Aux Origines de l’Horreur: Psycho / Le Voyeur

 

 

L’Histoire de l’Horreur est jalonnée de films marquant des points d’ancrage et des progressions significatives dans le genre. Blood Feast et 2000 Maniacs en sont un. Mais deux ans avant que Herschell Gordon Lewis pose les premières pierres du gore comme esthétique, deux réalisateurs ont simultanément amenés une nouvelle conception de l’Horreur au travers deux de leurs plus grands films: leurs noms, Alfred Hitchcock et Michael Powell, leurs films, Psycho et Le Voyeur. Sortis tous deux la même année, les deux films mettent en scène des monstres humains, des bourreaux fous, des tueurs de chair et de sang.

Psycho d’Alfred Hitchcock (1960)

 

Le réalisateur, habitué des incursions dans le genre dont il adorait bousculer les codes, venait de terminer La Mort aux trousses, lorsqu’ une critique parue dans les pages du New York Times le poussa à s’intéresser au bouquin de Robert Bloch, s’inspirant du cas Ed Gein, un des pires tueurs en série américain, arrêté seulement trois ans auparavant. Ainsi germa l’idée de Psychose, prenant racine dans l’une des plus atroces affaires, connue de tous les contemporains des faits. La résonance douloureuse que le film a eu dans la société américaine au moment de la sortie est à l’image de l’audace du cinéaste. Le monstre fantastique d’Universal ou de la Hammer est dépassé. L’Horreur est devenue réelle, elle a revêtu un visage humain et ses actes sont plus insensés et impensables que ce que l’imagination nous avait permis de croire jusqu’alors. Psychose invente une mise en scène du meurtre, par le montage, la suggestion et la musique, créé une dialectique de la mise à mort et de la folie, livre une illustration du désordre mental. Une œuvre majeure, citée et reconnue au point d’éclipser dans la culture collective un autre classique, Le Voyeur.

 

 

Le Voyeur de Michael Powell (1960)

Au même moment, en Angleterre, émergea un célèbre Peeping Tom, sous les traits de Carl Böhm, le François-Joseph de Sissi. Bien loin du prince charmant de Romy Schneider, Mark Lewis, son personnage, est un opérateur, photographe de charme à ses heures perdues qui finit par utiliser sa caméra pour tourner un documentaire bien particulier. Et tout cela sous l’oeil de Michael Powell, réalisateur, entre autres, des Contes d’Hoffmann (1951), cités dans Tetro de Coppola et Les Chaussons Rouges (1948), préfigurant Black Swan). Autant dire un homme plus que respectable. Pour bien montrer la lutte de Lewis contre ses pulsions et leurs manifestations, Powell nous immerge dans le quotidien de son anti héros, nous faisant vivre sa pathologie au plus près. Un meurtrier fou, pathétique et glaçant que nous suivons, spectateurs complices impuissants, témoins de ses pièges mortels, assistant à ses assassinats de femmes, prises au piège et condamnées. Böhm y est impassible, froid et malsain, un monstre à gueule d’ange, un monstre à visage humain, comme le M de Lang. Mais chez Powell, le meurtre est métaphore sexuelle, le trépied meurtrier de la caméra, symbole phallique et mort de la victime jouissance. Tout comme Hitchcock, Powell dresse le portrait de prédateurs sexuels, d’impuissants dérangés, mettant en scène les manifestations de leurs maladies mentales. Rapprochant son spectateur de l’intimité du tueur dans ses actes comme dans sa vie de tous les jours, Le Voyeur a influencé plus qu’on ne le soupçonne le cinéma d’Horreur. On trouve des résonances de son approche dans certains gialli ou dans Maniac de William Lustig. Même si l’Histoire retient d’avantage Psychose, le film de Powell n’en demeure pas moins un classique.

Beaucoup de créatures fantastiques ont désertés l’Horreur pure pour épouser le fantastique, chassées par l’incursion du réalisme dans le genre. Poussés par une société de plus en plus violente, Hitchcock et Powell, pourtant peu coutumier du genre, y insufflèrent un nouvel élan, délesté de tout rapport avec le fantastique, basé sur des faits réels et scientifiques, une science plus concrète et moins fantasmée en figure de savant fou (encore présente chez Franju en 1959 avec Les Yeux sans visages). Le monstre moderne était né et il allait enfanter un paquet de fous furieux.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.