Les Vampires en 10 films

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Ils sont immortels, se nourissent de sang humain, dorment dans un cercueil, se transforment en chauve-souris et sont allergiques à la lumière du jour, aux crucifix et aux gousses d’ail. Petit tour d’horizon des vampires en dix profils marquants.

 

NOSFERATU LE VAMPIRE (1922)

De F.W. Murnau

Le vampire horrifique

Certains disent que c’est de l’expressionnisme, d’autres pas. Nosferatu reste toutefois un classique allemand des années 20 qui propulsa son réalisateur F.W. Murnau en maître du cinéma d’horreur. Celui-ci s’imposera cinq ans plus tard à Hollywood comme un maître du cinéma tout court avec L’Aurore. Adaptation sauvage du roman Dracula de Bram Stocker paru vingt-cinq ans avant, Nosferatu présente le vampire dans sa dimension la plus fétide. Avec son nez crochu, ses oreilles en pointes et ses griffes, la goule chauve interprétée par Max Schreck présente le premier mort-vivant convaincant de l’histoire du cinéma. Et si le personnage de Nosferatu s’est imposé comme une figure vampirique bien différente de celle de Dracula, le film de Murnau ajoute quant à lui une nouvelle règle sur les vampires qui aura une importance monumentale sur le genre : la lumière du soleil tue les vampires. En somme, un film fantastique très important.


DRACULA (1931)

De Tod Browning

Le vampire superstar

Dans les années 30, Universal obtient un succès colossal grâce à ses films de monstres. Tout comme Boris Karloff avec le personnage de la créature Frankenstein, l’acteur hongrois Bela Lugosi développe un motif horrifique appelé à devenir un modèle du genre. Raffiné et séducteur, Dracula devient dans le film de Tod Browning (Freaks) un personnage en cape qui joue de son rang (le nœud-pap’ ça change tout). Ayant rodé son personnage sur les scènes de Broadway, Bela Lugosi deviendra pour longtemps synonyme de Dracula et son influence se fera sentir jusqu’aux films de la Hammer avec Christopher Lee. Il faudra attendre la version de Francis Ford Coppola en 1992 pour retrouver un Dracula plus proche du roman de Bram Stocker.


VAMPYR (1932)

De Carl Theodor Dreyer

Le vampire avant-gardiste

Produit par le baron Nicolas de Gunzburg qui interprète également le héros du film, Vampyr s’inspire d’œuvres de Sheridan Le Fanu dont le célèbre roman Carmilla, une histoire de femme vampire. La réalisation en grande partie muette du réalisateur danois Carl Theodor Dreyer (La Passion de Jeanne d’Arc) donne au film une ambiance éthérée et onirique qui touvera des échos des décennies plus tard dans les films d’Ingmar Bergman, David Lynch et Lars von Trier. Entre gothique et surréalisme, Vampyr reste avant tout un film sensitif et atmosphérique. Dreyer y développe des idées modernes sur les codes du genre comme la scène où le héros voit son double dans un cercueil. Parmi les classiques des films de vampires, nous avons ici le plus expérimental.


JE SUIS UNE LÉGENDE (1964)

De Sidney Salkow et Ubaldo Ragona

Le vampire post-apocalyptique

C’est l’histoire du dernier homme sur Terre. Rescapé d’une pandémie qui a transformé la totalité des êtres humains en vampires, il doit lutter seul pour sa survie. Paru en 1953, le roman de Richard Matheson (qui lui aussi est une légende) amenait les vampires dans la SF post-apocalyptique. Les codes folkloriques sont revus sous une approche plus scientifique. Si les crucifix sont désormais désuets, les pieux dans le coeur et la vulnérabilité à la lumière trouvent en revanche une explication rationnelle. La question pour le héros est désormais de savoir s’il a encore sa place sur une planète dominée par les vampires. Le roman sera adapté de nombreuses fois au cinéma mais c’est la première version avec Vincent Price qui peut se targuer de préfigurer La Nuit des morts-vivants.



LE BAL DES VAMPIRES (1967)

De Roman Polanski

Le vampire décalé

A la fin des années 50, le studio britannique Hammer connait à son tour un succès phénoménal en recyclant les figures des films de monstres de Universal. Parmi eux, on retrouve bien évidemment Dracula qui fera la gloire de Christopher Lee. Pastiche assumé de ces films d’horreur anglais, Le Bal des Vampires (ou The Fearless Vampire Killer) ouvre la voie aux parodies fantastiques. S’inspirant du style de Terence Fisher et Don Sharp, Roman Polanski ajoute une bonne dose de burlesque dans les aventures d’un duo de chasseurs de vampires, le lunaire professeur Abronsius et Alfred, son jeune assistant (interprété par le réalisateur lui-même). Jouant avec les codes du genre (difficulté de planter un pieu dans un cœur, vampire juif insensible au crucifix), le film parvient à sublimer le genre qu’il parodie grâce à  son approche iconoclaste et sa perfection graphique.   


ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE (1994)

De Neil Jordan

Le vampire mélancolique

Si l’on peut rester dubitatif sur l’importance d’Anne Rice dans la littérature fantastique moderne, il est difficile de nier la qualité de cet Entretien avec un vampire adapté au cinéma par Neil Jordan (La Compagnie des loups) et interprété par l’un des plus impressionnants castings de belles gueules des années 90 (Brad Pitt, Tom Cruise, Antonio Banderas, Christian Slater). Longue confession d’un vampire à un journaliste, l’histoire prend des airs de saga en s’étendant sur plusieurs siècles. Face à des sociétés en perpétuelle mutation, le vampire doit affronter la solitude qui découle de son immortalité. Pour y parer, certains se regroupent en sociétés secrètes, d’autres se construisent leur propre cellule familiale comme Lestat qui vampirise un bellâtre dépressif puis une Kirsten Dunst encore toute gamine. Mais tout le monde n’est pas fait pour devenir vampire. Le dernier grand film en costume du genre.

LES PRÉDATEURS (1983)

De Tony Scott

Le vampire urbain

Premier film de Tony Scott (Top Gun, True Romance), Les Prédateurs accentue le parallèle entre le besoin de sang et l’appétit sexuel du vampire, sa jeunesse éternelle étant liée au fait d’être aimé. Ce qui n’est plus le cas de David Bowie qui commence par conséquent à vieillir depuis que son épouse millénaire (Catherine Deneuve) lui préfère les charmes d’une scientifique, Susan Sarandon. Transposant le mythe dans un lieu très urbain (New York), le film stylise avec froideur les ébats sexuels et cite le film de Tod Browning par l’utilisation de la chanson Bela Lugosi’s Dead du groupe cold-wave Bauhaus. Echec critique et public à sa sortie, Les Prédateurs sort le vampire de son élément folklorique et ouvre une nouvelle voie de réflexion sur son aspect déviant. Dans la même veine, on trouvera The Addiction d’Abel Ferrara ou Trouble Every Day de Claire Denis.

 

AUX FRONTIERES DE L’AUBE (1987)

De Kathryn Bigelow

Le vampire hors-la-loi

Sur un scénario d’Eric Red (Hitcher), Aux frontières de l’aube présente des vampires ultra-violents (parmi lesquels on trouve Lance Henriksen et Bill Paxton) qui se baladent dans un van et sèment la terreur sur leur passage. De la tuerie dans le Roadhouse à la fusillade devant le motel (où chaque impact de balle laisse passer un rayon de soleil meurtrier), le film revoit tous les codes du genre sur une tonalité western. Les créatures de la nuit perdent leurs bonnes manières et tuent plus que nécessaire. La réalisation musclée de Kathryn Bigelow, proche de celle de James Cameron (ils seront d’ailleurs mariés pendant deux ans) annonce la venue des vampires du désert comme ceux d’Une nuit en Enfer de Robert Rodriguez et de Vampires de John Carpenter.  

GENERATION PERDUE (1987)

De Joel Schumacher

Le vampire adolescent

Reconnu grâce au succès honorable de Saint Elmo’s Fire deux ans auparavant, Schumacher surfe sur la vague du film avec et pour les teens en transposant la bande de potes dans un contexte fantastique. Les Lost Boys du titre V.O sont de loubards à moto  qui s’avèrent être en réalité des vampires, menés par un  Kiefer Sutherland peroxydé et inquiétant. Du cuir, des cylindrées, du rock et de l’hémoglobine, le vampire est ici ultra cool en apparence, puis bien moins quand le nouveau venu (Jason Patric) préfère quitter le groupe et renier son état. Le film deviendra ensuite une trilogie, avec pour seul récurrence, le personnage de Corey Feldman, le chasseur de vampire Edgar Frog. Le second film, Lost Boys The Tribe demeure une belle surprise, avec  Angus Sutherland, le demi-frère de Kiefer, pour reprendre le rôle de chef de bande. Lost Boys The Thirst par contre, reste une grosse blague…

MORSE (2008)

De Tomas Alfredson

Le vampire asexué

Demeurant probablement une des dernières variations originales autour du vampire, Morse exploite deux aspects du mythe jamais ou peu exploités. Le premier tient dans l’âge du vampire en question, Eli, qui, sous l’apparence d’une enfant pré-pubère, cache un instinct de prédateur aiguisé. Le contraste est d’autant plus frappant puisque le point central de Morse reste l’amour-amitié qui la lie au héros, le jeune Oskar. Mettant en avant le caractère de chasseur du vampire, Morse détourne son côté sexuel, le confondant avec la curiosité d’un pré-ado (qui mate ses voisins à la jumelle quand ils font snou-snou), la relation d’un vieil ami avec une adulte prisonnière du corps d’un enfant et l’ambiguïté de la jeune vampire, dévoilée dans un plan très bref et choquant. Le film a eu le droit deux ans après sa sortie à son remake, Laisse moi entrer de Matt Reeves, produit par la Hammer.

The Vug et Lullaby Firefly

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».