Critique de Mes Voisins Les Yamada

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Hohokekyo tonari no Yamada-kun

de Isao Takahata

avec Tôru Masuoka, Yukiji Asaoka et Naomi Uno

Japon – 1999 – 1h44

Rating: ★★★★★

Mes voisins les Yamada, bijou de la comédie nippone, est disponible aujourd’hui dans les bacs, réédité chez Disney et distribué par TF1 (comme quoi certaines alliances ne sont pas si mauvaises que ça).

Adapté du manga de Hisaichi Ishii paru dans un quotidien entre 1991 et 1993 et réalisé par Isao Takahata (Le Tombeau des Lucioles), Mes Voisins les Yamada suit le quotidien décousu d’une famille de doux dingues, les éponymes Yamada. Prenant le parti d’utiliser un trait de dessin grossier proche de l’esquisse et un décor dépouillé sur fond blanc, Takahata cherche à coller le plus possible avec le rendu du matériau originel. Ayant souhaité à la base coloriser le film avec de l’aquarelle, le réalisateur a vite du se rendre à l’évidence que le procédé était impossible avec les moyens employés à l’époque. Mais pas découragé pour autant, il décida d’utiliser le coloriage informatique, tout en prenant soin de s’approcher le plus possible du rendu souhaité.

Ainsi,  Mes Voisins les Yamada devint le premier film du studio Ghibli à avoir été entièrement dessiné et colorisé par ordinateur. Peut être est-ce pour cette raison, ou à cause de  la nature atypique du film en soi, mais Mes Voisins les Yamada essuya un échec à sa sortie, chose inhabituelle pour le studio, qui, jusqu’alors enchaîner les succès avec ses autres productions, notamment celles de Miyazaki. Il faut dire que peu de films d’animation n’avaient reposé sur un tel minimalisme graphique.

Quoiqu’il en soit, le film demeure un vrai rafraîchissement, un ovni dans sa conception, comme dans son discours, reflet de l’humour typiquement japonais, de l’absurde, de la géniale exubérance de ses héros si attachants, dont nous suivons les divagations quotidiennes non sans plaisir. Construit sur une succession de scènes indépendantes les unes des autres, le film garde le même principe narratif que les strips dont il s’inspire, le spectateur assistant à des sketchs bien distincts, qui ne sont pas liés par une trame narrative commune, autre que les personnages. Mais au delà de ses gags bon enfant, le film, tout comme le manga, s’efforce de dresser le portrait de la famille japonaise moderne. C’est au travers de scènes de la vie quotidienne, de situations anodines tournées en dérision que les deux oeuvres distillent leur vision de la société nippone, entre les brimades quotidiennes de la vie de salaryman, les contraintes qu’impose le statut de femme au foyer ou les attentes suscitées par la condition d’écolier.  La pression sociétale au delà de la pression familiale, voilà ce que tendent à dépeindre chacun à leur manière Takahata et Ishii. Au final, la famille loufoque ne l’est peut être pas tant que ça, c’est peut-être tout bonnement la société qui les rend comme ça. A quelques différences près, le discours du film peut s’adapter à n’importe quelle société moderne.  Néanmoins, seuls les japonais pouvaient se permettre de le prendre avec autant d’humour et de dérision.

Touchant, drôle, Mes Voisins les Yamada est à la fois un parti pris esthétique hors du commun, une comédie hilarante jouant autant sur l’absurde que sur la dérision, mais également un portrait doux amer de la cellule familiale, des pressions inhérentes à celle-ci et des contraintes que lui imposent la société moderne.

 

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.