Filmo-Express: Joe Dante

D’un point de vue symbolique, on pourrait dire que Joe Dante a réalisé les films que Steven Spielberg aurait pu faire s’il n’avait pas voulu être considéré comme un cinéaste respectable. D’une folie permanente et d’une maîtrise technique parfaite (quel que soit le budget), la filmographie de Joe Dante reste exemplaire et hautement chérissable par son amour inconditionnel pour les films fantastiques des années 50 qu’il se plait à citer en permanence.

Ayant égayé le cinéma de genres comme nul autre, Joe Dante subira, à l’instar de John Carpenter, les caprices d’une industrie hollywoodienne pour qui les profits passent avant la qualité artistique. Et qu’importe si le grand public lui préférera les sensibleries gothiques de Tim Burton, il reste de notre point de vue le plus doué des réalisateurs à avoir approché le cinéma fantastique avec un regard d’enfant. C’est pourquoi nous vous proposons un petit retour sur les douze long-métrages cinéma de Joe Dante.

Hollywood Boulevard (1976)

Rating: ★★★☆☆

Après The Movie Orgy, gargantuesque found footage de 7 heures démarré en 1966, Joe Dante intègre l’écurie de Roger Corman (dans laquelle démarrèrent des cinéastes comme Francis Ford Coppola, Martin Scorsese et Monte Hellman). Coréalisé avec Allan Arkush, son premier long-métrage de fiction est un film de slasher sévissant dans une société de production de séries B. Hollywood Boulevard marque la collaboration du réalisateur avec l’acteur cormanien Dick Miller que l’on retrouvera par la suite dans tous ses films.

Piranhas

(Piranha) (1978)

Rating: ★★★★☆

Dans le sillage des Dents de la Mer, Piranhas confirme le talent de Joe Dante à faire des petites séries B redoutablement efficaces. En ajoutant les fameux poissons carnivores d’eau douce au bestiaire cinématographique de la terreur aquatique, le réalisateur affirme son goût pour le jeu de massacre comico-gore et affute ses armes pour le futur Gremlins. L’acteur viellissant Kevin McCarthy, héros du Invasion of Body Snatchers original, y décroche un second rôle et apparaitra de manière récurrente dans les films de Joe Dante. Les effets spéciaux sont signés quant à eux par Rob Bottin (The Thing, Robocop) qui collaborera avec le réalisateur jusqu’à L’Aventure intérieure.

Hurlements

(The Howling) (1981)

Rating: ★★★★★

Devançant Le Loup-garou de Londres de son collègue cormanien John Landis, Joe Dante s’attaque au thème du lycanthrope et offre l’un des films les plus originaux du genre. Commençant sur le mode d’un thriller à serial killer classique, Hurlements glisse progressivement vers une atmosphère paranoïaque, avec son héroïne piégée dans un camp communautaire peuplé de loups-garous, pour se terminer en apothéose lors d’une transformation en direct-live sur un plateau de télé. Un chef-d’œuvre.

Gremlins (1984)

Rating: ★★★★★

Après avoir réalisé l’un des sketchs du film La Quatrième Dimension (où il déblayait déjà le terrain pour Qui veut la peau de Roger Rabbit ?), Joe Dante intègre la bannière Amblin Entertainment, la boîte de production de Steven Spielberg qui façonna considérablement l’imagerie du cinéma fantastique familial des années 80. Sur un scénario du jeune prodige Chris Colombus (Les Goonies, Le Secret de la Pyramide), Gremlins dynamite la fête de Noël, mariant le chaud (Gizmo, la bouille la plus adorable des années 80) et le froid (les exactions souvent meurtrières des affreuses bestioles) pour une critique acerbe sur les travers de la société de consommation. Joe Dante réussit un film d’horreur grand public et cartoonesque qui ne ressemble à rien de connu et qui n’a toujours pas été surpassé depuis.

Explorers (1985)

Rating: ★★★☆☆

Marquant les débuts au cinéma d’Ethan Hawke et de River Phoenix, Explorers conte l’histoire de trois gamins qui fabriquent un OVNI pour partir dans un voyage spatial. Multipliant les clins d’œil à l’ufologie et au cinéma SF (avec Les Survivants de l’infini comme référence principale), le film bénéficie d’effets spéciaux conséquents (l’admirable introduction retro-gaming avant l’heure signée ILM) mais reste avant tout une œuvre destinée prioritairement aux gamins. Joe Dante essuie son premier échec, le grand public lui préférant Les Goonies de Richard Donner sorti la même année.

L’Aventure intérieure

(Innerspace) (1987)

Rating: ★★★★★

Joe Dante au sommet de sa forme. Partant du même postulat que Le Voyage fantastique de Richard Fleischer, L’Aventure intérieure est une comédie fantastique menée tambour battant par un scénario qui multiplie les idées géniales à une fréquence ahurissante. Bénéficiant des talents de Martin Short, qui était à l’époque l’une des plus grandes stars du comique US avec Steve Martin et Chevy Chase, le film fera un score mitigé au box office et confirmera le début de la disgrâce hollywoodienne de Joe Dante .

