Critique de Giallo

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Giallo

de Dario Argento
avec Adrien Brody, Emmanuelle Seignier et Elsa Pataki
Etats-Unis/Italie – 2009 – 1h32

Rating: ★★☆☆☆

Il y a des films comme ça, qui font énormément parler d’eux avant leur sortie. Et puis, il y a des films comme Giallo, qui ne sortiront jamais et dont on parle beaucoup principalement pour ça, car son acteur principal Adrien Brody a gagné le procès qu’il avait intenté aux producteurs du film, qui avaient pas les ronds promis pour payer le freluquet. Du coup, conformément à une clause de son contrat, l’acteur pouvait interdire la sortie du film sur écrans ou en DVD pour le territoire ricain, et il ne s’est pas privé pour le faire. Les Yankees n’auront donc pas la chance de découvrir Giallo… Mais nous, si!

Produit en 2009, le film vient à peine de franchir les Alpes pour s’échouer dans nos rayons DVD. Pas de passage par la case ciné pour le Master of Horror italien comme ce fut déjà le cas pour son Mother of Tears de 2007. Mais contrairement au Carpenter et autre Romero, en ce qui concerne Giallo, c’est nettement plus justifié.

Ca a beau faire mal au c*** aux fans de l’âge d’or du giallo, mais Giallo est (presque) tout, sauf un giallo. Certes, on a droit au tueur en série mais point de mains gantées menaçantes ou de masque flippant. A la place, on a un Adrien Brody grimé (et plutôt mal grimé) apparaissant également sous l’anagramme Byron Deidra au générique (l’acteur campant deux rôles distincts, celui de l’assassin et celui du flic qui le traque, il n’aurait pas fallu les confondre). Ce qui nous laisse très perplexe dès la scène d’intro dans laquelle nous n’apercevons que les yeux du tueur dans le rétro de son taxi (faut dire que son regard est hyper reconnaissable), focalisant notre suspicion sur l’acteur, avant même qu’il ne soit apparu à l’écran, appuyant ainsi le côté inquiétant de son héros, l’inspecteur Enzo Avolfi (joué par Brody mais sans prothèses en latex). Mais il n’y a point de spoiler ici à vous révéler que ces soupçons sont infondés (très maladroitement, le père Dario rectifie le tir rapidement, tout simplement parce qu’il a pas creusé l’idée plus que ça et que ça posait sans nul doute des problèmes d’incohérence).

Nous voilà donc suivant Emmanuelle Seigner, dont la soeur vient d’être enlevée (et non malheureusement, il ne s’agit pas de sa vraie soeur Mathilde), qui colle aux mocassins Azzaro de Brody, chargé de l’affaire, pour tenter de la retrouver. Pas vraiment le pitch du siècle, mais pourquoi pas, si l’enquête se tient. Et c’est là que le Dario blesse, son enquête ressemblant d’avantage à un épisode de Cordier, juge et flic (le flic patauge au point que c’est Seigner qui élude les deux ou trois grands mystères de l’histoire), les indices sont maigres et bien qu’ils ne parlent pas du tout au spectateur puisqu’il en sait trop peu, ils frappent tout de suite les personnages (le mec percute un truc en allumant son briquet…on vous dit pas quoi mais c’est très capillo-tracté). Ajoutons à cela une enfance trouble et un air de chien de pub SPA pour étoffer le perso de Brody et une tendance fortement hystérique pour le perso de Seigner et on a le topo. Enfin presque, parce qu’il manque le tueur.

Dans un giallo tradi, a fortiori plus encore chez Argento, le spectateur assiste impuissant aux meurtres, ayant lieu soit chez la victime elle même soit dans un endroit qu’elle connait et on suit le crime en caméra subjective ou au travers d’un personnage témoin. Pour une raison ou pour une autre, probablement pour se renouveler, dans ce Giallo, Argento a choisi de faire de son assassin un taxi (ce qui est, de loin, la meilleure idée du film) qui enlève ses victimes et les séquestre dans une pièce glauque et crade comme l’ont bien défini Saw et Hostel (l’évier dégueu, c’est fait, le sol dégueu c’est fait, la pince coupante rouillée, c’est fait…). Et pour accompagner le décor, le tueur, qui d’habitude n’a qu’un couteau de boucher ridicule, se retrouve ici avec un attirail de chirurgien/menuisier/jardinier/employé de ménage. Bref, de quoi bien s’amuser à la 2000 Maniacs! Sauf que non, le tueur, il taillade juste la gueule des poulettes kidnappées en leur répétant qu’elles sont moches (on vous laisse deviner le motif qui le pousse à être aussi peu cool). Pour un film qui s’appelle Giallo, il reste peu du matériau originel. Et pour un Argento, cela manque cruellement de baroque, de cette sensualité morbide qui se faisait la particularité du genre et même de cette BO grandiloquente à grand coups de son d’orgue et de synthé, qui accompagnait jadis la montée d’angoisse et l’érotisation du meurtre.

Argento cherche à moderniser, quitte à trahir les préceptes qui l’avaient porté au summum de sa virtuosité. Mais ce que Dario a retenu de l’Horreur moderne n’est qu’une pale caricature de ce qu’ont apporté les années 2000, le gore jouant sur des points sensibles (une seringue dans l’oeil, dans la langue, le coupage de phalanges, tout y passe), le glauque, le cul glauque (belle scène de masturbation bien inutile du tueur), un festival en somme, qui prouve juste que le réalisateur a un wagon de retard sur son temps.

Par peur d’être ringard en reprenant un style vieux de presque bientôt cinquante ans, Argento ne prouve que son incompréhension de l’évolution du genre. Le plus rageant, c’est qu’il aurait eu bien plus de chance d’innover en reprenant les grandes lignes du giallo classique qu’en le biaisant avec des stéréotypes déjà trop vus lors de la décennie précédente. Qui sait, il aurait même peut être pu relancer le genre.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.