Tsui Hark, cinéaste de genre inégal et inégalé

 

 

Révélé à la fin des années 70, le cinéaste hongkongais né au Vietnam va devenir une référence du cinéma populaire asiatique et mondial, via le film de sabre et le film d’action kung-fu. Introspection à travers ces deux genres

Wu Xia Pian, tradition et modernité chinoise

La Légende de Zu

Après une activité à la télévision, Tsui Hark s’essaie au long-métrage avec The Butterfly Murders (1979), un film de sabre. En Chine, le film de sabre ou film de chevalerie se nomme Wu Xia Pian, c’est un genre apparu dans les années 20, prenant tout son ampleur dans les années 60 avec des films comme Le Sabreur Manchot, dont il fera un remake, The Blade (1995). Ce genre répond à l’académisme, au classieux et aux pratiques ancestrales comme la calligraphie. Mais Tsui Hark est iconoclaste, ses deux films qui suivent, Histoires de cannibales et L’enfer des Armes (1980), sont reçus comme provocateurs et agressifs. C’est alors que ce dernier se tourne vers un académisme et une sensibilité populaire : Zu, les guerriers de la montagne magique (1983) est le résultat, son premier film culte. Le kung-fu est pratiqué à mains nues, sans forcing de sang ou de violence et en appelle au merveilleux. Le kung-fu, boxe à mains nues, est à l’encontre du confucianisme, fer de lance du communisme chinois, mais on peut y voir une lutte du bien face au mal. C’est un film de kung-fu fantastique voire un film de sabre fantastique, il marque l’émulation des cinéastes hongkongais « kung-fu cinéphiles » (il y a John Woo, Ringo Lam…)

 

 

Il était une fois en Chine

Mais l’aboutissement est les deux premiers volets de la saga consacré au héros populaire Dr Wong Fei-Hung, intitulé Il était une fois en Chine (1991). Porté par Jet Li, les films renvoient aux valeurs anciennes spirituelles : figure maître-élève, lucidité, plaisir de maîtriser son art… Les films s’inscrivent dans une période trouble de la Chine, avec les invasions occidentales et les affaires de commerce maritime. Tsui Hark continuera dans cette logique avec la suite de La légende de Zu (2001) et le malheureux Seven Swords (2005) pourtant il y avait Liu-Cha-Liang, le chorégraphe de tous les films de kung-fu de renom) qui finisse par réduire l’aura du réalisateur. Face au kung-fu de comedy de Jackie Chan (il a pourtant réalisé avec ce dernier Double Dragon) devenu star internationale, au phénomène Tigre et Dragon d’Ang Lee oscarisé,  au film blockbuster américain Matrix et face aussi au film en costumes de Zhang Yimou (Hero, Le secret des poignards volants), Tsui Hark reste le cinéphile à avoir dépassé le genre malgré une visibilité moindre ces dernières années, grâce à la transposition du kung-fu…

 

Kung-fu action, gunfight et « wung-shu »

 

 

Le Festin Chinois

Le terme wung-shu peut être défini comme La maîtrise de son art, que l’art soit martial ou pas, cela s’inscrit souvent dans un film d’apprentissage. Mais Tsui Hark en est-il à l’apprentissage ? Pourtant le culte émanera à nouveau de son travail avec un domaine pas si kung-fu qu’il y paraît, le domaine culinaire. Le Festin chinois, sorti en 1995, est une ode à la nourriture chinoise, qui comme la nourriture française, a une place très ancrée dans la société et une grande part historique. La maîtrise culinaire, nécessite autant d’effort que le kung-fu, ainsi qu’un certain état d’esprit, finalement c’est peut-être l’unique film d’apprentissage du cinéaste hongkongais. Il va par la suite décider de transposer le kung-fu dans un autre genre, le polar. Le film policier ou polar est un genre populaire en Chine, le metteur en scène avait repris des ficelles bien huilées auparavant, le troisième volet du Syndicat du Crime en 1989.

 

 

Time and Tide

Mais ce n’est qu’en 1997 que ce genre de film prend son ampleur: Double Team, ovni visuel et baroque où un ancien agent anti-terroriste doit retrouver sa femme enceinte, avec Jean-Claude Van Damme, Dennis Rodman et Mickey Rourke au générique. Une idée réitérée l’année d’après toujours avec Van Damme, Piège à Hong-Kong, évoquant le trafic en tout genre dans la ville du même nom. Le kung-fu est alors synonyme de survie, en adéquation avec la maîtrise. Mais le chef d’œuvre reste Time and Tide (2000). En effet, les personnages se battent toujours, mais avec des armes, le terme de gunfight prend tout son sens (même si cette démarche se rapporte plus à John Woo). L’exemple le plus fort est la séquence d’une course-poursuite dans un immeuble, à distance on tire, à proximité on se bat à mains nues, entre les fenêtres, le linge accroché aux balcons et dont le twist final est de se cacher dans un réfrigérateur vide pour éviter l’impact de bombes à retardement.

 

Malheureusement Tsui Hark a quelque peu raté ses années 2000, « naughties » comme disent les journalistes hype, peut-être que Detective Dee proposera une nouvelle direction, une nouvelle impulsion.

 

Hamburger Pimp

 

 

 

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…