Critique de World Invasion : Battle Los Angeles

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Battle: Los Angeles

De Jonathan Liebesman

Avec Aaron Eckhart, Michelle Rodriguez et Ramon Rodriguez

Etats-Unis – 2011 – 1h56

Rating: ★★☆☆☆

Les invasions d’extraterrestres belliqueux se succèdent à un rythme effréné. Après Skyline et en attendant Cowboys et Envahisseurs, voici Battle: Los Angeles où l’on suit un groupe de US Marines dans une Californie à feu et à sang. Le parti pris semble vu, revu et re-revu mais, si l’on y réfléchit bien, aborder le sujet par une approche propre au film de guerre pur et dur est une première. Comme je vous entends déjà gueuler, je vais m’expliquer. On avait déjà eu droit par le passé aux commandos de l’espace (Aliens de James Cameron) ou à la guérilla en pleine jungle (Predator de John McTiernan) pour lutter contre les abominations venues du fin fond du cosmos mais jamais un film d’invasion d’aliens n’avait été filmé avec un tel souci de réalisme sur les méthodes et techniques employées par l’armée d’aujourd’hui. A ce titre, Battle: Los Angeles est donc bien plus un film de guerre que de SF, les extraterrestres et leur technologie dévastatrice n’étant qu’un prétexte pour mettre en avant le génie militaire des Marines que l’on va suivre pendant près de deux heures.

Ces derniers nous sont d’abord présentés un à un par des titres surimprimés tandis qu’ils se prélassent dans une base militaire de Los Angeles, dans l’attente de leur départ au Moyen-Orient. Il y a donc celui qui s’est marié, celui qui va être papa, celui qui n’est pas encore majeur, celui qui vient d’être naturalisé, et cætera, et cætera… et surtout le Sergent Michael Nantz, interprété par l’excellent Aaron Eckhart, culpabilisant d’avoir perdu les soldats qu’il avait sous son commandement en Irak. D’étranges objets tombés du ciel vont sortir les militaires de leur oisiveté et les affrontements vont pouvoir commencer. A partir de là, c’est de l’action non-stop jusqu’au générique de fin.

Consacré comme l’un des meilleurs espoirs du cinéma de genre avec son remake de Massacre à la Tronçonneuse, Jonathan Liebesman confirme sa maîtrise technique de l’outil cinématographique. Caméra à l’épaule, mise au point en plein mouvement: l’action colle au plus près des soldats comme le ferait un Michael Mann. Ajoutez à cela une exigence quasi-documentariste sur les techniques militaires, des effets spéciaux parfaits et une interprétation au diapason et vous obtenez une immersion totale dans le conflit.

Malheureusement, Battle: Los Angeles souffre des mêmes tares qui empêchait déjà un film impressionnant comme Il Faut Sauver le Soldat Ryan de Steven Spielberg de prétendre au chef-d’œuvre. A savoir des messages éculés sur les valeurs militaires qui remontent à la série des Why We Fight, ces documentaires propagandistes réalisés par des pontes du cinéma américain des années 40 pour motiver l’Amérique à s’engager contre les Nazis. Et Liebesman n’y va pas avec le dos de la cuillère sur les clichés mettant en lumière la bravoure, l’initiative la fraternité et le sacrifice, notamment par des répliques bateaux qui plombent progressivement le récit par leur vacuité. Du style: « On ne laisse personne derrière nous », « Donne cette lettre à ma femme », « T’es un vrai Marine, gamin », « Je connais les matricules de mes soldats par cœur »… Ne cherchez pas non plus de mise en parallèle avec les guerres en Irak ou en Afghanistan. Un scientifique expliquera tout juste à qui ne le savait pas que le but principal d’une colonisation est de s’emparer des ressources naturelles et que la première étape est de se débarrasser des indigènes. De là à faire une comparaison plus poussée avec l’actualité… Battle: Los Angeles refuse de mouiller ses fesses et préfère glorifier le devoir primordial du soldat: obéir aux ordres, point barre. De quoi ravir les joueurs de Call of Duty ou de Medal of Honor.

Et les extraterrestres dans tout ça ? Rien de neuf également. Ils attaquent la Terre pour pomper notre eau, ils semblent indestructibles et sont super méchants. Autant de bonnes raisons de rendre la monnaie de leur pièce sans état d’âme. Leur look n’est pas spécialement poussé (un mix de La Guerre des Mondes, de Predator et de District 9) et pour parler franchement, on commence à saturer des soucoupes volantes géantes en forme de méduse.

On aurait tellement aimé défendre ce Battle: Los Angeles mais la surabondance de clichés l’empêche sérieusement d’aller au-delà de son statut de film à grand spectacle. Jonathan Liebesman démontre ici qu’il a presque l’étoffe technique d’un Michael Bay ou d’un Steven Spielberg. Mais un technicien, aussi brillant soit il, n’est pas forcément un auteur. On se rabattra encore une fois sur le Starship Troopers de Paul Verhoeven, certainement le film définitif de la SF à proposer une réflexion pertinente sur la guerre.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».