Critique de Freaks, la Monstrueuse Parade

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Freaks

de Tod Browning

avec Wallace Ford, Leila Hyams, Olga Baclanova, Harry Earles, Daisy Earles,Johnny Eck, Prince Radian, Schiltze, Daisy Hilton et Violet Hilton

Etats-Unis – 1932 – 1h04

Rating: ★★★★★

Le cirque Tetrallini, en tournée en Europe abrite toute une communauté d’artistes, dont Venus, la dresseuse d’animaux, Phroso, le clown, Hercules, le monsieur muscle, Cléopâtre la trapéziste, Schitzle et deux autres Pinheads, les siamoises Daisy et Violet , Johnny le Demi-Homme et Hans et Frieda, deux nains, effectuant eux aussi des tours de cirque. Alors qu’il est fiancé à Frieda, Hans succombe au charme de Cléopâtre qu’il couvre de cadeaux plus luxueux les uns que les autres. Bien qu’elle soit en couple avec Hercules et qu’elle profite ouvertement de la générosité du pauvre nain, la belle n’hésite pas à pousser la séduction jusqu’au mariage en ayant connaissance de la fortune dont il a hérité. Mais malgré leur aspect «monstrueux», les membres de cette étrange communauté sont aussi humains que loyaux, et tous s’organisent pour se venger des exactions de Cléopâtre et son amant.

Il est étonnant de voir combien certains réalisateurs peuvent être visionnaires et livrer des œuvres si en avance sur leur temps que leurs contemporains ne les comprennent pas, ce qui, replacé dans le contexte d’origine, est totalement compréhensible. Alors que le cinéma parlant n’en est qu’à ses premières heures, Hollywood a pourtant déjà établi depuis presque deux décennies ses préceptes de glamour et de perfection esthétiques qui feront sa marque de fabrique de son âge d’or jusqu’à aujourd’hui encore. C’est dans ce contexte que Tod Browning livre Freaks, véritable pamphlet humaniste contre les préjugés que l’on peut avoir de prime abord pour la difformité physique. On comprend effectivement qu’un public habitué à voir des films dont les stars sont souvent de jeunes beautés plastiques et des bellâtres charmeurs ait du mal à comprendre une approche aussi radicale que celle de Browning.

Paradoxalement, les attractions de foire dont sont issues la plupart des artistes du casting étaient encore à l’époque des spectacles prisés où le même public se complaisait dans une curiosité malsaine et une recherche de sensations fortes. De même, le cinéma d’épouvante depuis les prémisses du genre n’avait de cesse de représenter des monstres fantastiques, souvent issus de la littérature. Mais les spectateurs de cinéma ne semblaient pas prêts à accepter de se plonger dans l’intimité de cette communauté hors norme, dans son quotidien d’êtres humains. Malgré cette incroyable ouverture d’esprit, le film coutera sa carrière à Browning.

 

Tod Browning et ses Freaks

L’ironie de Freaks réside dans les raisons qui ont poussés un studio aussi important à l’époque que la MGM à produire le film : Browning, qu’Irving Thalberg, alors producteur d’Universal avait débauché depuis le débuts des années 20, était revenu au bercail (suivi du producteur), fort du succès de son Dracula avec Bela Lugosi produit par le studio qui se lançait alors à corps perdu dans le genre bankable de l’Horreur. Les pontes de la MGM voyant ainsi une belle aubaine de surfer sur la vague, souhaitaient faire de même. Lorsque le réalisateur proposa un scénario basé sur une nouvelle de Tod Robbins, Spurs, (dont il avait déjà adapté le roman The Unholy Three en 1925 pour Universal avec Lon Chaney et Harry Earles qui, selon la légende, lui aurait suggéré l’idée d’adapter la nouvelle),le studio y vit le potentiel horrifique qui lui permettrait de jouer sur le terrain de son grand rival. Pourtant, Freaks n’a rien d’un film terrifiant, il n’en a jamais eu la vocation. Les soit-disant monstres ne le sont pas, au contraire, leur humanité est proportionnelle à leur apparence difforme. La vraie monstruosité n’est pas visible, elle est dans l’esprit, dans la cupidité et les préjugés. La vengeance de la troupe vis à vis de la «plus belle femme du monde» adultère et prête à tuer pour obtenir la richesse de son époux apparaît ainsi comme une justice, celle de ceux que la société rejette et dont elle n’accepte pas la différence, hormis pour l’amusement général.

Freaks illustre bien cette fascination qu’exerce la difformité sur nous, cette curiosité qui nous pousse à attarder le regard sur un physique différent, tout comme elles poussent l’amateur d’Horreur a regardé la matérialisation à l’écran de ses peurs les plus profondes. Mais plutôt que de céder au racoleur, Browning s’attarde surtout à véhiculer un message humaniste et profond. Les héros de Freaks et la famille soudée qu’ils forment finissent par attendrir et on en souhaiterait presque d’intégrer ce cercle fermé où chaque membre est loyal et dévoué aux autres. Une société parfaite en somme.

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.