Les Banlieusards

(The ‘Burbs) (1989)

Rating: ★★★★☆

Bien avant la série Desperate Housewives, Joe Dante pointait les travers de la vie en communauté dans les quartiers résidentiels aux maisons coquettes et aux pelouses bien vertes. Pas de femmes curieuses ici mais un trio de voisins machos et un brin envahissants qui cherchent à percer les mystères cachés dans la maison des Klopek, fraîchement arrivés dans le quartier mais dont le comportement est jugé plus que suspect. Lorgnant du côté d’Hitchcock (souligné par la présence de l’acteur Bruce Dern), cette comédie taillée pour Tom Hanks est un nouvel échec au box-office doublé d’un échec critique. Pourtant, vingt après, le film n’a pas pris une ride.

Gremlins 2, la nouvelle génération

(Gremlins 2 : The New Batch) (1990)

Rating: ★★★★☆

Plus violente, plus critique et encore plus folle, cette suite ne démérite pas par rapport au chef d’œuvre original. L’histoire se concentre dans un complexe commercial dirigé par un magnat des médias, nouvelle occasion pour le réalisateur de tourner en dérision la société américaine. Allant encore plus loin dans la prise de position politique, notamment par des allusions à peine déguisées sur la Guerre du Golfe, Joe Dante fait de ses Gremlins des êtres aspirants au même modèle de « civilisation »  de la société occidentale. Mais si l’accès à la civilisation se résume uniquement à l’accès de la société de consommation, le saccage perpétré par les petites bêtes vertes devient relativement dérisoire face à celui accompli par les Occidentaux sur le reste du monde. La démonstration est magistrale mais le public ne suivra toujours pas Joe Dante dans son jeu de massacre.

Panic sur Florida Beach

(Matinee) (1993)

Rating: ★★★★★

Hommage nostalgique et définitif au cinéma horrifique des années 50, Panic sur Florida Beach est un film inclassable dont on se demande encore par quel miracle Joe Dante a pu le réaliser après quatre échecs successifs au box-office. John Goodman y trouve un rôle à sa mesure en réplique de William Castle, ce réalisateur qui rehaussait ses navets par des dispositifs installés dans la salle de cinéma. Un chef d’œuvre poétique et intemporel dans lequel le réalisateur tourne une nouvelle fois en dérision le conformisme de la société américaine.

Small Soldiers (1998)

Rating: ★★★★☆

Si Small Soldiers donne l’impression d’arriver après la bataille au regard de Toy Story, il n’en reste pas moins un pur plaisir visuel, croisement entre le film des studios Pixar et Gremlins.  Que du bonheur donc dans ce nouveau jeu de massacre dans lequel excelle Joe Dante. La même année, il tourne également La Seconde Guerre de Sécession, un téléfilm choral ambitieux et sarcastique sur le mode de l’anticipation qui, comme d’autres œuvres télévisuelles des années 90 réalisées par Joe Dante (Runaway Daughters, The Osiris Chronicles), mérite d’être signalé dans cette Filmo-Express.

Les Looney Tunes passent à l’action

(Looney Tunes : Back in Action) (2003)

Rating: ★★★☆☆

On a beau sentir que Joe Dante a fait ce film pour encaisser un gros chèque, on ne lui reprochera pas d’exécuter son labeur avec passion là où d’autres se seraient contentés du minimum syndical. Comme Explorers, Les Looney Tunes passent à l’action est un film pour gamins. Et si l’on passe outre les clins d’œil, les caméos et autres citations intempestives, sans oublier les jeux lourdingues de Steve Martin et Brendan Fraser et l’humour souvent pas drôle des Looney Tunes, le film permet au réalisateur de coucher sur pellicule sa passion pour le monde du cartoon et se révèle finalement pas si mauvais que ce l’on pourrait craindre. Ne serait-ce que pour la séquence dantesque au possible où les héros doivent combattre une horde d’extraterrestres tout droit sortis des classiques des années 50.

The Hole (2009)

Rating: ★★★★☆

Toujours inédit chez nous, The Hole est le plus sérieux des long-métrages cinéma de Joe Dante. Fort des épisodes remarqués de la série télé Masters of Horror, le réalisateur revient au cinéma par le film d’épouvante. Nous suivons ainsi deux jeunes frangins, accompagnés de leur jolie voisine, qui découvrent dans la cave de leur nouvelle maison une trappe ouvrant sur des ténèbres sans fond. De ces ténèbres émergeront les matérialisations de leurs peurs secrètes respectives. Joe Dante propose une variation sympathique sur le thème de la maison hantée qui, si elle n’est pas spécialement originale par ses motifs horrifiques (une poupée de clown sortie de Poltergeist, un fantôme de gamine sortie de Ring), démontre que le réalisateur n’a toujours pas perdu la main pour mettre en boîte les histoires les plus folles. Reviens vite Joe, tu nous manques !

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».