Critique de Outrage

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Autoreiji

de Takeshi Kitano

avec Takeshi Kitano, Jun Kunimura et Ryo Kase

Japon – 2010 – 1h49

Rating: ★★★★☆

Réunion dans une somptueuse demeure, des hommes en costume trois-pièces savourent poisson crus et viandes grillées, apportés par des serviteurs en jogging blanc et les voitures noires sont parfaitement garées à l’intérieur. C’est une réunion de yakuzas, organisé par le grand chef. Les yakuzas sont des malfaiteurs, des bandits, des gangsters japonais réunis en clan s’associant à d’autres clans. Là il est question du clan Ikemoto et Otomo (joué par Kitano) qui a fait pacte de fraternité avec le clan Murase, spécialisé dans la drogue. Cela déplaît au grand chef qui voudrait briser cette alliance. Alors Ikemoto et Otomo décident de créer une fausse brouille avec Murase pour plaire au boss, mais tout ceci dégénère…

 

Le pitch vous semble confus ? La suite ne le sera pas, croyez-moi. Takeshi Kitano renoue avec le genre qui l’a propulsé sur la scène internationale, mais en ne centrant pas l’histoire sur son personnage, il a préféré faire un film choral, polyphonique, peut-être une première dans les films de gangsters. Et pour cela rien de mieux que de comparer les relations tantôt tendues tantôt amicales de ces gangster du pays du soleil levant à un jeu d’échecs. En effet la hiérarchie joue beaucoup dans le film, le boss/roi dicte sa loi en bafouant les règles, donc il est normal que tout le monde triche, que ce soit Ikemoto promettant une alliance entre son boss et Murase qui n’aura jamais lieu mais prenant des dividendes sur ses ventes de drogue, ou le comptable Ishihara volant une part des recettes du casino créé par Otomo dans l’ambassade d’un pays africain. Plus personne respecte les règles, car les règles des yakuzas ne permettent pas de gagner ou s’enrichir, au même titre que se couper le petit doigt en guise d’excuse ne signifie plus rien.

 

Pourtant l’économie se base toujours sur la drogue, la prostitution et les jeux d’argent, mais comme des banquiers ou des traders, ils en veulent toujours plus. À cela Takeshi Kitano a l’intelligence de mettre en scène un ambassadeur africain, qui lui aussi profitait de son statut pour écouler de la drogue, le continent pauvre servant toujours de main d’œuvre, occidentaux ou sino. Cet ambassadeur est un personnage suscitant la drôlerie mais aussi la frayeur. Personne n’est à l’abri d‘un coup de yakuza, même les yakuzas eux-mêmes (au début du film…). Le personnage de l’inspecteur est également une marque d’humour, intouchable mais servile, trichant lui aussi mais ne pouvant être puni par la suite. De l’humour pour sûrement atténuer la violence du film, très dur, montré par gros plans, répondant à un rythme défini par le réalisateur (Kitano en interview au Festival de Cannes a évoqué le mouvement d’une pendule) qui est marque d’ « outrage » mais aussi quotidien de leur vie de gangster, comme une fatalité, un humour noir par conséquent. De ce constat, le réalisateur met en place un formalisme jouant sur les ralentis, les espaces fermés et confinés où l’on discute de façon feutré et aussi sur les habits : costards de yakuzas, joggings de serviteur et libre choix pour le chef ultime.

Au final, Takeshi Kitano réussit d’une main de maître un film de gangster postmoderne, lorsque les américains n’en font plus, mais âmes sensibles s’abstenir.

Hambuger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…