Critique de Blood Island (Bedevilled)

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 3.5/5 (4 votes cast)

.

Kim-bok-nam Sal-in-sa-eui Jeon-mal

De Jang Cheol-soo

Avec Young-hee Seo, Sung-won Ji Seo

Corée du Sud – 2010 – 1h55

Rating: ★★★★☆

Hae-won est une femme que l’on peut définir comme une « working (office) girl » ou une « salary woman », elle travaille dans le monde de la finance et semble s’occuper des crédits. Mais Hae-won est aussi une femme à l’image de la société urbaine sud-coréenne : individualiste, repliée sur soi et frustrée. En repos forcé, elle décide de rendre sur son ancien site de vacances, une petite île où vivait son grand-père et où elle avait une amie d’enfance, Bok-nam, maintenant maman d’une petite fille. Mais il y a cette impression que le temps se serait arrêté sur cette île…

Présenté de cette façon, on peut se douter du film d’horreur en pleine nature isolée, une bête ou un tueur dans le délire, ce n’est pas le cas. Le film couronné Grand Prix de Gérardmer 2011, oscille entre le drame horrifique et le film de vengeance. En effet Bok-nam est une vraie captive, maltraitée par tous les habitants, son mari et son frère attardé et les vieilles dames traitant cette dernière de tous les noms. Pour ce récit, le réalisateur coréen décide de diviser le film en deux parties. Pour ce qui est de la partie une, c’est l’installation lente et insidieuse d’une tension malsaine. Les plans sont tantôt très rapprochés voir gros plans, tantôt en plans d’ensemble ou demi-ensemble pour montrer le contraste des différents personnages ; Hae-won en femme chic et élégante à la peau quasi-blanche face à Bok-nam au visage jaune buriné par le soleil et aux allures de paysanne. C’est un exemple d’amitié probant, des opposés qui s’attirent, de même en amour, sur lequel le metteur en scène joue  l’ambiguïté (séquence de bain de minuit entre les deux femmes). L’une est soumise, l’autre ne le veut surtout pas, dans tous les sens du terme, elle n’est pas sociable. Par conséquent, on comprend au fur et à mesure que le protagoniste principal du film est Bok-nam, un montage parallèle s’effectuait auparavant. Bok-nam est un corps soumis aux éléments solaire, venteux, pluvieux, aqueux ou forestiers, un corps fatigué et opprimé mais imposant, non pour une identification au spectateur mais une compréhension.

Elle semble déjà à moitié morte mais ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort disait Friedrich Nietzsche, sa jeunesse est son seul rempart face à ce monde oppressant au système matriarcal, elle ne peut avoir la sagesse du vieil homme, qui ne parle jamais et mange constamment des feuilles. Mais l’aide manquant, c’est la solution la plus radicale que fera Bok-nam pour se libérer, on a coutume de dire « Aide-toi, le ciel t’aidera », pour elle ce sera « Aide –toi, le soleil t’aidera ». La seconde partie est alors une symphonie mortuaire, avec des dièses et des bémols de folie ponctuée de silences de survie, où le message est la culpabilité de chacun et de tous, Hae-won la première. En effet, la culpabilité des sociétés modernes, est annoncée en introduction du film, Hae-won refusant d’aider une prostituée qui sera battue à mort, et refusant ensuite d’aider Bok-nam. Par conséquent vous aurez compris que c’est le personnage d’Hae –won auquel on doit s’identifier en tant que spectateur, témoin de la violence et du malsain jusqu’à la vengeance et le statut de martyre et de sainte par la mort béatifiée…

Malgré tout, est-ce que ce genre de film peut être compris à sa juste valeur ? Peut-être trop tendu et trop malsain pour que l’on entende et comprenne le discours. Pourtant, cela bouscule vraiment le spectateur. Etant auteur de la critique Il était une fois un meurtre, me voilà à nouveau à réfléchir sur la culpabilité humaine, grand sujet de philosophie et de littérature. Par le prisme du cinéma, je peux me permettre des écarts de conduite quant à mon position d’être contre la peine de mort, notamment pour ce film rempli de coupables, d’ailleurs, un autre film m’avait fait le même effet… Car quand le rat des villes rencontre à nouveau le rat des îles, cela donne une version trash sud-coréenne de Dogville.

Hamburger Pimp

Acheter le DVD sur Amazon:

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…