Critique de The Unjust

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Bu-dang-geo-rae

De Ryoo Seung-wan

Corée du Sud – 2010 – 1h59

Rating: ★★★★☆

Un tueur de gamines sévit en Corée du Sud. Mais le suspect numéro un est abattu lors de son arrestation par l’officier de police Choi Cheol-gi. Afin de rassurer l’opinion publique sur l’affaire, la bavure est passée sous silence et une opération secrète est mise en place pour incarcérer un faux coupable. Chargé de superviser la mission contre une promesse de promotion, Choi contacte Jang Suk-gu, un gangster influent qui doit convaincre par ses propres moyens le futur « homme de paille » de passer aux aveux. Le dévolu tombe sur Lee Dung-seok, un ancien violeur réhabilité dans la société qui travaille honorablement pour subvenir aux besoins de sa petite fille et de son épouse handicapée. Mais Jang Suk-gu profite de la situation pour faire assassiner un industriel gênant. Or, ce dernier arrosait généreusement Joon-yang, un procureur véreux qui a pour principal ennemi l’officier Choi Cheol-gi. Un jeu vicieux et mortel va s’engager entre les différentes parties.

Polar à la structure alambiquée, The Unjust est un film choral peuplé de ripoux en tous genres. Sur un scénario en béton signé Park Hoon-jung (J’ai rencontré le Diable), le réalisateur Ryoo Seung-wan (City of Violence) livre un portrait au vitriol d’une société où les intérêts personnels priment sur la morale et l’éthique. Pour maintenir sa position, on manipule, falsifie, trahit, tue. Qu’importent les moyens dans cette histoire où les bons se distinguent des méchants uniquement par leur ignorance de la situation. Une situation qui prend la forme d’une toile de plus en plus complexe, se tissant au fur et à mesure des manœuvres de Choi, Jang et Joo-yan, trois sommets d’un triangle de la corruption. Ici, la notion de justice est toute relative. Pour le policier, il s’agit d’une mise en scène pour gravir les échelons hiérarchiques. Pour le procureur, disculper un innocent n’est qu’une fin en soi afin de faire tomber son adversaire. Bref, le système est complètement vicié, de la base au sommet (l’idée de « l’homme de paille » est approuvée par le Président en personne). Pourtant, la justice se rétablira d’elle-même (concernant l’histoire du serial killer) dans un retournement final aussi ironique que cruel. Quant aux personnages principaux, ils seront châtiés à la hauteur des moyens qu’ils auront employés pour exercer leur impunité.

Profondément masculin (les femmes n’ont visiblement aucun pouvoir en Corée), magistralement interprété et mis en scène, The Unjust confirme une nouvelle fois tout le bien que l’on peut penser du cinéma de genre sud-coréen, l’un des rares à savoir doser grand spectacle, prise de risques, pertinence du propos et exigence artistique. Cela fait plus d’une décennie que ça dure et ce n’est visiblement pas prêt de s’éteindre. Mais bon, on ne vous apprend plus rien de ce côté là.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».