Critique de La Piel que habito

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La Piel que habito

de Pedro Almodovar

avec Antonio Banderas, Elena Ayana et Marisa Paredes

Espagne – 2011- 1h57

Rating: ★★☆☆☆

Dire que Pedro Almodovar est un habitué de Cannes tient de l’euphémisme, tant ses films sont souvent (voire toujours) présentés dans le cadre de la Compétition. Ainsi, le dernier en date, La Piel que habito, n’échappe pas à la règle et, bien qu’il soit presque  reparti les mains vides (il a eu le prix de la Jeunesse…), le film a bénéficié d’un fort engouement et auréolé de bonnes critiques durant le festival. On était donc en droit de s’attendre à en avoir plein les mirettes, certains n’hésitant pas à le qualifier de meilleur film du cinéaste! Mais il faut croire qu’une fois l’enivrement de la Croisette passée, le film perde de sa superbe.

Soyons clair: La Piel que habito n’est pas un film d’horreur , ni un film d’épouvante (ceux qui trouvent que c’est le cas devraient vraiment se mettre à la page), cela tient plus du drame mâtiné de thriller, vu qu’il est toujours de bon ton de faire dans le genre. Cette adaptation du roman Mygale de Thierry Jonquet est ici un prétexte pour mettre en scène les habituels motifs chers à Almodovar (les femmes, les mères, les transexuels) dans un contexte bien moins piquant et coloré  que dans  ses précédents films. On est bien loin des années Movida. Place à l’austérité, la froideur et les couleurs froides.

Nous suivons donc le Dr Roberto Ledgard, chirurgien esthétique pour vieilles rentières, qui s’est lancé à corps perdu  depuis la mort de sa femme brulée vive dans des recherches pour mettre au point une peau de synthèse transgénique. Mais la villa-clinique El Cigarral où il vit et effectue ses travaux est aussi la prison dorée d’une jeune femme, Vera, cobaye des expériences interdites du médecin.

Beau pitch, très prometteur. Mais voilà, bien qu’il le cite, Almodovar n’est pas Hitchcock. Il maitrise mal la mise en place du suspense, pêchant à instaurer un rythme assez soutenu pour tenir le spectateur en haleine et ne parvient pas à créer des scènes de tension salvatrices (en dehors de la scène du Tigre, au début du film).   Alourdie par des flashbacks peu finauds et bien trop tardif, l’intrigue patauge, voire mijote dans son jus, régulièrement mise en stand by au profit du drame et de l’instauration de ses ficelles, tout cela pour servir un twist déjà évident, et ce, malgré le nombre important de digressions inutiles dont les seules fonctions principales sont de noyer le poisson. Avec un sujet pareil, il y avait matière à dire bien des choses, sur bien des sujets, mais rien n’est vraiment approfondi, tout est survolé pour servir ce fameux twist.

Le retour au pays du bel Antonio semble devoir se faire dans la surenchère du jeu d’acteur, qui passe crème dans cette accumulation de caricatures (le fils préféré, la mère sacrifice, le savant fou). Sans grand moment de cinéma, La Piel que Habito rate ses enjeux dramatiques, la faute à une narration mal fagotée qui tarde à révéler les éléments de l’intrigue et à instaurer une psychologie des personnages suffisamment épaisse pour créer une connexion avec le spectateur. En somme, qu’importent les évènements qui leur arrive, cela laisse relativement froid. Dur pour un film qui se veut être un drame.

Mal écrit, mal conçu, La Piel que habito veut jouer sur plusieurs tableaux en même temps sans pour autant en réussir un réellement. Avec un rythme trop mou pour un thriller, une maladresse dans la mise en place de l’intrigue et un jeu d’acteur un peu trop forcé pour être crédible, le film survole sans jamais creuser, parle sans jamais dire. A sujet équivalent, on ne pourrait que recommander d’autant plus chaudement Slice, petite perle venue de Thaïlande, qui n’a eu ni droit au tapis rouge, ni même à une sortie en salles.

 

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.