Critique de Drive

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Rating: 4.4/5 (8 votes cast)

Drive

de Nicolas Winding Refn

avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston et Ron Perlman

États-Unis – 2011 – 1h40

Rating: ★★★★★

Le film s’appelle Drive, vous vous doutez bien que ça ne va pas parler de Bingo !

Nicolas Winding Refn.

J ’avais pas entendu parler jusqu’à récemment en fait de ce mec.

J’avais vu, comme beaucoup de gens, la bande annonce de Bronson mais m’étais dit que ça devait être un peu nul, un pseudo American History X avec un humour à la Snatch, une merde quoi, un film que je n’irai pas voir. Ah France, toi et tes bandes annonces mensongères pour un public de bœufs, que ferais-je sans toi ? (D’ailleurs, ne regardez pas la bande annonce de Drive, ça n’a aucun sens de regarder des morceaux charcutés de ce film).

C’était mon premier rendez vous raté.

Puis Valhalla Rising est sorti et en voyant les affiches, ça m’a intrigué, j’ai fait des recherches sur ce type, les films qu’il a fait avant, les Pusher etc. mais je n’ai pas trouvé le temps à l’époque et me suis dit que je me les ferai tous un jour.

Et là, Drive sort, et je commence à l’attendre, sans impatience mais avec en tête les très bons échos glanés ici et là, et c’est à ce moment où par le site même où vous êtes, j’obtiens une place pour une avant première.

Je me posais une question l’autre jour, puis j’ai oublié. Elle se formulait dans mon esprit comme suit « Est ce que les lecteurs habitués de Celluloïdz font la différence entre les différents rédacteurs ? »

Je me la suis posé pour plusieurs raisons, mais la principale (Hors « s’il y a une jolie fille qui aime les films gores et m’envoie des mots d’amours ce serait cool ») est que je ne sais pas être objectif vis à vis des films que j’aime, ou pas. Et même si un film a des qualités objectives, c’est par le prisme de moi même que j’irai les déceler, j’aime parler d’expérience, j’aime parler de moi, j’aime parler de cinéma, et le soir où j’ai vu Drive, le cinéma m’a parlé. Il a parlé à mon esprit, à mon corps, à mes sens, à mon souffle.

Je ne saurai dire si c’est le fond ou la forme qui m’a fait cet effet, tout simplement parce qu’ici, les deux ne sont même pas intimement liés, ils ne sont qu’un. Le film est vraiment fou à ce niveau, il est organique, complexe et simple, offre un conte de fée moderne et noir (avec chevalier en blanc et tout) sans rien retirer derrière. Aucune astuce propre au cinéma à twist, qu’on voit fleurir chez tous les « cinéastes » qui construisent un gadget plus qu’un film, est utilisée ici, le film est brut et nous emporte par ses silences, sa rêverie, sa violence, sa douceur. Oui, tous ces ressentis contradictoires se retrouvent ici nous faisant flotter durant 100 minutes sur une rêverie au goût de sang, d’amour, de vitesse, de maitrise. La séquence d’ouverture en est le témoin, voir cette conduite, ce calme pendant la tempête, allié à ces plans de grues qui survolent la ville légèrement en biais, laissant croire à notre œil que la ville est faite en murs de rue, nous dit dès le départ que nous sommes dans l’esprit, la rêverie d’un homme qui a une vison, pas un simple faiseur. Mais malgré une maitrise technique indéniable rappelant Kubrick ou Mann (que je n’aime pas beaucoup mais dont je dois dire qu’il fait de jolies images), Refn ne reste jamais froid, il suit ses personnages, ne perd jamais de vue l’humain et cette perfection plastique n’étouffe pas l’âme.

Le tout accompagné d’une musique planante avec des touches très 70’s/80’s qui suit le film et reste en tête longtemps après.

Paradoxalement à tout ça, le film parle très peu, et je trouve admirable cette manière de respecter le silence, de laisser se faire des situations naturellement sans l’usage de beaucoup de mots. C’est pour moi une rare qualité chez l’humain comme chez l’artiste de ne pas avoir peur du silence.

Refn va, avec cette histoire à priori simple d’un type qui conduit et venge, dans l’épure la plus totale du genre en en gardant que le nécessaire, le viscéral, ce qu’on connaît poussé au paroxysme rappelant ainsi Walter Hill ou William Friedkin sans être dans l’admiration ou l’hommage, il crée, comme ses prédécesseurs, son univers, en bousculant sans violence certains clichés et rendant ce qu’il a à raconter d’autant plus touchant. Ainsi, on est donc dans le genre, le néo noir diront nous. Ces films qui nous présentent des humains en prise à un monde amoral et qui gardent leurs principes, les poussant à l’extrême, se battant tel Don Quichotte contre les moulins, les engrenages de ce monde pourri, laissant derrière eux une flopée de cadavres et d’avertissements. On est dans l’iconique pur et simple, et le casting est pour cela parfait, en commençant par un Ryan Gosling fabuleux, génial, mortel, beau, tendre, violent rappelant Clint tel qu’il était filmé par Leone. Je suis tombé amoureux de lui pendant tout le film, vraiment. Le reste du casting n’est pas moins brillant, que ce soit la pulpeuse Christina Hendricks en camée braqueuse, la fragile Carey Muligan qui réussit à exister dans cet univers hostile sans être pour autant une conne qui croit au père noël, Ron Perlman en mafieux de merde ou encore mon pote Oscar Isaacs que j’aime décidemment de plus en plus en père de famille en quête de rédemption, tout le monde est bon, vraiment, et ils servent tous à rendre ce film plus prenant encore.

C’est pour toutes ces raisons et beaucoup d’autres que ce film m’a parlé. Il est pour moi ce que le cinéma devrait être, c’est à dire des films, et non des artifices.

Enfin voilà, je ne sais pas comment en dire plus sans en dire trop, il y a énormément de sujets que j’aimerais traiter ici mais je me retiendrai afin de ne pas gâcher votre plaisir. Je vous invite cependant à en discuter en commentaires si vous le souhaitez, je me ferai un plaisir de parler de ce qui est pour moi le film de l’année.

Skreemer

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About Skreemer

Comme le dirait son bon pote Brassens, « Autrefois, quand j’etais marmot, J’avais la phobie des gros mots, Et si je pensais «merde» tout bas, je ne le disais pas… Mais Aujourd’hui que mon gagne-pain c’est de parler comme un turlupin, Je ne pense plus «merde» pardi ! mais je le dis. » En plus de tout ça, Skreemer a un goût certain pour la bagarre verbale avec les cons, les livres, les films et les bandes dessinées. Ses biscuits préférés sont les Hello Kitty à la fraise et il a toujours du Coca-Light et des clopes chez lui au cas où une demoiselle passerait. Par contre, il fait de longues phrases sans fin, avec plein de virgules dedans et n’aime pas les tomates. De plus, il est petit en taille et compense en utilisant du verlan.