Critique d’Akira

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Rating: 4.2/5 (6 votes cast)

 

Akira

de Katsuhiro Otomo

Japon – 1988 – 2h08

Rating: ★★★★★

 

La troisième guerre mondiale a eu finalement lieu et nous sommes 20 ans plus tard. La ville-monde et mégalopole Tokyo est maintenant Neo-Tokyo, en proie au désordre et à la violence entre bandes rivales à moto. Lors de ces affrontements, le jeune Tetsuo (ce nom a été utilisé pour le titre d’un film sorti un an auparavant, dans une ambiance similaire, réalisé par Shinya Tsukamoto), membre de la bande de Kaneda, chef à la moto rouge, crée un accident en évitant de peu un enfant à l’apparence vieille. Sitôt l’armée est sur place embarquant l’enfant et Tetsuo…

Akira de Katsuhiro Otomo est un univers cyberpunk chargé. En premier lieu est l’architecture, la ville de Neo-Tokyo, à la fois ville-fantôme semblant isolé du monde mais aussi véritable fourmilière ou nid à insectes alors que ce sont des hommes qui l’habitent. Cette ville peut évoquer n’importe quelle autre grande ville du monde (Paris, New-York, Londres Los Angeles…). L’ambiance est à la vitesse, d’où les nombreuses séquences de moto aux phares fluorescents laissant des traces de lumière psychédélique, tout en rappelant l’univers apocalyptique de Mad Max. Mais à la différence du film d’Henry Miller, cela se passe en ville, l’urbain est marque du cyberpunk, Neo-Tokyo a des gratte-ciels imposants et dangereux où semblent se régler les affaires du pays. La technologie y est monstrueuse, mystérieuse et caché (les laboratoires d’expérience grands et vétustes) avec ses multiples cadres et écrans donnant mille informations à la seconde. De plus cet espace architectural et urbain est marquée par la violence et le chaos dont le dessin du mangaka se révèle fluide voire trop fluide à la limite de dégouliner, le trait de pinceau chaotique ? Ou plutôt le doute de l’adolescence ?

Oui car les personnages sont soit des enfants ayant grandi trop vite (à cause de leur pouvoir ?), ils sont au nombre de trois à avoir des corps d’enfants et des traits de vieillards ; soit des adolescents en besoin constant de sensations (Tetsuo, Kaneda) à se droguer, à draguer les filles et à se battre. L’auteur essaie de mettre en surbrillance alors toute la difficulté du passage de l’enfance à l’âge adulte par cette désolation de l’adolescence perdue des héros qui engendrent destruction. Mais des motifs se référant à l’enfance sont présents tout au long du film. Que ce soient les cauchemars de bad trip avec des animaux en peluche malfaisants, les décors des chambres des enfants vieux, reprenant l’univers des contes comme Blanche-Neige et La Belle au Bois dormant (d’ailleurs trois enfants avec des pouvoirs, isolés du monde ça rappelle pas Minority Report ?), et surtout Tetsuo s’habillant d’une cape rouge pour affronter le monde tel un super-héros. L’enfance est vue comme première victime de la guerre car l’enfant est le premier à souligner cette incompréhension qu’est la guerre (rappelez-vous Allemagne année zéro) et qu’il n’est pas plus protéger des autres. Mais ne dit-on pas qu’en temps de guerre les enfants grandissent plus vite ?

Ce n’est pas tout, Katsuhiro Otomo réfléchit sur la politique et la métaphysique. De la métaphysique, on peut en voir avec la figure de l’enfance. En effet, on peut affirmer une ambiance nihiliste dans l’œuvre (violence, chaos, destruction, jeunesse perdue), d’où vient le nihilisme ? De Friedrich Nietzsche bien sûr, qui dans un de ses écrits, expliquait l’évolution (concept répété maintes fois dans le film) passait par trois stades. Le premier est le chameau, celui qui portes les valeurs établies ; le lion, celui qui les détruits de même qu’il détruit les mythes ; enfin le bébé, signe de renouveau. On peut imaginer que le dernier stade est signifié par Akira, sorte de prophétie fanatique pour accepter le désastre et espérer un nouvel ordre mondial, car un nouveau pouvoir est vue. C’est là que la politique entre en jeu, entre les motifs se référant clairement au fait historique Tian An Men (des chars dans la ville visant des gens non-armés, les groupuscules révolutionnaires sévissant…) et les allusions aux dictatures occidentales et sud-américaines (quand l’armée fait un coup d’Etat…), la jeunesse est prise pour cible et ne saisit pas ses responsabilités, mais en même ils n’en sont pas coupables, tout comme la jeunesse occidentale de maintenant ? J’ai lu une fois un producteur de cinéma qui disait que s’il avait eu 20 ans lors du 11 septembre 2001, il n’aurait pas fait du cinéma mais de la politique. Que ce soit dans notre réalité et dans l’œuvre critiquée-là, peut-être que la réponse n’est pas politique justement…

On peut citer qu’Akira deviendra une référence pour des œuvres comme Matrix, le manga Neon Genesis Evangelion voire un clip de Kanye West (Stronger, en plus d’être le seul rappeur à sampler feu Gil Scott-Heron, il fait un clin d’œil à un manga !), car c’est un chef d’œuvre cyberpunk qui n’a pas pris une ride.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…