Critique: Qu’est-il arrivé à Baby Jane?

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What Ever Happened to Baby Jane?

de Robert Aldrich

avec Bette Davis, Joan Crawford, Victor Buono et Maidie Norman

Etats-Unis – 1962 – 2h14

Rating: ★★★★★

Exilé un moment en Europe, Aldrich revint aux Etats Unis et débuta un projet renouant avec le film noir, Qu’est-il arrivé à Baby Jane? Hybride entre le film d’horreur, le thriller et le drame psychologique, Aldrich explore, un peu à la manière de Wilder dans Sunset Boulevard, les drames de la vie hollywoodienne lorsque s’éteignent les projecteurs. Immergeant son spectateur dans la vie quotidienne de ces deux sœurs, l’une, Blanche, actrice confirmée, rendue invalide suite à un accident et Jane, enfant star déchue, devant s’occuper de sa soeur, Aldrich décrit le dangereux glissement vers la névrose et la maltraitance. Petit à petit, l’ambiance, déjà délétère, entre les sœurs se dégrade, comme l’état mental de Jane, qui bascule dans la folie et la cruauté. Prenant le temps de poser les personnalités bien distinctes de Blanche et de Jane, l’une entravée physiquement, l’autre, mentalement, par la nostalgie de sa gloire passée, le film tisse les grandes lignes de cette relation tumultueuse, basée sur la jalousie et le besoin de reconnaissance pour exister. Reprenant les préceptes du suspense instauré par Hitchcock, Aldrich sait créer l’attente, mettant le spectateur dans la confidence, jouant sur ce que sait le spectateur et ce que sait le personnage, alternant les points de vue, tantôt du côté du bourreau, suivant son basculement vers la folie, tantôt du côté de la victime, séquestrée dans sa chambre, sans possibilité de s’enfuir, ni d’appeler à l’aide. Mais Aldrich sait également surprendre, laissant son spectateur penser qu’il en est alors devenu omniscient pour mieux dérouter et bousculer les prises de positions émotionnelles évidentes que met en place son histoire.

Ses personnages ont des caractères complexes, mais Jane reste la pièce maitresse du film. Le visage de Bette Davis, ses grands yeux qui faisaient son charme en leur temps sont devenus inquiétants. L’actrice livre ici ce qui restera sans doute comme sa prestation la plus marquante: sa stature, son regard, sa gestuelle se modifient au fur et à mesure que Jane perd la raison. Parallèlement, Joan Crawford opère également une transformation physique, à mesure que Blanche est affamée et subit toutes les maltraitances possibles. Comme Psycho ou le Voyeur, produits trois ans auparavant, Qu’est-il arrivé à Baby Jane ancre l’Horreur dans la réalité: le monstre a un visage humain, son arme principal reste la folie. Le film, d’une forme assez classique, rappelant les films noirs des années 40/50, s’affranchit de ce carcan pour mettre en scène de manière plus singulière les mécanismes de la démence et de la maltraitance: la confrontation de Baby Jane avec son reflet dans le miroir, son infantilisme et son aigreur, le cruel jeu auquel elle joue pour affamer sa sœur, et surtout, la scène finale, dans laquelle Jane a totalement perdu la raison.

Entre Psycho et Sunset Boulevard, Qu’est t-il arrivé à Baby Jane? prolonge cet ancrage de l’Horreur dans le réel, propre au début des années 60, s’attardant à décrire et mettre en scène les manifestations de la folie et ses conséquences. Encore empreint du classicisme hollywoodien des années 50, Aldrich livre aussi un film de son temps en dépeignant une horreur quotidienne et réaliste (la maltraitance de Jane, la souffrance de Blanche). Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? reste un des derniers films de son genre, vu qu’un an plus tard, Herschell Gordon Lewis bouleversera à jamais la représentation formelle de l’Horreur et de la Folie avec son Blood Feast. Mais personne d’autre qu’Aldrich ne pouvait tirer le rideau de manière aussi classe que son Baby Jane.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.