Critique de Black Swan

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Black Swan

de Darren Aronofsky

avec Natalie Portman, Mila Kunis et Vincent Cassel

Etats Unis – 2010 – 1h43

Rating: ★★★★★

Nina Sayers est une jeune ballerine travaillant au New York City Ballet. Un matin, elle apprend qu’une nouvelle adaptation du Lac des Cygnes de Piotr Ilitch Tchaïkovski est envisagée par le metteur en scène Thomas Leroy avec un premier rôle à pourvoir et elle est choisie. Le seul problème c’est que pour ce ballet, le personnage principal a deux rôles, celui de la reine des cygnes, anciennement princesse ayant subie un sort et celui du cygne noir. Nina est perçue excellente seulement pour le côté bon du rôle (le cygne blanc), elle doit alors explorer autre chose pour être convaincante en cygne noir, mais à ses dépens…
Ceci est l’intrigue du cinquième film de Darren Aronofsky, Black Swan. Après The Westler, le réalisateur américain originaire de New York, signe un film fantastique, où l’on peut à nouveau se demander si son style peut se caractériser par l’idée de pessimisme par la figure de l’abandon, mais bien d’autres choses.

Le film installe, tout comme le ballet, la notion du double, pour être plus précis, le double maléfique. Pour Nina, ce « je est un autre » apparaît au détour d’une rue, entre deux rideaux d’une scène ou en reflet de l’eau qui dort. Cela s’imbrique dans une quête identitaire du personnage, qui vit toujours avec sa mère, elle-même ancienne ballerine, et à qui l’on demande d’être autre chose que la bonne élève. Pour cela le réalisateur joue beaucoup sur les miroirs, dans les salles de bain ou toilettes, l’intime révélée, dévoilée mais aussi l’intime montrant la part d’ombre qui grandit chez Nina.

Un film parlant de ballet, peut être regardé comme une création parlant de création, et la création peut aller de paire avec la passion. La passion est déclinée de différentes versions. Il y a d’abord la passion-création, celle que Thomas, le chorégraphe du ballet, essaie d’inculquer à Nina. La technique ne suffit pas à être créatif, le naturel oui, ce qui se remarque chez Lily, toute nouvelle arrivée dans la compagnie, provoquant un certain effet chez Nina. De la passion-création, s’établit la passion-séduction, Nina commence à utiliser ses atouts de femme, que ce soit pour le rôle obtenu ou par la suite, de même que le personnage de Lily, décomplexée et extravertie, elle vient de San Francisco (ancienne terre promise des hippies), stimulant le désir bien plus que la protagoniste principale, alors que Thomas lui demande d’atteindre cet éveil. De là nous assistons à une passion-transgression, en premier lieu marqué par la demande du premier rôle évoqué plus haut, Nina apparaît apprêtée et maquillée. Mais c’est dans la suite, par les devoirs de préparation de rôle à faire (se caresser, avoir un orgasme) qu’il y a la transgression, aussi dans le fait que Nina conteste de plus en plus sa mère protectrice voire  étouffante. C’est d’ailleurs en fait Thomas Leroy qui impulse ce transgressif (le baiser entre lui et Nina comme point de départ) par son attitude de mâle dominant qui veut bien faire au nom de l’art. Enfin de cette transgression se mue au final par la passion-destruction, figurée par Beth, l’ancienne star de la compagnie danse, détruisant sa loge puis elle-même (en sous-texte la loi de l’âge dans la danse classique) mais pourtant modèle pour Nina, cette même destruction qui va prend possession de Nina, par le biais du corps…

La portée fantastique se note par le corps, du rêve en introduction du film, à la mutation corporelle de Nina, se transformant en cygne noir : des plumes, les yeux rougeâtres voire les membres inférieures… Notons que Nina a une petite pathologie, elle a tendance à se gratter, synonyme de stress, quitte à marquer son corps, par exemple son omoplate. Donc elle-même ou sa mère coupent ses ongles, pouvant provoquer des coupures sur l’ongle ou sur la peau tout autour. De son corps humain, il s’effectue une mutation animale, comme si elle fusionnait avec son propre rôle ou son double maléfique, qui par moments se révèle animal. Cela amènera à déposséder Nina de son propre corps, notamment lors de la séquence de sortie nocturne avec Lily. Pourtant lorsqu’elle danse, Nina a la mainmise sur son corps. Cela a d’ailleurs nécessité beaucoup de travail, Natalie Portman, jouant le rôle de Nina, qui avait appris la danse plus jeune, a dû s’entraîner à la danse classique à fréquence de 8 heures par jour pendant un an et son partenaire dans le film jouant le prince n’est autre que Benjamin Millepied, chorégraphe français au New York City Ballet qui  s’est occupé des séquences de danse du film. Les séquences sont filmées à bras le corps, ce n’est pas pour autant du « steadycam » (caméra à l’épaule plus ou moins) mais plutôt le happement du corps dansant à l’œil, à l’objectif caméra (d’ailleurs Aronofsky a une sœur danseuse). Chaque danse dans le film, que ce soit des répétitions en salle, sur scène ou la première du spectacle, est une performance du corps et du beau. La mise en scène ne s’arrête pas à filmer de la performance corporelle, le fantastique se ressent dans la mise en scène étouffant l’héroïne, alors qu’elle se meut dans de grands espaces (métro, salle de danse, discothèque ou réception dans des manoirs) mais pourtant le réalisateur de nombreux gros plans ; les yeux, les pieds ou les mains ; les corps filmés chez Aronofsky au long du film n’apparaissent plus comme des corps, qu’ils soient filmés en entier ou en partie, en mouvement ou immobiles, ils représentent désormais un entre-deux.

Du concept de pessimisme et de la figure de l’abandon, Darren Aronofsky réalise son meilleur film à ce jour, un beau et poétique conte dramatique où étincellent ses acteurs, spécialement Natalie Portman, sûrement sa meilleure prestation (Oscar nous voilà ?), en vierge immaculée. Pour ce long-métrage, l’œuvre d’art permet l’échange, que ce soit pour les spectateurs ou les personnages, afin de purger nos passions tristes ou joyeuses, rêveuses ou cauchemardesques, voire purger nous-mêmes de la Passion, à l’intérieur ou à l’extérieur de nous. Il suffit de savoir ce que cela vous coûte et ce que cela vous rapporte : une place de cinéma pour bien plus qu’une séance.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…