Critique d’Heartless

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Rating: 3.5/5 (4 votes cast)

 

Heartless

 

de Philip Ridley

avec Jim Sturgess, Clémence Poésy et Noel Clarke

Grande Bretagne – 1h54 – 2009

Rating: ★★★★☆

La Grande Bretagne revient en force depuis quelques années dans le genre de l’Horreur et du Fantastique. Les The Descent de Neil Marshall, Les Doghouse de Jake West et les Triangle de Christopher Smith l’ont largement prouvé: le pays de la Hammer est un vivier de talent en matière de genre. Heartless apporte sa pierre à l’édifice en s’appropriant les codes du mythe de Faust et en la transposant dans la violence urbaine d’un Londres moderne.

Puisant ses racines dans l’héritage du cinéma social qui s’est dilué dans le cinéma britannique depuis un demi-siècle, Heartless suit Jamie, un pauvre hère au visage défiguré par une tache de naissance en force de coeur, souffrant de sa particularité que les autres lui renvoient comme une monstruosité. Un jour, alors que le sort semble s’acharner sur lui, il rencontre un homme étrange qui lui propose un marché, en échange de la beauté.

Limiter Heartless à sa référence à Faust serait un erreur. Complètement intégré à l’histoire, presque anecdotique dans la multitude d’autres éléments d’un récit dense et captivant, le mythe demeure en filigrane, réinterprété pour mieux coller à l’ère actuelle. Jim Strugess campe un personnage torturé et complexe, un ange avec un physique de monstre, poussé à bout par les autres. Sa candeur trouve son antagoniste en la personne du mystérieux Papa B, chef méphistophélique d’un gang de démons.

Développant par moment des éléments très proches de l’univers de Clive Barker (notamment dan son traitement du démon et de son rapport au héros), Heartless surprend en permanence son spectateur, nous plongeant dans l’intimité de Jamie, dans sa chute. Avec une certaine poésie, Ridley tisse la toile de son récit, imprévisible et maitrisé, le bonhomme sachant pertinemment où il veut en venir, soutenant un rythme qui ne faiblit jamais, même dans les passages plus posés, qu’il alterne avec des scènes lorgnant vers le gore et des scènes de tension aboutissant souvent à l’Horreur. Le seul bémol reste peut être qu’il aurait pu pousser plus loin sa réflexion, la développer plus en profondeur. Mais un telle maitrise et une telle ingéniosité méritent largement de pardonner cette petite faiblesse. La sublime photo, la richesse des ambiances des différents décors, appuient un choix de réalisation, personnifiant la multitude d’ambiances qui anime le film: la caméra tremblante pour les scènes de tension, le cadrage serré pour personnifier Jamie et ce qui le définit aux yeux des autres, sa tâche, la lumière éclatant des moments de bonheur, l’obscurité couvrant la monstruosité, le feu éclairant la sauvagerie. Heartless développe ses propres codes, son propre langage. L’édition DVD possède d’ailleurs des bonus très intéressants, comme une interview de Ridley et un making of, nous permettant de mieux cerner l’univers riche et original du film.

Toujours inventif et surprenant, le cinéma de genre britannique prouve de films en films qu’il demeure actif et important. Jamais depuis l’effondrement de la Hammer, il n’était parvenu à atteindre ce degrés de créativité. Pourtant, cela n’empêche pas Heartless d’être voué à la sortie direct en DVD, comme tant d’autres bijoux méconnus. La sélection Gerardmer de cette année était décidément brillante.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.