman n’en reste pas moins une expérience intense.

La scène d’intro nous présente la Femme éponyme dans son « milieu naturel », la forêt, agissant comme un animal sauvage, contrastant avec la scène suivante qui nous plonge dans l’ambiance cordiale d’un grand barbecue entre plusieurs familles – notre société évoluée dans toute sa splendeur.  Mais la caméra de Lucky McKee a vite fait de se balader dans l’envers du décor, dévoilant au passage les déviances et les comportements malsains que cache ce civisme apparent. Entre le primitif et le civilisé, le pire n’est donc pas celui que l’on croit. Et le réalisateur va ainsi construire son réquisitoire à mesure qu’il nous fait entrer dans l’intimité de chacun. La Femme est certes sauvage, mais la famille s’avère cruelle. Les hommes de la famille se révèlent être au final pire que des animaux : vicieux, sadiques, violents et sacrément tordus. Ne faisant aucun compromis, McKee, qui a co-écrit le scenario avec l’écrivain Jack Ketchum (aussi auteur du roman dont était tiré Offspring), maîtrise totalement son sujet et sa réalisation, livrant un pamphlet sur la condition de la femme, les brimades qu’elle subit de la part des hommes encore présentes dans notre société si moderne et civilisée.

Dressant progressivement les portraits des membres de cette famille parfaite en apparence, McKee entraîne son spectateur dans ses petites perversions quotidiennes (l’ambiguïté d’un père libidineux, le sadisme naissant d’un ado, le silence insoutenable d’une épouse), le plaçant en témoin de l’indicible sous presque toutes ses formes.  Alors qu’il les avait présentés de manière totalement normale, le réalisateur nous entraîne dans leur intimité, dévoilant ce qu’ils sont réellement, ce que révèle d’eux la présence de la Femme et leurs agissements envers elle. La primitive fait ressortir leur nature profonde, la monstruosité des hommes, la lâcheté des femmes qui acceptent en silence la situation, impuissantes car soumises, victimes de violences physiques et psychologiques du père tout puissant. Jouant sur les non-dits, explicitant par l’image plutôt que par le dialogue, le film bénéficie d’un casting d’acteurs extraordinaires, qui parviennent tous à composer un jeu juste et puissant : de Pollyanna McIntosh en femme sauvage plus vraie que nature, Sean Brudgers en salaud plus qu’haïssable, Zack Rand en petit con pervers digne de son père, Angela Bettis, la femme soumise et surtout, la jeune Lauren Ashley Carter dont les immenses yeux véhiculent plus d’émotion que n’importe quel dialogue.

Lucky McKee confirme largement le talent qu’on lui supposait depuis May, prouvant qu’il maîtrise aussi bien l’écriture que la réalisation, jouant sur la suggestion plutôt que sur le gore, renforçant ainsi la critique sur notre société civilisée, cachant sous des apparences trompeuses ses tares, ses perversions, ses vices, société dite moderne,  dans laquelle les violences faites aux femmes semblent pourtant toujours bien ancrées et banalisées.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.