Zack Snyder, le chorégraphe de la violence

 

 

Peu de réalisateurs divisent autant que Zack Snyder. Issu de l’art profane de la pub, le bougre s’est notamment fait remarquer en gagnant des récompenses dans ce domaine. Mais l’appel du cinéma ne tardera pas à se faire entendre.

 

L’entrée en force: l’Armée des Morts

 

L'Armée des Morts

Quand on dit que Snyder est aussi adulé que critiqué, c’est peu dire, car bien avant même que son premier film ne soit diffusé, le bonhomme avait déjà bien fait parler de lui. Il faut dire que le jeune réalisateur n’hésite pas à s’attaquer à un grand classique pour sa première bobine, quitte à créer réactions violentes et épidermiques rien qu’à l’annonce du projet, au point qu’une pétition circula sur le net contre l’idée remake de Zombie de Romero (qui ne récoltera que 2700 signatures). Conspué par les fans de Big George, lui même assez méfiant, Snyder ne se démonte pas pour autant. Ne gardant que le nom Dawn of the Dead et le lieu (le fameux mall), il s’affranchit non seulement du contexte (l’épidémie frappe le monde en une nuit au début du film) mais aussi du motif du zombie, ces derniers étant rapides, résistants et difficile à combattre. Ce qui eut irrémédiablement comme réaction la désapprobation des fans. Pourtant, à sa sortie, le film met presque tout le monde d’accord, fans comme critiques, et même Romero. Grâce à sa séquence de prologue ultra speed ( et culte), le bonhomme prouve qu’il en a dans le pantalon et qu’il maîtrise indéniablement les scènes d’action pure et la mise en place de la tension, mais pas que… Parvenant à alterner tension et scènes banales de la vie quotidienne, Snyder prend son temps pour approfondir sa multitude de personnages, leur donnant une couleur, un relief particulier, rendant le final (qui a lieu pendant le générique de fin) plus abouti encore. La survie est un combat de tous les instants, et le réalisateur démontre dès lors qu’il est un cinéaste de l’art guerrier. Un premier film osé et couillu, qui force le respect.

 

Un chorégraphe du combat

 

300

Fort de cette première réussite, Snyder se met au boulot et trois ans plus tard, il écrit et réalise l’adaptation de 300, le roman graphique de Frank Miller. Utilisant l’incrustation et les images de synthèse à outrance, il reprend dans 300 les mêmes procédés que ceux utilisés pour Sin City, restant ainsi très proches de l’univers graphique de Miller. Reproduisant fidèlement l’esprit du roman graphique, Snyder n’hésite pas  à se détacher du matériau original (en approfondissant par exemple le rôle de la Reine, seul réel élément féminin du film). Bourré de scènes de combat orchestrées d’une main de maitre, le jeune réal montre encore qu’il sait mettre en scène la guerre sous un angle jamais exploité. Le combat EST le spectacle et à ce jeu là, Snyder est l’un des meilleurs. Livrant un véritable ballet guerrier, le cinéaste soigne ses scènes, de la bande son audacieuse aux effets visuels judicieux, usant d’accélérés comme de ralentis, créant un rythme interne particulier selon le type de séquences à l’écran. Là encore, le film divise, recevant autant de critiques dithyrambiques que haineuses, et là encore, Snyder fait l’objet de vives réactions au point de créer une polémique, certains critiques et intellectuels lui reprochant de faire une allégorie fascisante des tensions americano-iranienne, notamment par la vision des Perses que donne le film (alors que les méchants Saoudiens e autres terroristes en puissance, chers au cinéma d’action 80’s et 90’s, ça a jamais gêné personne…). Ce à quoi Snyder et Miller rappelleront l’aspect Héroic Fantasy de 300, qui ne s’est jamais revendiqué d’une véracité historique. Quant à la représentation des Perses, il faut noter qu’ils figurent plus de la civilisation orientale dans son intégralité que la caricature d’un seul peuple (Xerxès ressemble à une divinité hindouiste),le film ne dressant pas non plus un portrait valeureux des Grecs (la plupart ne participent pas à la guerre, les Ephores, le groupe de penseurs à la tête de Sparte, illustrent les dérives de la civilisation grecque). De plus, Snyder n’est pas le genre de réal à se vanter d’avoir un message à faire passer, c’est plutôt le genre de cinéaste à vouloir faire du bon cinéma grand spectacle qui dépote. Et dans ce domaine, le mec excelle.

 

Watchmen, l’adaptation impossible ?

