Aux Origines du gore: Blood Feast /2000 Maniacs

 

 

Etrange personnage que cet Herschell Gordon Lewis, tombé dans le ciné un peu par hasard, parfois producteur, réalisateur, directeur de la photo, voir scénariste de bons nombres de ses films. Si l’Histoire l’a retenu, c’est en grande partie pour deux de ses films, devenus cultes, Blood Feast et 2000 Maniacs. Le premier pose la base du gore, non seulement comme genre mais également comme esthétique. Le second, tourné un an et trois films plus tard (63 a été une année chargée pour Herschell), définit le film de rednecks. Les deux films, aussi différents soient-ils, ont influencé durablement le cinéma d’Horreur, en prônant la surenchère, le décalage, le mauvais goût, la débrouille, le fun.

Blood Feast: L’opportunité changée en or

Après des études de journalisme et des petits boulot dans la pub, Herschell Gordon Lewis a commencé sa carrière de réalisateur en 1960 avec celui qui sera désormais son acolyte, le producteur David F. Friedman, qui produira notamment le premier Ilsa et Love Camp 7, les deux premières bandes de l’Histoire de la naziploitation. A deux, ils enchainent les projets, les tournages et les sorties ciné au point de faire jusqu’à quatre films par an. Débutant par des nudies et autres bandes érotiques, le duo diverge vers l’Horreur en pimentant les scènes de nudité à grand coups d’hémoglobine écarlate et de boyaux de poulet. Partis au départ avec des clopinettes et de l’ingéniosité, Lewis et Friedman savent pertinemment que le film est voué à l’exploitation dans les drive in, le circuit des salles étant régi par le Code Hays. Mais pour que l’entreprise réussisse, il faut captiver ce genre de public, des ados en chaleur pour la plupart, venus se peloter peinard devant un film pas cher. Pour parvenir à cela, les scènes de meurtres doivent être explicites, fréquentes et sanglantes. Et cela résume assez bien Blood Feast. Une alternance de dialogues mal joués à la limite du ridicule (les scènes dans le bureau des inspecteurs, récurrentes et probablement tournées en une fois, la scène du musée…cultissime) et de scènes de meurtres tout aussi mal jouées (la gelée à la groseille qui sort par soubresaut de la bouche d’une victime dont la langue a été fraichement arrachée), un mixage pourri, deux ou trois paires de doudounes et de petites culottes et hop, c’est bouclé. Ainsi, nous suivons en parallèle deux flics très cons enquêtant sur des meurtres horribles commis par un tueur en série qui se cache en Fuad Ramses, épicier égyptien adorateur d’une antique déesse sanglante, Ishtar, dont le culte réclame des sacrifices humains suivis d’un gueuleton cannibale (le Blood Feast éponyme).

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Mais il n’empêche. Un peu comme dans un Ed Wood, il  se dégage de Blood Feast une impression d’anachronie, le scenario s’inspirant à la fois des grandes lignes du polar des années 40/50 (les flics), flirtant avec la comédie familiale (la scène du magasin de Ramses) et dans un esprit très 60’s dans la mise en scène et la photo (couleurs criardes, plus adaptées pour le drive in, flous arty, fondus, gros plans, zoom, la totale). Trop rattaché à la décennie précédente tout en restant conscient des attentes de son public contemporain, Blood Feast est à prendre pour ce qu’il est: le premier film gore, le précurseur, l’original. C’est un peu à l’Horreur ce que le Chanteur de Jazz est au parlant. Parlerait-on de lui avec autant d’admiration s’il avait été le second? Qu’importe! Ça a été fait comme une bonne blague entre potes, un bon coup pour ramener assez pour en faire encore un autre et ça reste drôle dans sa maladresse. Malgré tout, avec un budget de 24000 dollars, une bande de figurants stéréotypés, des effets gore maison et un concept balbutiant qui ouvre la porte à une nouvelle approche de la peur (et l’arrivée en force du dégoût), comment ne pas affectionner Blood Feast?

2000 Maniacs: Le film culte

2000 Maniacs

Puis en 1964, les deux gaillards s’attardent sur un scenario de Lewis, 2000 Maniacs. On garde le nu et le gore mais on écrit et on fait un meilleur package. Et ça commence par remplacer Fuad Ramses par 2000 Fuad Ramses, qui retiennent plus ou moins contre leur gré six touristes arrivés dans leur bled paumé, Pleasant Valley, en pleine célébration du bicentenaire de la ville. Cette bourgade sympathique, typique des Etats du Sud et de leur légendaire hospitalité, va s’avérer être en réalité un piège mortel pour les six innocents (enfin, les vrais innocents de la bande mais on vous laisse la surprise pour savoir lesquels vont se faire zigouiller). la kermesse bon enfant se révélant truffée d’activités tordues qui surprennent par leur ingéniosité (vous connaissez le jeu du tonneau?).

Délire potache, 2000 Maniacs joue le contraste: les épreuves endurées par les victimes isolées ont lieu au milieu de cette foule de badauds avec du foin dans les oreilles qui, la minute d’avant, paraissaient sympas, les supplices prêtent à la fête (bien que parfois, la pilule coince), les victimes sont tous un peu cons, chacun dans leur genre et les consanguins locaux, du moins, les récurrents, amènent de l’humour à la tâche et tournent en dérision la violence des sévices infligés (ce que reprendra Rob Zombie avec sa famille Firefly dans La Maison des 1000 morts et dans The Devil’s Rejects). Le tout accentué par une B.O au banjo et des poursuites accélérées à la Benny Hill. Le spectateur se retrouve au milieu, un peu mal à l’aise d’avoir ri mais sans plus, attendant de découvrir le prochain stratagème sorti tout droit du gulliver de ces pecnots. Ce paradoxe, Lewis l’exploite jusqu’à la fin, assurant tout de même le minimum de morale (il y a des rescapés) pour compléter la blaguounette finale, clin d’oeil ultime ouvrant la voie à une suite, qui viendra des décennies plus tard, en 2005, avec Robert Englund dans le rôle du maire et produit entre autres par Friedman et Eli Roth. Preuve que la nouvelle génération de l’Horreur libérée des années 2000 est consciente et reconnaissante de l’héritage.

Lullaby Firefly

Bon, pour ceux qui veulent en voir plus :

La scène d’intro de Blood Feast (avec des inspecteurs cons dans leur bureau à la fin):

Les scènes de festivités de 2000 Maniacs ( avec le jeu du tonneau):

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.