Extraterrestres et Cinéma – Anges et démons

L'Homme qui Venait d'Ailleurs (1976)

La science-fiction ne s’est heureusement pas contentée de présenter les extraterrestres comme des envahisseurs belliqueux. Au contraire, ils peuvent également devenir les garants de la paix sur Terre. A la fin des années 30 apparaît dans les pages d’Action Comics un être doté de superpouvoirs venu de la lointaine planète Krypton. Sous le nom de Superman, il endosse un costume aux couleurs de l’Amérique et protégera le monde contre les dangereux criminels, qu’ils soient Terriens ou d’ailleurs. Le super-héros est né et offrira aux Etats-Unis l’équivalent d’une nouvelle mythologie.

Le Jour où la Terre s'arrêta (1951)

 

Plus incompris sera Klaatu, l’extraterrestre à visage humain sorti de la soucoupe volante du Jour où la Terre s’Arrêta (The Day the Earth Stood Still) de Robert Wise (1951). Il ne vient pas sur Terre pour nous protéger mais délivrer un message aussi clair que radical: les Humains doivent arrêter leurs travaux sur l’armement nucléaire sinon les extraterrestres, dont Klaatu est l’émissaire, pulvériseront la Terre (par mesure de précaution). Ne recevant guère plus de réponse favorable à sa requête que l’Occident n’en obtiendra avec l’Iran cinquante plus tard, l’homme venu de l’espace sera raccompagné jusqu’à sa soucoupe à grands coups de tirs de fusil. Sorti la même année que La Chose d’un Autre Monde de Christian Nyby dont il est la parfaite antithèse, Le Jour où la Terre s’Arrêta donne le rôle de l’agresseur à l’Humanité, incapable d’assurer des négociations avec une civilisation inconnue pourtant bien plus évoluée. Il s’inscrit dans la vision pessimiste de Ray Bradbury et de ses Chroniques Martiennes où les Humains exterminent les Martiens avant de s’anéantir eux-mêmes. Qu’y-a-t’il à espérer des hommes s’ils s’entre-déchirent ?

Pas grand-chose à en croire L’Homme qui Venait d’Ailleurs (The Man Who Fell to Earth) de Nicolas Roeg qui adapte en 1976 le roman de Walter Tevis. Interprété par David Bowie (celui qui déclara : « la science-fiction, c’est moi »), l’extraterrestre vient sur Terre pour trouver une solution à la pénurie d’eau qui touche sa planète. Se faisant passer pour un humain, il devient une célébrité avec ses brevets d’inventions révolutionnaires mais n’obtient pas ce qu’il était venu chercher. Démasqué puis analysé sous toutes les coutures, il finira désabusé et alcoolique, noyé dans une société de consommation aux comportements bien trop complexes.

 

Peut-être aurait-il dû employer la méthode des Métaluniens, les extraterrestres aux boîtes crâniennes démesurées des Survivants de l’Infini (This Island Earth) de  Joseph M. Newman (1955). Ceux-ci ont également un grave problème sur leur planète: ils sont bombardés en permanence par les Zagons et ont cruellement besoin d’uranium pour maintenir leur bouclier planétaire. Pour cela, un groupe est envoyé sur Terre pour débaucher nos plus brillants scientifiques qui signent des contrats de travail alléchants sans trop savoir dans quoi ils mettent le doigt. Arrivés sur Métaluna, les Terriens ne pourront malheureusement pas faire de miracle en dépit de leurs diplômes. Ce qui contrariera fortement le chef des Métaluniens.

E.T. l'Extraterrestre (1982)

En revanche, des miracles, E.T. l’Extraterrestre en fait à la pelle dans le film de Steven Spielberg (1982). Il peut allumer le bout de son doigt, communiquer par télépathie, faire voler les bicyclettes et même guérir les blessures. De toutes les choses tombées du ciel, c’est la plus mimi. Laissé en rade sur notre planète par ses congénères, E.T. est recueilli par Elliott, un petit garçon dont les parents ont divorcé. Une amitié va naître entre ces deux êtres fragiles et c’est ensemble qu’ils vont fuir les autorités avertis de la présence de l’extraterrestre. Si le film est une ode à l’innocence et à la tolérance, il reste également une apologie du chacun-chez-soi, E.T. regagnant finalement sa planète, son mal du pays étant plus fort que son amitié avec Elliott. Dans le sillage du film de Spielberg, on trouvera Starman de John Carpenter (1984) qui délaisse un moment son obsession pour le Mal Absolu pour nous conter la love story entre une veuve et l’extraterrestre qui a pris l’apparence de son défunt mari.

