Terrence Malick, cinéaste de genre ou cinéaste hors genre?

 

 

5 films en 38 ans, Terrence Malick ne brille pas par sa rapidité de tournage, il prend son temps dans une époque où on n’arrive plus à le prendre pour soi. Ses films poétiques construits en manifestes, relèvent du genre par certaines marques et figures. Prenez place dans l’introspection filmographique d’un réalisateur à part…

 

La Balade Sauvage, figure du serial killer doublé de la figure de la rock star

La Balade Sauvage

Bien que le scénario soit écrit par Terrence Malick, il s’inspire d’une histoire vraie datant de 1957. Deux habitants du Middle West effectuèrent une balade qui coûta la vie à onze personnes. Le jeune homme finit sur la chaise électrique, Charles Starkweather, la jeune fille, Caril Ann Fugate, fut condamnée à perpétuité. C’est l’histoire d’amour impossible entre Kit, jeune homme débrouillard aux allures de James Dean, et Holly, jeune fille de bonne famille. Suite à l’homicide du père de cette dernière, les deux tourtereaux s’enfuient dans un road movie mêlant thriller et film d’aventures. Martin Sheen en pendant de Warren Beatty, Sissy Spacek en pendant de Faye Dunaway, voilà des Bonnie & Clyde fauchés, sans vraie classe, au milieu de la nature la plus sauvage et la plus brute qui soit.

D’ailleurs, le film clairement marqué du mouvement du cinéma américain des années 70 (pour être plus exact cette mouvance commence en 1967 avec justement Bonnie & Clyde d’Arthur Penn, finit en 1980 avec La Porte du Paradis de Michael Cimino ou avec Reds de Warren Beatty en 1981), est tourné en décors naturels, dans une réalité sociale on ne peut plus proche de la réalité, Kit est tantôt éboueur puis fermier (héros prolétaire ?). Dans leur fuite, la nature devient l’allié du couple, une nature qu’ils essaient de maîtriser et qui permet à Holly, voix off du film, à livrer sa sensation de vie rêvée, préfigurant le caractère métaphysique des futurs films de Terrence Malick, car tout son style n’est pas dans son premier film. Le long-métrage pointe les sentiments de nihilisme et de contestation sociétales d’époque ; entre les attitudes hippies du couple vivant en nature (rock star) car impossible pour eux dans vivre dans une société trop codée (tuer les opposants, donc serial killer).

 

Les Moissons du Ciel, faux film d’aventures et faux thriller

Les Moissons du Ciel

Toujours dans l’impulsion du cinéma américain des années 70, avec la même fibre sociale, Le cinéaste américain met en place une histoire au début du siècle dernier, avec toujours un couple impossible. Bill, ouvrier (toujours la dimension prolétaire et social), part avec sa copine Abby et sa petite sœur Linda faire les moissons au Texas, le truc est qu’ils veulent se faire passer pour une famille de 2 sœurs et un frère, la famille devient aussi symbole d’impossibilité. Dans ce film où se conjugue aurore, aube et crépuscule, Bill (joué par Richard Gere, son meilleur rôle ?) pousse sa petite amie dans les bras de l’exploitant fermier (joué par Sam Shepard), le procédé scénaristique marquant le thriller.

Pour ce qui est du film d’aventures, le cinéaste se permet un film se déroulant quasi-entièrement dans la nature. Des plans d’ensemble de champs de blé, à différentes saisons, permettant la sensation d’un voyage sur place. À cela s’ajoute quelques marques fantastiques comme le motif du feu ; feu de pailles, feu de joie, feu d’extase voire feu de mort ; ou l’invasion de sauterelles, filmés en gros plans, devenant donc plus grandes que de simples insectes. De plus, la dernière partie du film, le trio vogue sur un bateau tels Huckleberry Finn et Jim et vivent dans la nature, la même allégorie de liberté avec par contre, peut-être que le metteur en scène avait saisi la fin du mouvement cinématographique américain, une fin plus violente…

 

La Ligne Rouge, le film de guerre

La Ligne Rouge

Il y a 20 ans d’écart entre ce film et le précédent. En même temps, ce film a un gros budget, à la différence des deux précédents, et une ribambelle de stars : Sean Penn, Adrien Brody, John Travolta, Nick Nolte, John Cusack, Woody Harrelson ou encore Georges Clooney et Jared Leto… Le film traite de la bataille du Pacifique entre américains et japonais, en 1942, plus précisément de la bataille de Guadalcanal, sur une île. C’est une guerre à trois nouveaux ; celle contre des ennemis clairs avec des mitraillettes, une guerre face à soi-même et à sa condition ; ce qui nous amène au troisième niveau, la guerre nature/culture. Evoquons que Terrence Malick a étudié dans les universités d’Harvard et d’Oxford et a enseigné la philosophie au MIT (il a même traduit Le principe de raison de Martin Heidegger), car c’est le film tournant de sa carrière, bien qu’il en ait pas vraiment. Le metteur en scène impulse de la philosophie et de la métaphysique dans son œuvre, tous ces hommes embarqués dans un conflit qui les dépasse, en proie à la peur, à la mort et à la grâce.

Le film met une stratégie bien en place, basée sur le silence et l’attente, on ne voit les ennemis seulement au bout de 70 minutes de film, le film en dure 170. Auparavant, ce sont la tension, l’enfermement et la libération (prologue du film) qui s’expriment dans le film. De plus, cette communauté est sur une île paradisiaque et de nombreux effets de montages, les séquences très réalistes de combat en opposition aux séquences oniriques avec les autochtones, démontrent en pamphlet poétique anti-guerre avec comme thème biblique le paradis perdu, à quoi bon donner le paradis sur terre aux hommes s’ils s’y entretuent ?

 

Le Nouveau Monde, le conte historique

Le Nouveau Monde

Après Disney, on ne s’attendait pas à une adaptation de la vie de Pocahontas lors de sa rencontre avec les premiers colons britanniques par Terrence Malick. Jusqu’à maintenant ce dernier mettait en place une voix off, des voix de jeunes filles dans les deux premiers films, puis des voix d’hommes dans le troisième, c’est un dialogue à sens unique auquel nous avons à faire, tel un conte, où le personnage principal, jouée par la jeune, et peu vue depuis malheureusement, Q’Orianka Kilcher (16 ans à l’époque), parle avec Mère Nature (Disney utilisait le même principe). C’est alors l’apogée du lyrisme (nature, sentiments et onirisme) du réalisateur, avec encore la réflexion nature/culture.

Pour les motifs du conte, le metteur en scène amplifie les effets de lévitation et d’apesanteur de ses prises de vue, permettant d’exprimer le merveilleux (univers du conte), qui sera prolongé à la fin du film par les multiplications de reflets et de miroirs.

 

Si Terrence Malick n’est peut-être pas le meilleur réalisateur vivant, il n’en reste pas moins, de loin, le meilleur dramaturge de la nature, la nature qu’il nous faut chérir et apprécier, car serait-ce peut-être la seule marque de Dieu sur Terre…

 

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…