Critique de Melancholia

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 4.2/5 (5 votes cast)

.

Melancholia

De Lars Von Trier

Avec Kirsten Dunst, Kiefer Sutherland, Charlotte Gainsbourg, Charlotte Rampling, John Hurt, Alexander Skarsgård, Stellan Skarsgård et Udo Kier

France/Danemark/Suède/Allemagne – 2011 – 2h10

Rating: ★★★★☆

 

Chahutée par les pantalonnades gallianesques de son papa, la sortie de Melancholia demeure cependant l’événement cinéphile de l’été. Un casting de rêve et un scénario apocalyptique aussi ambitieux qu’intrigant, rendent le pari plutôt alléchant. Les premières minutes suffisent pour convaincre qu’il s’agit là d’un film hors norme.

Justine et Michael sont beaux, riches, intelligents et tout fraichement unis par les liens sacrés du mariage. Heureusement ,les choses rentrent vite dans l’ordre, la réception tourne au règlement de compte familial, pendant qu’une mystérieuse planète se dirige tout droit vers la Terre. Après la naissance du monde vu par Terrence Malick, Voici l’apocalypse version Lars von Trier.

Le film s’ouvre sur un prologue purement esthétique, où s’enchainent des « tableaux animés » sur fond de Wagner. L’exercice aurait pu être prétentieux, pompeux, bling bling, mais la beauté envoutante de la séquence nous embarque totalement et nous contraint à laisser de côté tous nos préjugés. Loin de l’univers dénudé de Dogville, l’ouverture de Melancholia est symptomatique du virage esthétique pris par Lars von Trier depuis Antichrist.

S’en suivent les deux chapitres du film: l’un consacré à Justine (Kirsten Dunst), jeune mariée imprévisible et un peu paumée sur les bords, et l’autre à sa sœur Claire (Charlotte Gainsbourg), mère de famille modèle, mariée au richissime John (Kiefer Sutherland). Si les deux sœurs semblent opposées, les deux chapitres le sont tout autant, sur le fond comme sur la forme. La première partie, aux allures de Festen, correspond à la réception quasi princière, organisée pour le mariage de Justine. Les convives, apparemment propre sur eux, tombent rapidement les masques, ce qui donne lieu à des empoignades aussi acerbes que jubilatoires ; notamment entre le lubrique paternel (John Hurt) et son épouse aigrie (Charlotte Rampling).

La deuxième partie rompt de façon assez déconcertante avec le rythme qui était insufflé, on passe de Festen à Persona. Fini les scènes chorales plutôt légères, on entre de le pathos, et des deux pieds ! La fin du monde semble inéluctable et même la présence de Jack Bauer ne suffit pas à soulager cette oppressante angoisse, qui croît de scène en scène.

Malgré la transition brutale et surprenante entre les deux chapitres, le diptyque est captivant de bout en bout,  parfois même éprouvant, tant les appréhensions des personnages sont communicatives. Marqué par bouquet final époustouflant, Melancholia est aussi un modèle de mise en scène ; certains passages tutoient le sublime : la scène où Kirsten Dunst s’offre corps et âme (surtout le corps d’ailleurs) à la planète, risque de hanter le souvenir des fans de l’actrice de Virgin Suicides.

Deux après Antichrist, le provocateur Lars von Trier risque fort de se rabibocher pour un temps, avec son public, avant de s’attaquer à son nouveau projet, le très sulfureux Nymphomaniac.

Zelig

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Zelig

Curiosité de la nature et énigme pour la science, Zelig possède la faculté de se fondre au décor en toutes circonstances. Les scientifiques se sont résignés à interrompre tous tests, jugés trop dangereux, lorsque « l’ homme-caméléon » s’est transformé en étron après avoir été trop longtemps exposé à un film de Christophe Barratier. Ce furent les deux pires minutes de l’existence de cet Zelig, qui pour tenter d’oublier, fut contraint de trouver refuge dans l’alcool. Reconverti pilier de bar bénévole, vous pouvez croiser cet étrange énergumène, au détour d’une virée nocturne.