Critique d’Abattoir 5

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Rating: 4.3/5 (6 votes cast)

 

Slaughterhouse-Five

 

De George Roy Hill

Avec Michael Sacks, Ron Leibman,Valerie Perrine et Eugene Roche

Etats-Unis – 1972 – 1h39

Rating: ★★★★★

Billy Pilgrim voyage régulièrement dans le temps, du moins le long de son existence où il ne cesse de faire des allers-retours. Passé, présent et futur ne font plus qu’un dans sa perception du monde. Il est à la fois jeune prisonnier américain pris sous le bombardement de Dresde en 1945, père lunaire d’une famille aisée et hôte prestigieux des habitants de la lointaine planète Tralfamadore.

Figurant avec J.G. Ballard comme l’un des auteurs de SF les plus marginaux des années 60, Kurt Vonnegut Jr. écrit en 1969 un roman appelé à devenir un classique du genre : Abattoir 5 ou la Croisade des enfants. Ayant vécu le même drame militaire que son héros, le romancier américain apporte, au travers d’une réflexion sur le sens de la vie, son témoignage sur un évènement meurtrier de la Seconde Guerre Mondiale, la destruction totale de la ville de Dresde par les forces Alliées dont le nombre de victimes reste sujet à de vifs débats (en 2008, une commission d’historiens s’est accordée sur 25 000). Qu’importe le nombre, pour Vonnegut, cela reste l’atroce vision d’une ville en ruines où les cadavres sont brûlés au lance-flamme.

Le film qu’en tire George Roy Hill en 1972 parvient à matérialiser sur grand écran le puzzle vivant que constitue Billy Pilgrim par un montage complexe, presque cubiste. Champs/contre-champs et raccords dans le mouvement de plans de temporalités différentes, les séquences s’entremêlent comme autant d’univers parallèles pour former une continuité commune. Le film s’inscrit dans la même approche de films de science-fiction français comme La Jetée de Chris Marker et Je t’aime, je t’aime d’Alain Resnais, c’est-à-dire retranscrire une mémoire de voyageur dans le temps. George Roy Hill combine les styles pour assembler les fragments éparpillés de la vie de Pilgrim : réalisme froid et dur pour les scènes de Dresde, ambiance kitch et sexy pour celle de Tralfamadore. Entre les deux extrêmes, la représentation d’une vie familiale bien rangée devient plus cynique, l’accident de voiture mortel de l’épouse de Pilgrim prenant ainsi des allures comiques toute vonnegutiennes.

Abattoir 5 touche à une perfection rare et reste sur la même longueur d’onde de SF intelligente de 2001, l’odyssée de l’espace tout en s’inscrivant parmi les films de guerre les plus originaux du cinéma (aux côté de Johnny Got His Gun et Requiem pour un massacre). Edité récemment par Opening, le DVD est agrémenté d’une analyse de Jean-Baptiste Thoret (Simulacres, Panic) qui se lance dans une comparaison avec Le Magicien d’Oz.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».