Critique de Stuck – Instinct de survie

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Stuck

 

De Stuart Gordon

Avec Mena Suvari, Stephen Rea, Russel Hornsby et Rukiya Bernard

Etats-Unis/Royaume-Uni/Canada – 2007 – 1h34

Rating: ★★★★☆

Pour les fans du cinéma gore, Stuart Gordon restera ad vitam le réalisateur de Re-Animator et From Beyond, deux bandes horrifiques cultes des années 80 qui adaptaient le monde de H.P. Lovecraft sous des tonnes d’hémoglobine craspec et d’humour libidineux. Toutefois, après une adaptation plus fidèle du maître de Providence (Dagon), le réalisateur amorçait un virage radical dans les années 2000 avec King of the Ants, polar ultra-violent qui replaçait son gore dans un contexte entièrement réaliste. Heureuse initiative car jamais la filmographie du vieux barbu chauve n’avait atteint un tel degré de qualité.

C’est dans cette veine que s’inscrit Stuck, son dernier long-métrage en date (sorti aux Etats-Unis il y a trois ans quand même !) qui déboule en France directement en vidéo. S’inspirant d’un fait réel, le film raconte les mésaventures de Thomas Bardo, un type avec un mauvais karma qui se retrouve à la rue parce qu’il n’a plus de boulot. On l’aime de suite ce Bardo (surtout qu’il est joué par Stephen Rea et sa mine attachante de chien battu), quinquagénaire prenant ses échecs successifs avec philosophie dans une société qui l’encourage « à faire son choix » alors qu’il n’en a justement aucun. C’est avec un vieux caddy pourri donné par son nouvel ami le clodo du parc que notre héros fait la rencontre de Brandi Boski (Mena – American Beauty – Suvari), une jeune infirmière qui vient de fêter sa récente promotion dans la boite du coin. Une rencontre fracassante puisque Bardo s’encastre directement dans le pare-brise de la voiture de la demoiselle, celle-ci ne l’ayant pas vu traverser en raison des substances illicites qu’elle a ingurgitées toute la soirée. Prise de panique, la jeune femme file chez elle avec le pauvre homme qui ne fait plus qu’un avec son véhicule. Mais Bardo a beau souffrir le martyre, il reste increvable. Tout cela va devenir très compliqué pour la jolie Brandi qui ne sait plus comment se sortir de ce merdier. En plus elle bosse le lendemain.

Sur les bases d’un scénario hitchcockien au possible, Stuart Gordon compose le portrait sordide d’une société individualiste incarnée par le personnage de Brandi, petit bout de femme adorable se transformant en monstre impitoyable juste par refus d’endosser sa propre responsabilité. Pire, elle va jusqu’à la reporter sur sa victime, ce clodo venu bouleverser l’équilibre de sa petite vie bien réglée. Avec la complicité de son petit ami de dealer, plus beau parleur que gangster, Brandi tente de maintenir son quotidien pendant que Bardo agonise dans son garage dans l’attente de sa mise à mort (car « tuer quelqu’un est quelque chose de long et difficile », pour revenir à Hitchcock).

L’accidenté ne devra compter que sur lui-même pour s’extirper de son long et douloureux calvaire. A ce titre, et en bon artisan du gore, Stuart Gordon n’épargne rien à son personnage (et à son spectateur), s’attardant longuement sur l’épreuve d’endurance à laquelle va devoir se soumettre son héros (plaies béantes, éléments du véhicule incrustés dans la chair) jusqu’à s’autoriser quelques gags (le chien venant mâchonner un os qui dépasse). La souffrance physique revêt un caractère d’autant plus insupportable qu’elle s’allie à une horreur psychologique, quasi-kafkaïenne devant l’inaction de voisins pourtant témoins de l’agonie de Bardo, voire d’une froideur absolue lorsque Brandi sort de sa torpeur pour s’en prendre à la maîtresse de son petit ami (et qui en dit long sur l’ordre de ses priorités morales).

Film noir et acide, Stuck confirme la maîtrise de Stuart Gordon pour mettre en lumière l’horreur sous-jacente de la réalité quotidienne, à cent lieues du fantastique grand-guignolesque de ses débuts. Et voir un Master of Horror atteindre la maturité de son art au moment où il n’intéresse plus les exploitants de salles de cinéma reste quelque chose de particulièrement désolant. On vit une sale époque.

 

The Vug

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Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».