Tura Satana-Divine, icônes de genre

 

 

Prôner le mauvais goût comme concept artistique, c’est une chose. Le représenter dans l’imagination collective, c’en est une autre. Mais les icônes de mauvais genre n’ont rien à envier aux égéries hollywoodiennes. Personnages mythiques, looks improbables, monstres bizarres, depuis Freaks, le genre, le bis ou l’exploitation les a érigé en porte-drapeaux d’un discours parfois contestataire, s’opposant souvent au puritanisme et à l’hypocrisie de la société, un peu comme Sade en son temps…

 

Mais point de Justine dans l’Amérique White Trash des Seventies, mais des Vixens, des Ilsa, des Pam Grier, des Tura Satana, des Divine… Reines de la Naziploitation, de la Blaxploitation, des nudies ou des films de jeune auteur, ces créatures bousculent les consciences, attisent les passions et ne laissent jamais indifférent…

 

Tura Satana, The Leather Queen

 

Tura Satana

Drôle de destin que celui de la belle Tura Satana, Tura Luna Pascual Yamaguchi de son vrai nom. Enfant d’un acteur de muet et d’une artiste de cirque, elle n’a pas uniquement hérité des diverses racines de ses parents qui lui ont conféré cette beauté si particulière. Ils lui ont également transmis la passion de la rampe et de la caméra. Mais à la bénédiction de ce talent inhérent répond une beauté précoce, comme une malédiction, qui fait d’elle la victime d’un viol alors qu’elle n’ est encore qu’une enfant. Cette blessure, Tura en fera un combat, pratiquant karaté et aïkido avec la ferme intention de retrouver ces salopards et de les faire payer. Ado, elle traîne avec une bande de nanas, un vrai gang de blousons noirs, de vraies Leather Girls. Mariée par arrangement par ses parents à 13 ans, elle n’attend pas plus de deux ans pour se barrer à Los Angeles avec de faux papiers pour tenter sa chance comme chanteuse. Nous sommes alors en 1953. Elle passe de bars en bars et de shows de gogo en autres shows, de villes en villes et de rencontres en rencontres (elle serait sortie avec Elvis pendant quelques mois). Wilder lui donne le rôle d’une pute parisienne dans Irma la Douce. Puis elle se présente à l’audition d’un projet intitulé The Leather Girls, devant deux types dont l’un, petit gras à moustache,l’œil pétillant, la reluque l’air ébahi en mordillant son cigare.

 

Faster, Pussycat! Kill! Kill!

Fou d’avoir trouvé sa Varla,  Russ Meyer l’embarque dans le désert de Los Angeles pour tourner ce qui s’appelle désormais Faster, Pussycat! Kill! Kill! Avec Haji et Lori Williams, Tura forme ce gang de beautés sauvages pillant et répandant la violence à bord de leur trois bolides. Ayant elle même réalisé toutes ses cascades, Tura maitrise les arts martiaux, enflamme la pellicule de son charisme de sa force et de son sex appeal. Un film résolument culte et une icône pour la postérité.

Bien qu’elle n’eut jamais plus eu l’occasion de se voir proposer un rôle de cette envergure (et de son envergure), Tura Satana est devenue une légende, qui a rejoint le firmament le 4 février dernier.

 

 

Divine, The Disco Queen

Divine

 

John Waters qualifie Faster, Pussycat! comme étant « le plus beau film jamais réalisé ». On comprend mieux ainsi la filiation entre les deux cinéastes à bacchantes. Mais là où le bon Russ préférait les poupées à la poitrine voluptieuse, Waters a trouvé son égérie en la personne de son ami d’enfance, Harris Glen Milstead, plus connu sous le pseudo de Divine. En terme de mauvais goût, il y a fort à parier que Divine fait parti des premiers stéréotypes auxquels on pense. La fameuse scène de Pink Flamingo où elle mange une crotte de chien fraichement démoulée (à faire pâlir les abrutis de Jackass) a durablement marqué l’inconscient collectif. Pourtant, Waters est loin de lui avoir collé ce genre d’étiquette.

 

 

John Waters et Divine

Lui donnant volontiers les premiers rôles, des rôles de femmes meurtries, déjantées, folles, iconiques, le réalisateur a mis en scène le personnage et écrit la légende, jusqu’à lui ouvrir la porte du ciné mainstream en 1988, avec son Hairspray (au point que Travolta reprendra le rôle de Divine dans le remake). La même année, la starlette décède à cause d’une apnée du sommeil. La carrière de Waters prend un autre chemin, privée de sa star. Deux ans plus tard, lorsque Waters tourne Cry Baby, il choisit Kim McGuire pour jouer Hatchet… Ultime hommage à son ami. Par la suite, les personnages de Waters seront toujours aussi fous et aussi marginaux. Mais aucun n’incarne  le style, l’univers et la culture du cinéaste comme le faisait Divine.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.