Le cinéma de genre sud-coréen des années 2000, une ferveur nationale et originale

 
 
 
 

Le cinéma sud-coréen, méconnu jusqu’aux années 2000, hormis Im Kwon-taek, a fait éclore de nombreux réalisateurs. Si les premiers metteurs en scène reconnus proviennent surtout du cinéma d’auteur mondialiste ou international, notamment à Cannes, la seconde vague des révélations sont des cinéastes d’auteur. Portraits des 3 cinéastes les plus importants.

Park Chan-wook et la trilogie de la vengeance

Au départ étudiant en philosophie, Park Chan-wook se tourne vers le cinéma, le déclic est Vertigo d’Alfred Hitchcock. Après des échecs commerciaux de ses premiers films, Moon is the sun’s dream et 3 members, et les commandes comme Joint Security Area, c’est en 2002 qu’il entame son triptyque de la vengeance. La formule est assez simple, une personne subit un drame dans sa vie et quelques temps plus tard, elle soigne son douloureux dans la violence et l’extase.

 

Lady Vengeance

Le premier volet, Sympathy for Mr Vengeance (2002), est certes mal accueilli, mais en même temps comment accueillir un film dont l’histoire est celle d’un sourd-muet, qui pour soigner sa sœur malade, décide de kidnapper une fille d’une famille aisée et se retrouve avec deux morts sur le dos peu de temps après ? Trop violent, trop malsain, trop stylisé, non, juste trop radical, car cela dure 2 heures sans un vrai début et une fin assez spéciale… De toute façon, ce sont les 2 volets suivants, Old Boy (2004) et Lady Vengeance (2005) qui assoient sa maîtrise, ses deux chefs d’œuvres.

 
 
 

 

Old Boy

En effet, le réalisateur met en place plusieurs procédés : une enquête froide mais nerveuse, des personnages torturés dont même les seconds rôles, une violence brute s’accompagnant d’une violence psychologique à la limite du supportable (les retournements de situations des deux films), un sens du cadrage et de l’espace urbain ou clos, Park Chan-wook semble beaucoup aimer les institutions qui n’ont fait leur transition postmoderne (prison, école, gratte-ciel) et surtout ce plaisir coupable d’identification du spectateur au personnage principal qui voit dans la vengeance une justice. Ce n’est pas pour autant de la jouissance primaire ou du règlement de compte pseudo-nietzschéen (œil pour œil, dent pour dent), c’est le résultat de la fascination de l’humain quand il est à la limite de ses convictions et de soi-même. On peut ajouter son segment du film en trois parties 3 Extremes intitulé Cut.

Bong Joon-ho, polar et geek culture

Bong Joon-Ho est peut-être le réalisateur le plus fun des 3, sûrement grâce au succès critique et public de The Host en 2006, chef d’œuvre et film culte (dans le classement Celluloïdz top 30 des années 2000) remake de Godzilla sur fond de protestation écologique et de rédemption paternel. En effet, le réalisateur, diplômé de sociologie, s’invente une histoire de famille éclatée qui se soude à nouveau lors de l’attaque d’un monstre hybride dans les rues de Séoul. On en rit, on en pleure mais pas comme si on était chez les mickeys, les failles de chaque personnage sont réelles et crédibles et pourtant, on parle quand même d’un film de monstre! De plus le scénario a l’intelligence de parler certes d’une famille tout en l’imbriquant dans le macrocosme de Séoul avec un humour décalé. Pour ce qui est du polar, c’est le crescendo.

Mother

Avec Memories of Murder en 2004, Bong Joon-ho relate un fait divers sud-coréen entre 1986 et 1991, un tueur en série sévissant en campagne et choisissant uniquement des victimes féminines, qui n’a jamais été arrêté. C’est son premier succès, où derrière une enquête de police, le cinéaste réfléchit sur l’évolution de la société sud-coréenne, dont le symbolisme cinématographique est le milieu de la police, entre incapacité et bonne volonté. Pour son dernier film en date, Mother (2009), on ne s’intéresse plus à la police pour réfléchir sur la société mais aux marginaux, laissés-pour-compte et autres inadaptés sociaux. Mother est le courage d’une mère qui se bat seule et contre tous pour prouver l’innocence de son fils, attardé mental, dans une affaire de meurtre. La famille est encore placée comme lieu de tension, mais cela est plus malsain, plus dur et plus effroyable, car mother n’est pas loin de monster…

Kim Jee-Won, le genre densifié


Kim Jee-won est le cinéaste le plus connu des trois réalisateurs évoqués et aussi celui qui possède la filmographie la plus variée. Sa première œuvre notable est 2 Sœurs en 2004, film fantastique huis-clos sur les incompatibilités de deux filles avec leur belle-mère, avec l’éveil sexuel en sous-jacent. Le cinéaste connaît ses classiques, Ring en premier lieu, afin de jouer sur l’épouvante et les sensations de rêve et cauchemar: décidément, la famille est maître-mot de ses cinéastes comme premier facteur de maladie mentale. Ses films suivants s’installent plus dans un univers viril et masculin. D’abord Bittersweet life en 2006, où le bras droit d’un mafieux coréen tombe amoureux de la maîtresse de ce dernier et voit sa vie parfaitement réglée exploser en morceaux. Cela peut se regarder par moments comme un excellent exercice de style, ou comme l’essai de faire beaucoup de non-dit dans un genre de film où la suspicion et le détail se manifestent à chaque séquence.

Ce type de travail se verra vraiment concluant avec le film d’après, son chef d’œuvre, Le bon, la brute et le cinglé sorti en 2008, blockbuster et film le plus cher de l’histoire de l’industrie du cinéma sud-coréen. Vous comprenez d’où vient le film… C’est un western en Asie, car les déserts ne sont pas exclusivement en Amérique, il y a des bandits le long des voies ferrées, dont leur histoire particulière va nous être conté, le film a la particularité de s’épaissir au fur et à mesure, pour arriver à l’apothéose du face à face à face des principaux protagonistes, précédées de nombreuses séquences gunfight de différentes conditions: dans les airs, en véhicule, dans la rue…
Et c’est d’ailleurs Kim Jee-woon qui nous proposera prochainement son nouveau film I saw the devil ou J’ai rencontré le diable.

En plus d’être des cinéastes de genre, quel autre point commun ont Park Can-wook, Bong Joon-ho et Kim Jee-won ? Ils ont tous les trois enrôlé la star Song Kang-ho :

  • Sympathy for Mr Vengeance pour Park Chan-wook
  • Memories of murder et The Host pour Bong Joon-ho
  • Le Bon, la Brute et le Cinglé pour Kim Jee-won

C’est un acteur avec une bonne bouille qui nous laisse deviner qu’il peut tout jouer.
Bref, ce tour d’horizon sur le cinéma de genre sud-coréen est fini, je vous laisse les découvrir par vous-même.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…