Critique de Panic sur Florida Beach

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Matinee

De Joe Dante

Avec John Goodman, Cathy Moriarty, Simon Fenton, Omri Katz, Dick Miller et John Sayles

Etats-Unis – 1993 – 1h39

Rating: ★★★★★

1962. La crise des missiles de Cuba est à son paroxysme et les habitants de Key West en Floride vivent dans la peur de se faire atomiser d’un instant à l’autre. Mais tout cela est dérisoire pour le jeune Gene Loomis, fanatique de films d’horreur, qui attend avec impatience la venue du réalisateur Lawrence Woolsey et de son nouveau film Mant !, projeté en Rumble Rama et en Atomo Vision, procédés technologiques qui repoussent les limites d’une simple projection cinématographique.

A l’heure de la généralisation 3D des grosses productions hollywoodiennes, la réédition vidéo par Carlotta de Panic sur Florida Beach de Joe Dante rappelle que le cinéma le plus fou est celui qui prend le plus de risque. Aujourd’hui relégué avec John Carpenter, George Romero et Dario Argento dans la catégorie des Masters of Horror dont les films ne sortent plus sur grand écran (du moins, chez nous), le réalisateur de Gremlins pouvait encore en 1992 monter un film aussi décalé et inclassable que ce Matinee après avoir essuyé quatre échecs successifs au box office. C’est désormais un temps révolu, tout aussi révolu que celui auquel le film rend lui-même hommage: le cinéma SF horrifique des années 50 qui émergea des craintes de la fin de l’après-guerre, du péril atomique et de la peur des Rouges.

 

 

Taillé naturellement pour John Goodman, le rôle de Lawrence Woolsey s’inspire ouvertement de William Castle, réalisateur américain qui ne raisonnait pas en termes de film mais de spectacle cinématographique, avec la mise en place d’installations mécaniques complexes et d’animations live dont l’ampleur est à peine exagérée dans Panic sur Florida Beach. Charismatique, roublard et inébranlable, Woolsey tient autant du nabab fauché que du forain itinérant, se rattachant ainsi à une figure quasi primitive du cinématographe.

Mant !, le film dans le film, raconte l’histoire d’un homme qui se transforme en fourmi géante après avoir été exposé à des radiations et donne l’occasion à Joe Dante de s’en donner à cœur joie sur la reconstitution d’un faux film de genre d’époque qui emprunte autant à  L’Homme qui rétrécit, Them !, La Mouche Noire, Les Soucoupes volantes attaquent, voire même King Kong. Il poursuit l’exercice de style avec une parodie des films Disney où Naomi Watts, encore débutante, participe aux aventures d’un caddy vivant. Entre la série B horrifique et le spectacle familial consensuel, le jeune héros de Panic sur Florida Beach a choisi son bord, tout comme Joe Dante.

Si ce dernier a toujours excellé dans les films de gamins tels qu’ils furent labellisés dans les années 80 par Amblin Entertainment, il fait de Panic sur Florida Beach un hymne nostalgique de sa propre adolescence où les premiers baisers ont un goût de popcorns. Le film a beau flirter avec les lisières du fantastique par son ambiance apocalyptique et son iconographie de série Z, il reste avant tout une puissante comédie dont la longue mise en place aboutit à un jeu de destruction jubilatoire. La salle de cinéma dans laquelle se passe l’essentiel de l’action devient ainsi le théâtre géant dans lequel va s’agiter toute une galerie de personnages improbables parmi lesquels un loubard poète déguisé en fourmi, un gérant obsédé par son abri antiatomique, une actrice blasée et des parents beatniks. Du Joe Dante pur jus.

Les éditions DVD et Blu-Ray proposent en bonus une interview assez passionnante où Joe Dante revient sur la conception du film et ses influences, ainsi que la version intégrale de Mant ! (16 minutes) où défilent des acteurs emblématiques du cinéma de genres des années 50 (et souvent habitués de Joe Dante) comme William Shallert (L’Homme qui rétrécit), Kevin McCarthy (L’Invasion des profanateurs de sépultures) ou Robert Cornthwaite (En quatrième vitesse). Un must !

 

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».