Critique de Pontypool

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Pontypool

de Bruce McDonald

avec Stephen McHattie, Lisa Houle et Georgina Reilly

Canada – 2008 – 1h30

Rating: ★★★★☆

Grant Mazzy, présentateur phare de la station radio de la petite ville de Pontypool, anime chaque matin son émission avec la même passion et irrévérence que lorsqu’il le faisait à la grande ville, quitte à déplaire à Sydney, sa productrice. En ce jour de Saint Valentin où la tempête fait rage, l’animateur va prendre conscience au gré des appels d’auditeurs paniqués que quelque chose d’étrange se produit à l’extérieur.

A l’heure où les sorties ciné du genre oscillent entre blockbusters made in USA mollement flippant et tentatives tiédasses de nos compatriotes, il est toujours paradoxalement jubilatoire et désespérant de tomber sur une petite perle en DTV. Jubilatoire parce que l’Horreur et le fantastique fourmillent toujours d’idées originales mises en scène avec brio, et désespérant parce qu’une fois encore, on n’aura pu jouir de les découvrir sur le grand écran qu’elle méritait. L’injustice, qui sévit de plus en plus dans le genre, atteint son apogée lorsque ladite pépite sort sur le marché DVD dans la plus totale indifférence. Pontypool fait parti des victimes collatérales d’un marché frileux, où l’on préfère les valeurs sures des remakes et autres sagas plan plan qui ont fait « leur preuve » niveau chiffres. Mais ce n’est pas pour sa qualité qu’un film est choisi pour la distribution en salles mais pour sa capacité à rameuter les troupes. Alors un petit budget canadien (et même pas du côté francophone de surcroit) avec des inconnus, réalisé par un mec tout aussi populaire, il a peu de chance de passer dans votre ciné de quartier. Et c’est un tort (et le tort tue…)

Fort d’un pitch sacrément bien pensé (l’équipe d’une radio suivant les évènements le cul sur leur chaise sans mettre le bout du nez dehors par le biais des infos qu’ils parviennent à collecter par téléphone), cette adaptation du roman Pontypool Changes Everything de Tony Gurgess peut également se targuer d’avoir moult acteurs aussi convaincants les uns que les autres et un réalisateur qui est loin d’avoir du chewing gum en guise de bras. Laissant s’installer progressivement une tension palpable, Bruce McDonald (sans lien de parenté avec un fameux clown multimilliardaire) distille au compte goutte les explications, recréant ainsi une atmosphère probablement très proche de celle que l’on peut vivre en temps de crise ou de catastrophe, les personnages de la station enfermés devant faire face à la panique générale. Avec des scènes angoissantes à souhait, reprenant parfois celles devenues indispensables dans un film de contamination, le film réinvente le sujet de la propagation de virus en le plaçant sous un autre angle, un autre point de vue. Bien qu’on ne peut s’empêcher de penser aux Crazies de Romero, l’approche choisie par McDonald se détache réellement des carcans habituels, sublimant le principe même de suggestion par les différents témoignages qui décrivent la situation, plaçant son spectateur dans le vif du sujet, où chaque protagoniste en est le miroir. On  n’en sait pas plus qu’eux, on n’en voit pas plus non plus.

On savait depuis Cronenberg que le cinéma canadien était capable de donner un second souffle au cinéma de genre. Pontypool nous prouve qu’il serait temps de lui ouvrir bien grand les portes de nos cinémas.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.