Critique de The Theatre Bizarre

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 5.0/5 (2 votes cast)

 

The Theatre Bizarre

 

de Richard Stanley,Tom Savini, Buddy Giovinazzo, David Gregory, Douglas Buck, Karim Hussain et Jeremy Kasten

 

avec Udo Kier, Virginia Newcomb, Catriona MacColl, Shane Woodward, Victoria Maurette, Tom Savini, James Gill, André Hennice, Suzan Anbeh, Lena Kleine, Lindsay Goranson, Kaniehtiio Horn et Guilford Adams

 

France/Etats-Unis – 2011 – 1h48

 

Rating: ★★★★☆

 

 

Porté par un incroyable buzz depuis des mois, le film à sketches The Theatre Bizarre a été présenté en avant première à l’Étrange Festival, pour lequel il est en compétition.

 

Quel art fabuleux que le Grand Guignol! Cette forme de théâtre que le monde entier nous envie (l’éponyme Théâtre Grand Guignol était à Paris) reste une influence considérable dans le cinéma de genre, plus particulièrement pour le cinéma d’horreur. Ce n’est donc pas pour rien que d’illustres personnages du ciné indé, comme Richard Stanley ou Tom Savini, ou de prometteurs jeunes loups comme David Gregory (Plague Town) ou Douglas Buck (le remake de Sisters) se retrouvent autour de cette thématique, de cet univers, de cet état d’esprit.

 

A la base simple spectacle horrifique à l’humour macabre, le Grand Guignol demeure associé au gore, au lugubre, le tout agrémenté de sexy. Chaque segment s’attache à développer une facette du genre, parfois plusieurs, rendant l’ensemble cohérent malgré les différences de tons et de styles employés. Le film s’ouvre donc sur le segment de Jeremy Kasten (réal du remake de The Wizard of Gore de Herschell Gordon Lewis) avec Udo Kier en Monsieur Loyal morbide, pantin vivant rythmant de son spectacle de Grand Guignol les différents sketches. Colonne vertébrale du film, ce segment plonge son spectateur dans l’ambiance dès le début, véhiculant l’esthétique la plus proche de ce qu’il a été historiquement au théâtre. Malheureusement, à force d’être morcelé, le sketch de Kasten finit par passer au second plan, s’apparentant davantage à un entracte.

 

Le segment suivant, celui de Richard Stanley, The Mother of Toads, nous plonge dans notre chère France profonde, où deux jeunes touristes américains vont faire la connaissance d’une vieille autochtone étrange, qui dit posséder le Necronomicon. Se référençant d’entrée de jeu à Lovecraft, Stanley a préféré nous immerger dans les mystères de légendes encore vives dans ces montagnes embrumées que le réalisateur se plait à sublimer par des plans accélérés au soleil couchant et levant. Bercé par une musique jouant sur la lancinante des cuivres et des murmures de voix, The Mother of Toads nous plonge dans l’ésotérisme, grande source du Bizarre, distillant tout de même au passage quelques bons gags.

 

Succède ensuite I Love You de Buddy Giovinazzo, où l’on assiste au larguage d’un pauvre hère allemand par sa compagne française. Construit comme un drame bourgeois (comprendre un huis clos dans un appart chicos), I Love You surprend par son excellent twist mais s’avère au final moins dans le sujet que ces condisciples. Pris indépendamment, il n’en demeure pas moins un excellent court métrage.

 

Wet Dreams, le segment orchestré par un Tom Savini en grande forme, demeure probablement l’un des meilleurs du film. Et on sent que le bonhomme s’est bien éclaté à le faire, usant de son légendaire savoir faire de maquilleur, mais également d’acteur, vu qu’il campe le rôle du psy de son personnage principal. Le scenario est une vraie merveille, reposant sur une structure bien huilée, pour ne pas éveiller les soupçons d’un twist cinglant. Drôle, gore, potache, Wet Dreams constitue une raison supplémentaire d’affectionner le grand Tom Savini.

 

The Accident de Douglas Buck est sans nul doute le segment le plus étonnant, le plus éloigné de son sujet. Au travers du dialogue entre une mère et sa petite fille sur la Mort, Buck nous narre ce fameux accident avec poésie et mélancolie, créant un décalage entre les scènes de dialogue et les flashbacks perçus du point de vue de la petite fille.

 

Visions Stains de Karim Hussein, chef op’ de Territoires et de Hobo with a Shotgun, part d’un postulat fort intéressant, faisant la part belle aux mises en scènes gore et aux détails crispants, mais ne pousse guère plus loin sa réflexion. Un petit dommage en somme, le film manquant de profondeur mais parvenant cependant à susciter un réel dégoût chez son spectateur.

 

Enfin, the last but not the least, Sweets de David Gregory clôt le florilège en jouant sur l’ambiguïté du rapport à la bouffe, addiction qui peut être aussi sensuelle qu’écœurante. Comme pour Plague Town, Gregory explique peu, mais sait là encore donner de la prestance à ces personnages, toujours aussi étranges. Son héroïne au look vintage se retrouve sublimée dans des plans très pop, contrebalancés par une réalité glauque et malsaine, et reste l’une des éléments les plus emblématiques du film, au point de le représenter sur l’affiche US.

 

A grand sujet, grands auteurs et à grands auteurs, grand film. Même si au demeurant, l’ensemble peut paraître inégal, The Theatre Bizarre rassemble tout de même des sketches de très bonne facture, toujours maitrisés au niveau de la réalisation, et pour la plupart, au niveau de l’écriture.

Lullaby Firefly

 

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.