Critique de Rubber

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Rubber

De Quentin Dupieux

Avec Stephen Spinella, Roxanne Mesquida et Jack Plotnick

France – 2010 – 1h25

Rating: ★★★★★

Dans le désert californien, un groupe de spectateurs est invité à regarder à travers des jumelles les exploits meurtriers d’un pneu qui, en vibrant, fait exploser les têtes.

Le cinéma de Quentin Dupieux est à l’image de la musique électronique qu’il délivre régulièrement sous le pseudonyme de Mr. Oizo: minimal, répétitif, cheap, déconstruit, bizarroïde, drôle et complètement dans la marge. Mais, comme disait Jean-Luc Godard, « c’est la marge qui tient la page ». Sans vouloir comparer l’œuvre de Quentin Dupieux à celle du cinéaste suisse, il est évident que les deux réalisateurs partagent la même volonté de marcher hors des sentiers balisés du cinéma traditionnel.

Après le lynchage général de son premier long-métrage Steak, film d’anticipation foutraque en passe de devenir culte, malheureusement vendu en son temps comme la nouvelle comédie d’Eric et Ramzy, Quentin Dupieux revient dans l’esprit de mise en abîme du cinéma de son moyen-métrage Nonfilm avec Rubber, film de slasher improbable où un pneu prédateur qui, selon les propres dires de son auteur, « a plus de personnalité que Guillaume Canet » et s’en prend à tout ce qui bouge. Arriver à donner un caractère à un rond de caoutchouc, surnommé Robert dans le générique de fin, est la gageure que réussit Quentin Dupieux par un mécanisme bricolé à l’ancienne (un moteur et une télécommande et voilà Robert semblant se déplacer selon sa propre volonté), des scènes de la vie courante (Robert prend une douche, Robert regarde un programme de fitness à la télé) et surtout toute une galerie de personnages aux comportements tellement absurdes et passifs qu’ils n’en paraissent pas plus humains que le pneu qui les décime, voire même de ces étranges spectateurs qui observent tout cela de loin.

Ces derniers ne sont d’ailleurs pas épargnés, se jetant affamés sur une dinde empoisonnée lors d’une scène anthologique, encore plus dégoutante que celles où les têtes explosent. « Vous êtes des animaux, vous allez crever » déclamait Positif, le dernier tube marquant de Mr. Oizo. Et, dès le début du film, un flic sortant du coffre d’une voiture souligne aux spectateurs que les plus grands succès du cinéma reposent tous sur un élément de No Reason, c’est-à-dire un élément illogique dans l’histoire que l’on gobe sans s’en apercevoir. Le cinéma rend de plus en plus con et le cinéphile est désormais un consommateur comme les autres. Telle semble être la logique que pousse à l’extrême Rubber avec son histoire sans queue ni tête. Comme Robert le pneu qui, lors de sa réincarnation finale en tricycle, part à l’assaut d’Hollywood et de son industrie du cinéma.

Quelque part entre David Cronenberg (période Scanners), David Lynch, Luis Buñuel et Marcel Duchamp, Rubber démontre qu’il n’est pas un film si No Reason que ça et confirme toutes les attentes que l’on espérait de Quentin Dupieux, nouvel iconoclaste pour le Nouveau Siècle.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».