 

Watchmen

Alors que Terry Gilliam se voyait bien adapter le célèbre comic book d’Alan Moore et de Dave Gibbons, qu’Aronofsky avait été choisi et Paul Greengrass, appelé sur le pied levé pour le remplacer, la Warner reprend le projet et donne la réalisation à Snyder. Il faut dire qu’un sacré imbroglio avait déjà bien entamé les forces des producteurs. La Fox possédait les droits d’adaptation mais la Warner avait entre temps racheté DC Comics et détenait donc les droits sur tout le catalogue, adaptation et distribution compris. Moyennant 5 à 10 millions de dollars, la Warner obtient les droits pour les sorties ciné, la Fox se réservant en plus 8,5% des recettes du film et des éventuelles suites.Multipliant  les références (de Dr. Folamour de Kubrick à Apocalypse Now, en passant par la pub Apple), Snyder s’approprie le cadre du comic et livre une esthétique aux accents troubles, jouant sur les contrastes et les couleurs, à l’instar de Sin City. Les réactions sont là aussi contradictoires, et les fans de l’oeuvre de Moore décrièrent l’adaptation. L’auteur demanda d’ailleurs à ne pas être cité au générique, mais cela tient plus à l’infamie commise par la Fox avec sa Ligue des Gentlemen Extraordinaires que sur le boulot de Snyder, Moore refusant désormais d’être associé aux adaptations de ses bouquins.

 

L’Esthétique du combat sous toutes ses formes

 

Ga'Hoole

Mais Snyder n’est pas qu’un réalisateur pour adulte, bien que la majeure partie de ses films soient souvent violents. Mais quand on a pour sujet de prédilection le combat, on ne peut  pas s’attendre à être tout public. Pourtant, c’est un défi que Snyder va relever en s’attaquant à l’adaptation ciné de la saga pour enfants Les Gardiens de Ga’hoole de Kathryn Lasky,  Le Royaume de Ga’hoole: la Légende des Gardiens. Cette aventure d’Héroïc Fantasy n’ayant pour personnages que des chouettes et autres hibous, est un pari assez audacieux, tenir en haleine son spectateur et l’intéresser alors que l’on parle uniquement de volatiles, et ce sans tomber dans la naïveté mièvre d’un Disney. Pour ce premier essai dans l’animation pure, Snyder prend de nouveau des libertés avec son matériau original, afin de mieux l’adapter au format cinéma. Reprenant par bien des aspects les grandes lignes de l’esthétique de l’Héroïc Fantasy, Snyder humanise ses persos, les rendant nuancés et profonds. Loin d’être son meilleur film, Ga’hoole n’en reste pas moins un très bon film d’aventure, sorte de Seigneur des Anneaux à plumage, doté d’une maturité suffisante pour enthousiasmer son public, petits et grands. Pourtant, malgré le fait que les livres sont à la base destinés à des enfants, Snyder met en avant l’aspect guerrier de l’histoire, livrant ainsi des scènes de combat épiques où la griffe et le bec ont remplacé le glaive. Toujours à l’aise dans la mise en scène du combat, le réalisateur parvient ainsi à délivrer la même puissance visuelle quand dans ses précédents métrages, prouvant qu’il n’est pas un réalisateur de la violence pure mais bien de l’orchestration de celle-ci dans un combat.

 

Sucker Punch, le projet personnel

Sucker Punch

En dehors de son premier film, L’Armée des Morts, les femmes étaient peu présentes dans ses films. Jusqu’à Sucker Punch.  Pour son premier scénario original maison, Snyder a choisi de se placer du côté du sexe opposé. Partant du postulat que les femmes sont les premières victimes de la violence des hommes et de la société patriarcale, Snyder dresse des portraits de femmes pour qui la vie est un combat pour survivre et l’imagination, une force intérieure. Passant de mondes en mondes en jouant sur le changement de couleur, de lumière et d’atmosphère, un peu à la manière d’Edgar Wright avec Scott Pilgrim, Snyder délivre un film de geek ultime, influencé à la fois par les mangas, la SF et l’héroic fantasy, un vrai panel. Au courage musclé des 300 répond la force mentale de Baby Doll et ses copines. Le combat se fait guerrier, samouraï, actionner, explosif. Autant de références à des films ou à une culture ordinairement réservées aux hommes dans lesquels évoluent voluptueusement les Amazones meurtries de Snyder. La chorégraphie du combat prend alors tout son sens, ces duels imaginaires prenant le pas sur la danse qu’exécute Baby Doll pour charmer ses assaillants.

 

 

La vie est un combat et les héros de Zack Snyder le savent et  s’évertuent à se battre pour survivre, que ce soit contre la fin du monde, la mise en péril de celui-ci, ou contre sa condition et la violence de celle-ci. Maîtrisant totalement la mise en scène, doté d’un sens de la construction de l’image, le réalisateur ne fait pourtant pas toujours l’unanimité. Mais que l’on soit acquis à la cause ou à la controverse, on n’y reste pas insensible.

 

Lullaby Firefly


 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.