Critique de Balada Triste

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Balada Triste De La Trompeta

de Alex de la Iglesia

avec Carlos Areces Antonio de la Torre et Carolina Bang

France/Espagne- 2010 – 1h47

Rating: ★★★★☆

Difficile de cerner un film d’Alex de la Iglesia. Le réalisateur aime emprunter les sentiers battus des différents genres qu’il exploite: passant de la comédie au drame, tout en osant le détour vers l’Horreur et le gore, Balada Triste s’avère imprévisible, surprenant à chaque scène son spectateur, n’hésitant pas à faire évoluer ses personnages à contre courant.

Javier, orphelin depuis que son père a été tué pendant la Guerre d’Espagne, intègre un cirque pour devenir le clown triste de la troupe, comme le veut la tradition familiale. Il fait la connaissance d’un panel de personnages atypiques, dont la belle Natalia, femme de Sergio, le clown auguste, alcoolique et violent. Mais en tombant sous le charme de la jeune femme, Javier ne se doute pas des ennuis que cette dernière va lui attirer.

Alors sur le papier, ça peut faire penser à De L’eau pour les Eléphants (sauf que Carlos Areces, c’est pas Robert Pattinson… il sait jouer, lui), mais sur la pellicule, ça n’a rien à voir. Son cirque se rapproche davantage de celui de Browning dans Freaks, ils sont moches, alcoolos, vulgaires, drôles, attachants comme le sont les vrais gens. Mais chez Iglesia, l’intrigue découle des agissements de ses personnages, de leur évolution en bien ou en mal, qu’ils soient aveuglés par leurs émotions ou leur ambition. Leurs actes ont souvent des répercussions insoupçonnables qui les poursuivent jusqu’à, parfois, provoquer leur perte.

C’est un peu ce qui arrive à Javier, victime de l’Histoire et de la vie, que ses sentiments pour Natalia vont finir par rendre fou. Porté par l’interprétation hallucinante et à double tranchant de Carlos Areces, aussi touchant que flippant, clown triste se rebellant contre l’ordre établi (de son concurrent en passant par les plus hautes sphères du pouvoir), animé par une passion aliénante, le film transporte son spectateur d’un genre à l’autre, Iglesia n’hésitant pas à balancer un pur gag (Javier s’enfuyant de l’hopital, les fesses à l’air) avant de plomber l’ambiance avec une scène d’une violence inouïe, quitte à faire culpabiliser un peu le spectateur venant de rire. De même, la scène d’introduction nous plonge tour à tour dans le drame pur (le spectacle de clowns sous les bombardements), le suspense (le dialogue avec le résistant) et la comédie (l’attaque contre les soldats de Franco). Le réalisateur, connu pour son humour noir, pousse ici le concept à son paroxysme, ses héros devenant tragiquement les personnages qu’ils incarnent sous le chapiteau. Mais contrairement à ses habitudes, Iglesia se garde bien d’ironiser sur eux: bien que la troupe de Balada Triste nous fasse rire par ses maladresses, jamais le réalisateur ne porte un regard sarcastique sur eux. Il les montre dans leur imperfection, leur attribuant deux ou trois caractères assez forts pour marquer l’esprit du spectateur, tout en parvenant à les faire réellement aimer par lui et à donner le sentiment à ce dernier de faire partie de cette famille.

La passion et la folie plutôt que la résignation et la passivité, tel pourrait être le message de Balada Triste. D’une poésie déchirante, Balada Triste dresse des portraits d’hommes dans leur maladresse et leurs imperfections, les sentiments qu’ils éprouvent et qui les guident, leurs erreurs et leur aveuglement. Une belle leçon d’humanisme.

Lullaby Firefly

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.