Critique d’Insidious

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Rating: 3.5/5 (13 votes cast)

 

Insidious

de James Wan

avec Patrick Wilson, Rose Byrne, Ty Simpkins

Etats-Unis – 2010 – 1H42

 

Rating: ★★★★★

Peu de temps après avoir emménagé dans leur nouvelle maison, la famille Lambert est victime de phénomènes étranges, à commencer par leur fils ainé Dalton qui sombre dans un coma inexplicable. Devant l’impuissance de la médecine, ils décident de faire appel à une équipe d’experts en paranormal.

Ayant frappé fort en marquant l’Horreur de plein fouet dès son premier film, Saw, James Wan s’est vite affranchi, d’un point de vue artistique, de la saga qu’il avait lancé, tout en continuant d’en tirer les bénéfices en tant que producteur. Le premier essai ayant fortement impressionné, on attendait son gros film, celui qui dépasserait les attentes, qui confirmerait les intuitions induites par Death Sentence. Et ce film, c’est Insidious.

Puisant ses références dans les films établis du genre, Insidious ne rend pas seulement hommage, il transcende ses pairs et les enterre par la même occasion. Posant une ambiance sinistre et baroque à grand coups de cordes stridentes et de piano dissonant (là où l’on nous avait habitué à de simples cordes pincées), Wan balaye d’un revers de main les ghost stories les plus marquantes de ces dernières années, de Poltergeist à Ring, en passant par toute la descendance espagnole, reprenant par le prisme de son esthétique les motifs forts de ces films (la structure scénaristique, les différents types de fantômes). Mais la particularité de Wan reste son intégration du fantastique dans un réalisme convaincant. Faisant fi de la suggestion habituellement préférée pour ce type de production (le paroxysme restant Paranormal Activity), James Wan montre tout, mettant en place un mécanisme de la peur proche de la sensation ressentie par le dormeur durant un cauchemar. La tension est continue, l’Horreur, insidieuse. Elle apparait en second plan de manière inattendue, se fondant dans le décor, rythmée par un subtil sens de la mise en scène et un montage rapide et irrégulier. Se faisant l’économie salutaire du gore qui a fait sa renommée, Wan préfère jouer davantage sur la terreur que sur le dégoût. Comme dans un train fantôme incroyablement réaliste, Insidious glace le sang de son spectateur, ne lui laissant presque aucun répit. Les scènes plus calmes ou légères (comme les deux experts en paranormal) demeurent de brèves respirations annonçant toujours l’arrivée d’une scène terrifiante, ne lui apportant que plus d’impact, le spectateur n’étant plus conditionné par la peur, mais par l’aspect comique de ces scènes.

Il y a bien longtemps qu’un réalisateur n’était parvenu à foutre autant les foies, sans le gore plastique du torture porn, ni les innombrables jumpscares éculés d’Oren Peli. Insidious donne à son spectateur ce que les petits malins de Paranormal Activity s’évertuaient à rendre implicite. L’ironie de l’histoire reste le fait que le film est produit par les mêmes petits malins précités, Peli en tête, au point que la première maison des Lambert s’avère être celle du premier Paranormal Activity. Le film joue sur l’invisible mais là où depuis Blair Witch, il était bon ton de le cacher, Wan montre ce que l’on n’était pas censé voir, rend visible l’invisible. Avec un budget de 1,5 millions de dollars, le réalisateur joue sur les maquillages, les costumes, quelques effets numériques bien dosés, sans que jamais ne transpire la minceur du budget comparativement aux ambitions du réalisateur. Le fait d’avoir minimisé l’utilisation de SFX rend l’ensemble plus réaliste et palpable.

Jouant sur un panel de fantômes plus effrayants les uns que les autres, une atmosphère cauchemardesque qui n’est pas sans rappeler nos peurs enfantines, Insidious cite et enterre la plupart de ces prédécesseurs, quitte à les rendre obsolètes, en modernisant un genre difficile à renouveler , souvent mal exploité et reposant trop souvent sur l’implicite et le hors champ. Prenant ces préceptes à rebrousse-poil, Wan n’hésite pas à les mêler avec ceux qu’un autre sous genre (qu’on ne citera pas pour éviter de spoiler) qu’il se plait à détourner de la même façon, en illustrant l’invisible.

Probablement le meilleur film d’horreur de l’année, Insidious renouvelle l’épouvante, relancée à la fin des années 90 et en statu quo depuis, tout en en repensant la mise en scène, ce qui lui assure une descendance pour la décénnie à venir et apporte à James Wan la confirmation que l’on attendait depuis Saw.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.