Critique de Buried

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Buried

de Rodrigo Cortès

avec Ryan Reynold, Robert Paterson, José Luis Garcia Perez et Stephen Tobolowsky
Espagne – 2010 – 1h35

Rating: ★★★★☆

 


Simple routier venu en Irak pour le compte de la société américaine CRT, afin de gagner de quoi faire vivre sa famille, Paul Conroy se réveille enterré vivant dans un cercueil, avec un briquet et un téléphone portable. Commence alors une course contre la montre pour le jeune américain qui doit jongler entre les pressions de ses ravisseurs souhaitant obtenir une rançon et les difficiles négociations avec les services de protection civile de son pays.

Faire le pari de réaliser un film de 90 minutes en huis clos ultra exigu (un cercueil) avec un seul personnage et son portable pour seule fenêtre sur l’extérieur, c’est aussi risqué que couillu. Alors, lorsqu’on parvient à tenir son public en haleine sans temps mort en suscitant une réelle empathie pour son héros au point de faire partager ses angoisses en temps réel, on peut dire que le défi est largement relevé et on n’est donc pas étonné que les pontes de Lions Gate aient été tellement épatés au festival de Sundance en janvier dernier où le film était présenté qu’ils ont permis à la petite bobine indépendante de sortir sur bon nombres d’écrans outre Atlantique et dans le monde.

En jouant sur l’alternance de noir cinématographique et de lumière intrascénique (le briquet s’éteignant par intermittence plongeant à la fois Paul Conroy et l’écran dans le noir), en minimisant l’intervention de musique extradiégétique et en créant une intimité ininterrompue entre le spectateur et le personnage, Rodrigo Cortès s’applique à dresser un réquisitoire non plus sur la guerre en Irak mais bien sur la présence américaine et ses raisons sur le territoire. Sans tomber dans une diabolisation totale des ravisseurs (l’agent Brenner rappelle que ce ne sont pas des terroristes mais des hommes comme lui prêts à tout pour la survie de leur famille), tout en montrant l’inactivité des différents services que le pauvre Paul parvient à joindre par le biais de  dialogues absurdes avec des interlocuteurs formatés et déshumanisés par leur fonction (l’opératrice de 911, celle de CRT, le responsable du personnel de la société) au point de ne faire preuve d’aucune compassion, Cortès dresse un portrait peu reluisant du pseudo patriotisme américain, entre les compagnies sans scrupules qui profitent des malheurs que causent le conflit pour faire fructifier leurs billets verts et l’armée, garde rapprochée des-dites entreprises, réglant les problèmes éventuels à grand coups de bombardements. Coincé au milieu de ces intérêts qui le dépassent (comme dans son cercueil), Paul est le seul à réunir les fameuses valeurs revendiquées par ses compatriotes (le courage, la ténacité, le sacrifice) qui font de lui un véritable héros, venu en Irak pour subvenir aux besoins de sa famille et pour aider à l’illusoire reconstruction.

Ce que montre Cortès, c’est cette confrontation entre la vision manipulée de l’opinion publique sur le conflit (le film se passe en 2006) et le dédain flagrant des autorités militaires et industrielles qui sont les seuls à pouvoir tirer profit de ce conflit. L’enjeu d’une vie illustre celles de tout un peuple, traité avec le même cynisme que celui qui officie en ce moment sur le terrain. Un portrait cinglant de la société américaine, dominée par l’appât du gain, le pouvoir inégalé des papes des multinationales et l’acharnement aveugle de l’Armée.

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.