Critique de La Nuit du chasseur

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Rating: 4.1/5 (7 votes cast)

The Night of the Hunter

de Charles Laughton

avec Robert Mitchum, Shelley Winters et Lilian Gish

Etats-Unis – 1955 – 1h33

Rating: ★★★★☆

Ben Harper, un homme désespéré de la Grande Dépression, commet un hold-up qui provoque la mort de deux hommes. Il est arrêté rapidement et se retrouve condamné à mort par pendaison. Cependant, il réussit à cacher son magot, dont seuls ses enfants, John et Pearl, savent l’emplacement exact. Son compagnon de cellule est le révérend Harry Powell, bien décidé à retrouver la trace de l’argent dès sa sortie…

Unique film de l’acteur britannique Charles Laughton, ce long-métrage pose d’emblée un antagonisme entre le monde de l’enfance et le monde adulte. Certes, l’image la plus probante est la petite Pearl découpant les billets en personnages-silhouettes, avec en arrière-plan l’ombre du révérend, les motifs n’en demeurent pas moins plus complexes. Cela se remarque surtout par la notion de secret, celui de Ben Harper assuré par ses enfants. En effet, la notion de secret peut renvoyer à la fois au film noir, monde adulte et dur ; mais aussi au conte, imaginaire du fantastique et merveilleux (d’ailleurs la mise en scène joue beaucoup sur les gros plans d’animaux, comme si ils étaient bien plus gros qu’ils ne le sont). Ces deux mondes sont au final liés, John devient l’homme de la famille, tenant tête à Powell: il boit du café avec le vieux Birdie qui justifie sa consommation d’alcool matinale. De plus,  il protégera sa sœur durant leur voyage en barque (on peut se rappeler les aventures de Huckleberry Finn et de Tom Sawyer) tout en s’étonnant de la persévérance de son traqueur, à cheval comme un cow-boy tiré d’un western, vivant la nuit à en réveiller les enfants enfouis dans leur rêve (John s’interrogeant : « Lui arrive-t-il de dormir ? »). Mais par la suite le lien de ces deux mondes sera marqué par le personnage de Ruby, jeune adolescente, faisant le mur telle une gamine, mais voulant être une femme de caractère appréciée et chérie.

Ces deux mondes ne s’imbriquent-ils par alors pour refléter le poids des codes sociétaux ? Si l’on tient compte que l’histoire prend départ dans un monde pas tout à fait moderne mais suffisamment cadré, l’Amérique de la Grande Dépression lors des années 30, l’histoire se mue avec l’Histoire pour une réflexion philosophique émise par le personnage de Rachel Cooper, qui recueillera les deux orphelins : « Dans les périodes de trouble, les jeunes peuvent tout encaisser, tout endurer, ils n’en sortiront que plus forts. ». Ces enfants feront la modernité du monde, plus de pendaison, plus de crise ? N’empêche que le révérend Powell se sert de ce poids pour atteindre son but. Il fustige la libido des couples mariés traitant ceci de luxure, pour mieux contrôler les femmes qu’il rencontre. Il chante des chansons religieuses mais les réinterprète à sa façon, il y a cet intriguant passage de face à face entre lui et Miss Cooper, chantant la même chanson, Leaning on the Everlasting Arm. D’ailleurs le personnage de Rachel Cooper, dite Miss Cooper, est celle qui lutte le plus contre ce poids. Face au vieux couple conservateur Spoon clamant qu’« on ne peut élever ses enfants seuls quand on est une femme », Miss Cooper en élève cinq dont aucun n’est son enfant biologique. À la différence du vieux Birdie qui rumine un crime qu’il n’a pas commis, Miss Cooper s’assume fusil à la main face à l’homme menaçant, se montre défavorable à la peine de mort et fuit l’hystérie populaire, en clair elle représente le combat contre l’hypocrisie.

Mais le poids sociétal ne passe pas uniquement dans le récit filmique, la mise en scène de Charles Laughton complémenté par Stanley Cortez en directeur de photographie ajustent l’ambiance et la puissance du film. D’un formalisme empruntant à l’expressionisme allemand (le cadavre de la mère sous l’eau, parfait moment de poésie), le long-métrage joue sur les ombres et les voiles blancs, quelque chose qui n’existe pas vraiment mais qui effraie. Les ombres changent de tailles durant un même plan dans le cadre (agrandissement, rétrécissement) pour un effet fantastique, rappelant l’écran de cinéma (lorsque John raconte l’histoire à sa sœur…). Des motifs de fumée, de brouillard sont aussi à noter, renforçant le côté encore sauvage de l’Amérique (les animaux en gros plans), toujours dominé par le feu salvateur (que ce soit lors des prêches ou à la fin du film) et l’antagonisme jour/nuit et intérieur/extérieur (quand et où les enfants sont-ils à l’abri ?). De plus, l’expressionisme allemand se voulait cérébral, la fin du film produit un excellent cas de réminiscence d’image, de souvenir…

La Nuit du chasseur peut se révéler être un film inclassable et décousu, il n’en reste pas moins une œuvre à part, culte et osée.

Hamburger Pimp

 

 

 

 


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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…