Critique d’Essential Killing

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Essential Killing

De Jerry Skolimowski

Avec Vincent Gallo et Emmanuelle Seigner

Pologne/Irlande/France/Norvège/Hongrie – 2010 – 1h23

Rating: ★★★★☆

Cinéaste maudit, oublié ou ignoré, celui qui a démarré comme scénariste de Wajda et Polanski, n’était connu que par les cinéphiles les plus assidus. Les ressorties cet été de Travail au noir, Deep End et La Barrière, ont permis de rectifier en partie cette injustice. 2011 c’est aussi l’année de son dernier opus en date : Essential Killing, survival horror mystique aux allures de Man vs. Wild sous acide.

Deuxième film de Jerzy Skolimowski depuis sa « pause » de 17 années, consacrée à la peinture, Essential Killing c’est d’abord la rencontre entre un cinéaste un peu barjot et un acteur (Vincent Gallo) totalement dérangé. Le résultat est forcément…grandiose !

Celui qui revendique son statut de « pute » et vend son sperme sur internet (si si, la preuve sur son site www.vgmerchandise.com), incarne ici un taliban, capturé par l’armée américaine, puis transféré dans le grand froid de l’Europe de l’est. Le prisonnier réussi cependant à s’échapper au gré d’un accident de la route, et se retrouve livré à lui-même au milieu d’une forêt enneigée,  poursuivi par une horde de militaires.

Beaucoup plus radical qu’une chasse à l’homme « à la William Friedkin », Essential Killing se passe de dialogues, ou de toutes formes d’explications.  Le spectateur est plongé dans le même état que le protagoniste, sans le moindre repère et en proie à ses instincts les plus primitifs. Au milieu de cette expérience sensorielle, quelques délires visuels mélangeant souvenirs, hallucinations et prémonitions constituent les seuls liens, abstraits, avec le cerveau du taliban.

Cette course contre la mort n’est rythmée que par les râles d’un Vincent Gallo transcendé par son rôle, contraint d’avaler des fourmis, de manger à pleines dents un poisson encore vivant, ou encore d’agresser une jeune maman pour y boire son lait, directement à la source !

Plus loin, le fugitif est secouru par une fermière incarnée par Emmanuelle Seigner ; événement qui fait aussitôt naitre un double espoir : celui d’une issue heureuse et l’espoir d’une première tentative de communication. Mais c’est sans compter sur le machiavélisme de Skolimowski : la fermière est évidemment muette,  et renvoie dès le lendemain notre Gallo à peine réchauffé, vers son chemin de croix.

Cette expérience époustouflante et éprouvante, est portée par la mise en scène à la fois très épurée et abstraite, qui rappelle par moment Gerry. Comme chez Gus van Sant, Jerzy Skolimowski propose un voyage métaphysique qui laisse énormément de liberté d’analyse au spectateur, placé comme témoin actif du périple. Le réalisateur polonais a déclaré vouloir faire des films jusqu’à sa mort, il ne reste plus qu’à croire dans vertus bienfaitrices de la vodka.

Zelig


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About Zelig

Curiosité de la nature et énigme pour la science, Zelig possède la faculté de se fondre au décor en toutes circonstances. Les scientifiques se sont résignés à interrompre tous tests, jugés trop dangereux, lorsque « l’ homme-caméléon » s’est transformé en étron après avoir été trop longtemps exposé à un film de Christophe Barratier. Ce furent les deux pires minutes de l’existence de cet Zelig, qui pour tenter d’oublier, fut contraint de trouver refuge dans l’alcool. Reconverti pilier de bar bénévole, vous pouvez croiser cet étrange énergumène, au détour d’une virée nocturne.