Critique de Monsters

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Rating: 3.9/5 (8 votes cast)

Monsters

de Gareth Edwards

avec Whitney Able et Scoot McNairy

Grande Bretagne – 2010 – 1h33

Rating: ★★★★★

Il y a six ans, une sonde de la NASA partie prélever des échantillons sur une autre planète s’écrasa dans la jungle mexicaine. Depuis, une nouvelle forme de vie est apparue, poussant les armées mexicaines et américaines à contenir ces créatures dans une zone infectée située à la frontière avec les Etats-Unis et recouvrant une bonne partie du Mexique. Andrew Kaulder, reporter photo à la recherche du cliché sensationnel sur les créatures, se voit contraint d’escorter la fille de son patron, Samantha, au travers de cette zone pour qu’elle rejoigne les Etats-Unis.

L’avènement du numérique n’est pas qu’une avancée technologique pour le cinéma, cela apporte une démocratisation très salvatrice dans une industrie dictée depuis trop longtemps par le paradoxe du gaspillage de budget des blockbusters en effets spéciaux et autres explosions pyrotechniques et l’appât du gain qui se cache derrière ce genre d’entreprise vouée à rapporter des millions pour multiplier la mise de départ. Cette année est marquée par la multitude de films de genre se refusant de ce système, utilisant les moyens du bord, souvent un budget dérisoire par rapport à ce qui se négocie à Hollywood, pour livrer de véritables chefs d’œuvre, et ce, pour pas un rond. Très récemment, Rubber et Buried prouvaient qu’avec un petit budget et une équipe réduite, on pouvait faire un grand film. Mieux, que ces contraintes pouvaient devenir des atouts, débarrassé des pressions de production et des obligations de rentabilité.

Monsters va encore plus loin : une caméra numérique, un preneur de son, deux acteurs et des figurants trouvés sur place pour un budget de départ de 15000 dollars, qui, une fois les salaires versés à tous les participants , ne dépassa pas les 200 000 dollars (en comparaison, Paranormal Activity 2 a couté presque 3 millions et Saw 3D ,20 millions de dollars!). Mais le résultat final dépasse de loin le simple exploit. Avec un scenario excellent, des acteurs peu connus mais qui méritent vraiment de l’être, des CGI tellement réussis qu’ils sont bluffants de crédibilité et s’intègrent parfaitement aux décors naturels et une maitrise de réalisation impeccable jouant sur les effets de flou, donnant un résultat très documentaire renforçant le réalisme, Monsters a tout pour être l’un des films les plus marquants de l’année. Par un habile jeu de montage et une musique incroyablement bien intégrée à la narration créant une attente, le réalisateur parvient à renouveler le bon vieux concept du jumpscare en se servant de bruits banals ou incongrus (on sursaute sur un bruit de moteur en marche ou une branche qui craque). Utilisant des décors de désolation, comme des maisons détruites faisant penser au paysage d’apocalypse laissé par le passage de Katrina, le film n’est pas sans rappeler Stalker, autre film où il y a une zone à traverser, chef d’œuvre de Tarkovski, qui en son temps s’était servi des vieux bâtiments abandonnés en Ex-URSS, illustrant l’échec d’un modèle politique par la synecdoque de ces paysages désolés.

Avec une idée de départ originale, filmer comment s’organise la population limitrophe six ans après le crash et le début de l’invasion, Gareth Edwards livre une vision très réaliste de son hypothèse, se basant sur des faits existants auxquels il apporte une dimension fantastique. Ainsi, le mur existant actuellement à la frontière américano-mexicaine pour limiter l’immigration devient un rempart dressé par l’oncle Sam pour se protéger des envahisseurs, venus de l’espace dans ce cas précis. Les scènes tournées avant que les héros ne pénètrent dans la zone infectée, dans une ville détruite et meurtrie par des bombardements à l’aveugle ne sont pas sans rappeler les méthodes expéditives américaines pour résoudre les conflits actuels, annihilant totalement les populations touchées (comme en témoignent les affiches de contestation mexicaines demandant l’arrêt des bombardements et questionnant sur qui sont réellement les monstres). Le protectionnisme des Etats-Unis est tourné en dérision par l’inutilité de dresser un mur ne pouvant arrêter réellement la menace.

Mais au delà de cet aspect politique, Monsters est un film pacifiste dans le sens large du terme. Les héros rencontrent tantôt des hommes d’une bonté sans borne, les accueillant, les guidant et leur offrant le peu qu’ils ont, tantôt des personnages d’une cupidité mal placée, profitant de cette situation de crise pour s’enrichir sans remords. Les humains ne sont pas les seuls à être au cœur de cette thématique. Les envahisseurs n’ont rien de belliqueux en soi, ce n’est qu’une forme de vie nouvelle devant s’adapter à l’hostilité des américains, toujours méfiants et attaquant avant même de tenter toute conciliation. Que ce soit l’étranger ou la Nature, la civilisation occidentale surpuissante cherche à domestiquer, à dompter sans jamais chercher à cohabiter. A l’inverse, les guérilleros mexicains l’ont vite compris : les créatures ne sont menaçantes que si elles se sentent attaquées. Comme toute espèce vivante en somme. Cependant, l’invasion n’est qu’un prétexte, le film se concentrant surtout sur les rapports humains, en particulier ceux qui vont se développer entre Kaulder et Samantha, leur amour naissant, qui trouvera écho dans une scène magnifique prouvant que les monstres ne sont pas si monstrueux et qu’ils peuvent également être dotés de sentiments nobles.

En livrant ce qui est probablement un des films les plus beaux de l’année, Gareth Edwards construit également un manifeste contre l’aveuglement et l’ignorance paranoïaques qui ont dictés les décisions des Etats -Unis en matière de politique extérieure. En dépassant le simple cadre de cette contestation, c’est un discours universel sur la folie de notre civilisation, la dualité de l’être humain et son incapacité à s’adapter à son environnement, qu’il préfère détruire et dompter.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.