Critique de Slice

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Cheun

de Kongkiat Khomsiri

avec Arak Amornsupasiri, Sonthaya Chitmanee, Chatchai Plengpanich et Jessica Pasaphan

Thailande – 2010 – 1h36

Rating: ★★★★★

On ne le dira jamais assez, l’exploitation des films de genre en France est de plus en plus paradoxale: la distribution en salle devient presque exclusivement l’apanage de prods yankees calibrées pour la rentabilité et l’export et de tentatives maison plus ou moins médiocres, alors que de véritables trésors du monde entier (y compris des yankees précités, malgré des stars confirmées au casting) échouent dans l’indifférence générale dans les rayons DVD. C’est encore le cas pour Slice, Cheun en thailandais dans le texte, dont le réalisateur est loin d’être un amateur (il fait partie de la Ronin Team avec qui il a réalisé Art of the Devil 2 et 3), sauvé de l’anonymat par le distributeur DVD Wild Side, un des mécènes les plus actifs en matière de cinéma asiatique.

Taï, pauvre hère en taule pour une grosse boulette commise et accessoirement taupe d’un inspecteur plus que borderline et corrompu, se voit négocier sa libération et la virginité de son casier judiciaire en échange de la traque d’un serial killer insaisissable qu’il pense être un de ses amis d’enfance. Etrange objet que ce Slice, combinaison inattendue de drame pur et dur, de thriller haletant et de chronique sociale, car l’intrigue policière n’est que prétexte pour aborder les maux les plus atroces de la société thailandaise: l’engranage de la pauvreté, le fléau de la prostitution infantile, l’urbanisation des campagnes succédant l’exode rural et ses conséquences. La violence graphique répond à la violence sociale, le drame personel illustre la banalité d’une situation généralisée.

Dès la première scène, Kongkiat Khomsiri n’hésite pas à abolir les barrières morales du spectateur vis à vis de son fameux tueur. Bras vengeur d’une justice laissée à l’abandon par ceux qui devraient en être les garants, le « tueur à la valise » protège ceux qui sont sacrifiés au nom de la corruption: enfant prostitué de force pour le bon plaisir de pédophiles occidentaux, étudiante soumise aux vices de professeurs libidineux, etc. La force du film tient de cette inversion des valeurs: les fautifs sont des victimes et les victimes, de sales bourreaux. Pas de distanciation possible, le film évolue de plus en plus vers la compréhension des gestes de ce tueur, que les brimades et les sévices subis depuis l’enfance ont engendré, sans jamais chercher à juger du bien fondé ou non de ses actes.

Alternant scènes urbaines sordides et souvenirs tout aussi glauques d’une enfance meurtrie, Khomsiri joue la carte de la stylisation par une symbolique des couleurs constante et identifiable, utilisant à bon escient flous et hors champs pour les instants les plus crus, tout en n’hésitant pas à suggérer à l’écran ce que l’on oserait soupçonner avant d’expliciter le tout par le dialogue. Maitrisant le gore sans en abuser, le réalisateur tisse son plaidoyer au fur et à mesure de l’intrigue avant de dévoiler un final aussi surprenant que bouleversant de justesse.

Réussi sur le plan horrifique, tout comme l’aspect dramatique et la dimension sociale, l’interprêtation du casting dans son ensemble permet au film de passer d’un genre à l’autre avec une crédibilité poignante, chaque personnage n’étant à aucun moment traité avec manichéisme, bien au contraire. Khomsiri, également scénariste, a créé des personnages loin d’être linéaires, oscillant entre Bien et Mal avec toute la complexité et les paradoxes de la nature humaine, mais sans jamais perdre l’empathie ou la méfiance qu’il cherche éveiller chez son spectateur. Tout simplement puissant.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.