 

La représentation de l’extraterrestre en tant que victime atteint son paroxysme avec le violent District 9 de Neill Blomkamp (2009). Une soucoupe volante géante est arrivée au dessus de Johannesburg avec, à son bord, des milliers d’extraterrestres répugnants rapidement surnommés «mollusques». Bien qu’ils disposent d’armes dévastatrices (dont ils sont les seuls à pouvoir se servir), ces boat-people de l’espace n’ont pas d’intentions belliqueuses. Quelque chose a merdé durant leur voyage et c’est sur notre planète qu’ils sont venus s’échouer. Pendant vingt ans, les autorités ont confiné les «mollusques» dans un ghetto géant, le District 9, où ils sont livrés à eux-mêmes. Bien que cloisonnée, la cohabitation entre humains et extraterrestres est difficile et il est désormais question de déplacer le District 9 à plusieurs centaines de kilomètres. Chargé de distribuer les avis d’expulsion, un cadre de la MNU (la société privée gérant la présence extraterrestre) va se retrouver au centre d’un conflit d’intérêt puisque l’objectif secret de l’entreprise qui l’emploie est de trouver un moyen d’utiliser les armes extraterrestres. Sa seule chance de survie sera de collaborer avec l’un des habitants du District 9 qui cherche à regagner sa planète. En situant l’arrivée des extraterrestres en Afrique du Sud, le pays de l’Apartheid, Neill Blomkamp dépeint avec noirceur une Humanité incapable de se débarrasser de sa xénophobie et gouvernée par un consortium militaro-industriel qui fait passer les intérêts financiers avant ceux de l’individu. Plus habile encore, l’humanité en tant que notion vertueuse ne serait finalement pas propre aux Humains mais bel et bien une qualité universelle d’un individu cherchant à fraterniser avec l’autre, d’où qu’il puisse venir.

District 9 (2009)

 

Intelligence extraterrestre, intelligence divine

Dans 2001, l’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick (1968), le contact entre les extraterrestres et humains se serait passé il y a déjà très longtemps. Inspiré de la nouvelle La Sentinelle d’Arthur C. Clarke (qui a écrit le scénario avec Kubrick), le film démarre donc au temps des Australopithèques, il y a quatre millions d’années. Un matin, une tribu se réveille et découvre un mystérieux monolithe noir planté devant leur caverne. A son contact, les hommes-singes acquièrent une intelligence supérieure et commencent à fabriquer les premiers outils. En 1999, les hommes disposent des outils pour voyager dans l’espace et découvrent sur la Lune un autre monolithe noir qui envoie des ondes vers Jupiter. Une expédition spatiale est envoyée vers la planète géante et l’unique survivant (suite aux dégâts causés par un ordinateur défaillant) y découvre des monolithes noirs en pagaille qui vont l’emmener dans un voyage aux confins de l’Univers pour une nouvelle évolution de l’être humain (le fœtus astral). S’il l’on excepte les monolithes noirs, les extraterrestre de 2001 sont invisibles, inaccessibles, voire peut être même disparus. En revanche, l’évolution de l’Humanité toute entière résulte du dessein d’une intelligence extraterrestre hautement supérieure qui pourrait être Dieu.

C’est ce qu’on appelle la Théorie des Anciens Astronautes, issue de l’ufologie, qui voit dans les pyramides d’Egypte, les lignes de Nazca ou les interventions divines de la Bible la preuve que le destin des hommes a été influencé à plusieurs reprises par des êtres venus d’ailleurs. Si cette théorie a fait les choux gras de nombreuses sectes new age, elle a également influencé les scénaristes de science-fiction à des degrés divers et variés. Citons pêle-mêle Les Monstres de l’Espace (Quatermass and the Pit) de Roy Ward Baker (1967), Mission to Mars de Brian De Palma (2000), Prédictions (Knowing) d’Alex Proyas (2009), la saga Indiana Jones de Steven Spielberg (avec le quatrième volet en point d’orgue) et Roland Emmerich qui est peut-être le spécialiste du genre (de  10 000 à 2012 sans oublier bien évidemment Stargate).

2001, l'Odyssée de l'Espace (1968)

Que les extraterrestres laissent des traces de leur passage sur notre planète, pourquoi pas. Mais l’être humain est-il suffisamment évolué pour en saisir la raison ou la nature ? C’est la question que pose Stalker d’Andreï Tarkovski (1979), adapté du roman des frères Strougatski, Pique-Nique au Bord du Chemin. Des extraterrestres sont passés sur Terre (le roman est plus explicite que le film sur ce point) et ont laissé des objets dans une zone désormais interdite par les autorités. En effet, d’étranges phénomènes s’y produisent et l’endroit est truffé de pièges mortels. Pourtant, il existe dans cette zone un lieu où les souhaits se réalisent. Accompagné d’un Stalker (un humain mutant qui sert de guide), un scientifique et un écrivain décident de s’y rendre mais ne trouveront pas, faute de se connaître eux-mêmes, ce qu’ils étaient venus chercher. A l’inverse du film de Tarkovski se situe Signes de M. Night Shyamalan (2002) qui traitent des crop circles, ces figures mystérieuses qui apparaissent dans les champs de culture. Pour le pasteur Hess en pleine crise de foi, la signification du message sera plus terre à terre: les extraterrestres cherchent envahir sa ferme (et le monde par la même occasion).

