Critique Les Yeux de Julia

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Los Ojos de Julia

de Guillem Morales

avec Belen Rueda, Lluis Homar et Julia Gutierrez Caba

Espagne – 2009 – 1h56

Rating: ★★★★☆

julia

Lorsque sa soeur jumelle Sara atteinte de cécité est retrouvée pendue chez elle, Julia peine à croire les conclusions de la police qui classe rapidement l’affaire en suicide. Bien des éléments lui font penser que Sara a été assassiné par un mystérieux petit ami. Alors qu’elle décide d’enquêter sur cette mort suspecte, la maladie dégénérescente qui a rendu sa sœur aveugle la frappe à son tour. Décidant de vivre sa convalescence en attente d’une greffe dans la maison de sa jumelle, Julia se retrouve à son tour à la merci d’un rôdeur.

Produit par Guillermo Del Toro, qui, bien qu’étant d’origine mexicaine, fut l’un des initiateurs du renouveau de l’horreur espagnole avec L’Echine du Diable en 2001, et avec comme rôle principal Belen Rueda, déjà héroïne de L’Orphelinat de Juan Antonio Bayona et de Mar Adentro de Alejandro Amenabar, Guillem Morales s’inscrit clairement dans cette lignée avec son second film, Les Yeux de Julia. En jouant à la fois sur la terreur, l’horreur pure et l’épouvante, les trois ressorts de la peur, le tout appuyé par un sens du suspense très maitrisé, le réalisateur parvient à tenir son audience en haleine, au point de faire accepter dès le départ des situations peu probables à son spectateur.

Parvenant à jouer sur le clair obscur et l’angoisse latente qui peut naitre de ce que l’on croit voir dans l’obscurité, Morales recréé à l’écran les composantes de la peur enfantine commune à tous, la peur du noir, le noir qui entoure son héroïne perdant peu à peu la vue. Ainsi tout devient ténèbres, le jour comme la nuit et la menace, omniprésente. En jouant sur ce que peut voir le spectateur et ce qu’ignore l’héroïne, le suspense est mis en place et accentue la tension de scènes de poursuite cauchemardesque où la proie ne peut se fier qu’à son ouïe et à son toucher, là où le public n’a que sa vue. Ce jeu subtil sur les sens manquants aux personnages sur l’écran et le seul en marche dans la salle captive et permet l’instauration de scènes terrifiantes, comme on n’en avait pas vu depuis longtemps au cinéma. Sans avoir recours au gore à outrance, Morales en dissémine tout de même par instant, de manière totalement justifiée, comme si l’apothéose de cette terreur emmagasinée ne pouvait être que l’Horreur dans toute sa violence et son effusion d’hémoglobine, une vraie maitrise des mécanismes de la peur, souvent utilisés séparément mais rarement si habilement combinés. Ajoutez à cela un casting brillant d’acteurs plus convaincants les uns que les autres et le film toucherait presque à la grâce.

On regrette cependant que, derrière cette virtuosité de mise en scène, le scenario pêche à bien des instants. Certes, beaucoup d’éléments improbables et tarabiscotés de la mise en place de l’action peuvent être acceptés voir oubliés au profit des émotions suscitées par le film, mais bien des longueurs inutiles et des insertions dans un pathos un peu trop pesant plombent considérablement l’ensemble, relâchant la tension jusque là continue. En cherchant à jouer sur un double twist, Morales dissémine trop d’éléments évocateurs dans son cadrage et dans son récit pour créer un réel effet de surprise final, sans parler d’une scène de fin aussi inutile que lourdingue.

Il n’est jamais facile de réussir à créer la peur chez son audience et de parvenir à garder sur toute la continuité du film, en jouant sur les différents stades de celle-ci, en alliant épouvante,terreur et horreur, tout en n’en maitrisant chaque aspect. Certains films frôlent la perfection et Les Yeux de Julia en fait partie. Maladresse de quasi-débutant pardonnable, on espère néanmoins que Guillem Morales gardera son sens inné de la mise en scène en acquérant la sobriété maitrisée par ses pairs, Del Toro, Amenabar et consorts.

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.