Critique d’Häxan – La Sorcellerie à travers les âges

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Häxan

De Benjamin Christensen

Avec Maren Pedersen, Clara Pontoppidan, Elith Pio et Benjamin Christensen

Danemark/Suède – 1922 – 1h27

Rating: ★★★★★

De 1919 à 1921, le réalisateur danois Benjamin Christensen s’attèle à la conception d’un film sur l’émergence de la sorcellerie au temps du Moyen-âge. Entre documentaire et récit fantastique, Häxan sort en pleine explosion de l’Expressionisme allemand, premier mouvement à définir ce que sera le cinéma d’horreur. Si le style de Christensen reste dans la droite lignée de la grammaire cinématographique instaurée par D.W. Griffith (on pense fortement à Intolérance), Häxan, plus connu dans nos contrées sous le nom de La Sorcellerie à travers les âges, a sombré depuis dans l’oubli du grand public contrairement aux classiques teutons comme Le Cabinet du docteur Caligari ou Nosferatu le vampire qui continuent d’interpeller les apprentis cinéphiles. Saluons donc l’initiative de Potemkine et d’Agnès B. qui rééditent aujourd’hui en DVD le classique de Benjamin Christensen et nous rappelle que le cinéma muet d’horreur ne se limite pas aux œuvres de F.W. Murnau et Fritz Lang.

Conçu comme un récit didactique en 7 segments, Häxan remonte aux origines de la sorcellerie, au temps du Moyen-âge et de ses pandémies meurtrières dont l’origine était imputée par les religieux de l’époque au Diable. Interprétant lui-même ce dernier, Benjamin Christensen inclut son travail de recherche dans les intertitres, se citant à la première personne dès le premier segment, presque lovecraftien, qui retrace brièvement l’histoire de la démonologie pour arriver jusqu’aux sorcières. Les segments suivants illustrent les différentes facettes du mythe, de la concoction de potions magiques aux sabbats nocturnes, sans oublier les vols à califourchon sur les balais et les apparitions démoniaques. Une abondance d’images fantastiques qui, après 90 ans, n’ont rien perdu de leur pouvoir de fascination, grâce à des compositions de plans souvent complexes alliées à une large palette d’effets spéciaux (maquillages, marionnettes, stop-motion, surimpressions…)

 

Pourtant, si Christensen ne lésine pas sur les images fantastiques que le spectateur est en droit d’attendre sur le sujet, l’horreur de Häxan réside essentiellement sur son message. A savoir, comment la chasse aux sorcières perpétrée par l’église sur la base d’un mythe a provoqué la mort d’un nombre incalculable d’innocents puisqu’il suffisait d’un simple soupçon pour passer aux aveux sous la torture. Et l’éventail des procédés utilisés, largement détaillés par Christensen, démontre que les Juges Inquisiteurs pouvaient faire avouer n’importe quoi à n’importe qui. L’Eglise en prend donc pour son grade à travers ces portraits d’ecclésiastiques présentés comme sadiques et obtus, voire complément libidineux. A ce titre, Häxan annonce déjà le grand film à venir d’un autre réalisateur danois, bien évidemment La Passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer. Christensen s’appuie enfin sur les avancées de la psychanalyse de la fin du XIXème Siècle qui a révélé au grand jour l’hystérie, ce trouble psychologique qu’il n’était pas bon d’avoir au temps de l’Inquisition médiévale.

Démystifier un mythe tout en l’épousant graphiquement, voilà le tour de passe-passe réussi par ce film qui fascina aussi bien les Surréalistes que William S. Burroughs puisque l’auteur du Festin nu assure la voix off dans une version du film datant de 1968, proposée dans cette édition DVD qui reprend également la version remasterisée de 2006 et mise en musique par Bardi Johannsson de Bang Gang (extraordinaire en dépit de filtres de couleur qui gâchent certains plans) ainsi qu’une version plus longue de 2007 (104 minutes en raison d’un défilement de 24 images par secondes au lieu de 18). Autant de bonnes raisons pour réhabiliter ce classique du fantastique à sa juste place.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».