 

Vers l’infini et au-delà

Dans H2G2 de Garth Jennings (2005), adapté de la série de romans humoristique de Douglas Adams Le Guide du Routard Galactique, l’Univers est peuplé de civilisations en tous genres dans une sorte de Fédération Intergalactique. Malheureusement, l’Humanité n’est pas assez évoluée pour en prendre conscience et sera détruite car la Terre est sur la trajectoire d’une voie express intersidérale en construction. Les dauphins (qui sont en réalité une entité intelligente de l’Univers) avaient tenté de nous avertir mais nous prenions leurs pirouettes aquatiques comme un divertissement et non comme un moyen de communication.

La Guerre des Etoiles (1977)

De Star Trek à Star Wars, les confins de l’espace pullulent donc d’extraterrestres en tous genres. Et lorsque les Terriens possèdent enfin la technologie suffisante aux voyages galactiques, ils deviennent à leur tour envahisseurs, missionnaires, colons ou pire. Et c’est ainsi toutes les thématiques évoquées précédemment qui se mélangent.

Dans Planète Interdite de Fred M. Wilcox (1956), le rendez-vous est manqué sur la planète Altaïr 4 puisque ses habitants, les Krells, ont disparu depuis longtemps. Il ne reste que les vestiges de leur civilisation, hautement avancée, dont la technologie, capable de matérialiser la pensée, fonctionne pourtant toujours. Les Humains sur place en feront les frais. Dans le même registre, mais en encore plus cérébral, se situe Solaris d’Andreï Tarkovski (1972) qui adapte un autre classique de la littérature de la science-fiction soviétique (ici, le roman de Stanislas Lem). Solaris est une planète intégralement recouverte d’un océan rougeâtre. Ce dernier est en réalité une forme de vie extraterrestre fonctionnant comme un cerveau géant capable de prendre le contrôle de l’esprit des cosmonautes présents dans la station en orbite autour de la planète. Le héros venu enquêter sur les étranges évènements qui s’y produisent voit ainsi sa défunte épouse revenir à la vie. Mais tout n’est qu’illusion, comme son retour final sur Terre. En jouant sur la perception de la réalité, Solaris évoque, à l’instar de 2001, l’Odyssée de l’Espace,  une autre représentation de Dieu (comme le remarque Chris Marker dans son excellent documentaire sur l’œuvre de Tarkovski, Une journée d’Andrei Arsenevitch).

Alien, le monstre de l'espace imaginé par H.R. Giger

Les extraterrestres n’ont pas toujours besoin d’élaborer des plans d’invasions pour nous trucider. Il suffit tout simplement de venir vers eux comme dans Alien, le Huitième Passager de Ridley Scott (1979) où l’équipage du Nostromo ramène à son bord une forme de vie qui va semer un vrai carnage. Adapté de Robert Heinlein, Starship Troopers de Paul Verhoeven (1997) montre des insectes géants qui, depuis leur lointaine planète, lancent des cailloux meurtriers sur la nôtre (ils visent super bien). La guerre est donc déclarée: Des Ken et Barbie en uniforme partent sur Klendathu pour écraser les méchants insectoïdes. Mais entre les extraterrestres répugnants et les humains endoctrinés, difficile de dire quel camp est le plus bestial. Enemy Mine de Wolfgang Petersen (1985) présente également une guerre spatiale entre humains et les Dracs, des extraterrestres reptiliens, Mais lorsque deux pilotes de chasse, issu chacun d’un camp différent, s’écrasent sur une planète inhospitalière, la solidarité sera indispensable pour espérer survivre. Enfin, plus récemment, dans Avatar (2009), James Cameron présente les Humains en envahisseurs de l’espace prêts à tout pour déloger d’un précieux gisement de minerai les Na’vis, les gentils autochtones de la planète Pandora.

 

Qu’il soit ange ou démon, l’extraterrestre au cinéma présente donc de multiples facettes, comme autant de matérialisations de nos propres craintes ou espoirs. Reflet déformé de nous-mêmes, ce voisin hypothétique nous renvoie, non sans manichéisme, une image exacerbée de notre agressivité, de notre besoin d’expansion et de notre méfiance à ce qui est différent ou inconnu. Pour une poignée de scientifiques optimistes, les avancées de l’astronomie permettront d’ici une vingtaine d’années de confirmer l’existence des extraterrestres dans l’Univers. Si cela se passe mal, autant dire que la science-fiction nous aura déjà prévenus.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».